mardi 12 juin 2007
Si même la nature a horreur du vide, que deviendrait une société sans administrateurs ? Cette question a toute sa valeur en Guinée. Car, depuis les événements malheureux de janvier et février dernier qui ont eu quand même des "effets positifs" avec la nomination d’un Premier ministre Chef de gouvernement, l’administration reste paralysée à l’intérieur de la Guinée.
Certes un effort a été fait avec la nomination des 22 membres du gouvernement de Lansana Kouyaté. Rappelons que ce résultat est obtenu suite aux accords tripartites à l’issu desquels les attributions du Premier ministre sont clairement définies. Cela dit, l’administration ne se limite pas seulement aux différents ministères. Si les grandes décisions sont quand même prises à ce niveau, leurs applications et les résultats doivent être transposés au niveau local. D’où l’importance de la décentralisation et la représentation de l’Etat au niveau local. Napoléon, père du Code civil et de la Préfectorale a bien mesuré cette nécessité de la gouvernance locale à travers cette formule : « On peut gouverner de loin, mais on ne peut administrer que de près ». Donc vivement à la décentralisation.
A ce niveau l’administration locale ne fonctionne pas normalement du fait que beaucoup de préfets et sous-préfets avaient pris la poudre d’escampette lors de l’insurrection populaire de janvier et février 2007. Laissant ainsi derrière eux des postes vides même si avant la grève des syndicats l’Etat et l’administration étaient quasiment inexistants. D’où l’urgence également de parer à cette situation en nommant des cadres dans les différentes préfectures. Ce manque à gagner est à la table du nouveau gouvernement depuis sa formation. Le peuple attend et l’on juge les 100 jours de Lansana Kouyaté mitigé à cause des discours éloquents qui ont pris le dessus sur les actes.
L’on nous dira qu’il faut aller lentement et sûrement. Mais la situation catastrophique de la Guinée avant et pendant la grève exige qu’on aille rapidement et sûrement, parler moins et réaliser beaucoup. Cela procède d’une farouche détermination et d’un courage énorme pour contrer les esprits maléfiques qui veulent toujours détourner la Guinée à leur profit.
Le parti au pouvoir à l’origine de cette débâcle politico-économique de la Guinée s’emploie à asphyxier le changement entamé. Il se targue à brandir l’argument constitutionnel pour dire que c’est le Président de la république qui nomme aux emplois civils et militaires. Le clan de Conté oublie c’est cette constitution taillée en faveur du Président de la République a été à l’origine de la crise institutionnelle que la Guinée a vécue ces derniers temps. La concentration de tous les pouvoirs dans les mains de Lansana Conté a entraîné le danger et le gâchis.
Les accords tripartites du 27 janvier passé entraînent donc une nullité des prorogatives du Président Conté à nommer des cadres de l’actuelle administration. Il s’agit ainsi de comprendre donc que ce sont ces conclusions qui doivent tenir de références à tous nos hommes politiques pour sortir la Guinée de l’impasse. La Guinée se trouve dans un cas d’exception qui est la mal gouvernance. C’est cette situation de pourriture qui a conduit à un consensus de la part des partis au pouvoir et d’opposition, syndicats et société civile. Il n’y a aucun amalgame à faire à ce niveau. D’autant plus que Lansana Conté a accepté ces accords et les attributions de Lansana Kouyaté sont signées par lui-même. Cette feuille de route reconnaît au Premier ministre en son article 1 qu’ « il est le Chef du gouvernement chargé de diriger, de contrôler, de coordonner et d’impulser l’action du gouvernement ».
Les articles 2 et 6 stipulent respectivement « il propose au Président de la République la composition du Gouvernement dont les membres sont nommés par décret », « il nomme aux emplois civils et dirige l’Administration par délégation ».
De ce point de vue, Il est ainsi indécent et de mauvaise foi de soutenir comme Dr Sékou Konaté secrétaire général du PUP que « nulle part dans le monde, un régime présidentiel ne doit accepter une telle mesure » (NDLR : la nomination des cadres de l’administration par le Premier ministre). Ces idées défendant uniquement l’intérêt d’une classe dirigeante et non ceux de notre nation sont à l’origine du retard de la Guinée. Où est le mal si le Premier ministre nomme les cadres de l’administration d’autant plus que son statut le permet et que d’autre part pendant les 23 ans de règne du PUP, ce parti n’a servi que de la gabegie.
En conclusion, Lansana Kouyaté trouvera toujours le confort nécessaire dans une telle situation jusqu'en 2010 s'il se trouve que lui-même est déjà acquis à la cause de Lansana Conté et ses clans au détriment de ceux qui lui ont fait confiance.
Moussa Kanté
Rédacteur en chef
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