samedi 26 mai 2007
Lansana Kouyaté, le number one de son gouvernement et ses recrues se sont repliés du 24 au 27 mai 2007 à Bel Air situé loin de Cona-cris pour se recueillir, semble-t-il, et faire des "réflexions stratégiques, loin des agitations et des tumultes de Conakry, la capitale".
Une tactique qui sonne comme un repli de la troupe qui bat en retraite à Bel Air face aux défis criards du bled. Le chef de troupe qu'est Lansana Kouyaté rappelle ainsi ces maux de Chinua Achebé dans son roman "Le monde s'effondre" : "Le poussin destiné à devenir un coq, on le remarque le jour même de son éclosion".
Afakoudou! Kouyaté, Amounoma !
Lansana Kouyaté fuit Cona-cris pour aller bomber la poitrine à Bel Air. A la lumière de son bavardage là-bas, on a l'impression d'avoir en face le thaumaturge des problèmes guinéens. C'est plutôt une grande gueule. Un charmeur.
Est-ce que le fait d'être "loin des agitations et des tumultes de Conakry, la capital" justifie la déportation de Kouyaté et de sa troupe gouvernementale à Bel Air ? Combien ce repli tactique coûte à l'Etat ? A qui appartient l'hôtel de Bel Air ? Quelle est la facture ? Quel est le magot (perdiem) empoché par chaque élément de troupe pour avoir simplement fait le déplacement de Bel Air?
Parce que ce retrait théâtral de Kouyaté et de sa troupe ne servira à rien. Un coup d'épée dans la marre de Conté. Plouf !
Pour justifier son choix, le chef de troupe croit bien dire: "L'organisation ici, à Bel Air, de ce séminaire me permet également de rappeler que Conakry n'est pas la Guinée !" C'est sa trouvaille. Wallahi! Y Kouyaté ! Quel drôle de façon de papoter ! Conakry n'est pas la Guinée? Dis-moi, Kouyaté? Cona-cris c'est quoi au juste?
Le patron de la Primature a bavardé sur certains trucs qui calent dans le pays l'empêchant de s'engager dans le développement. L'on sait que depuis toujours trafic d'influence, marchandage et corruption tachètent l'Etat guinéen. L'on sait aussi que "l'immobilisme, l'irresponsabilité et la fatalité" sont le socle sur lequel repose le régime de Lansana Conté.
Kouyaté dit que "La police agit pour son propre compte. Chaque fonctionnaire a privatisé les services publics placés sous son contrôle. Pour faire face à ces différents problèmes, le gouvernement a décidé d'organiser un séminaire loin des tumultes de Conakry pour répondre de façon efficace à l'attente des populations."
La solution est pourtant claire et nette: débarquer d'abord Conté du pouvoir et changer ensuite complètement de régime. Le mal guinéen est connu.
Avant Kouyaté d'autres premiers des ministres non des moindre avaient fait le diagnostic. Mais à ce niveau de la situation chaotique du pays, il faut maintenant s'attaquer au mal. C'est idiot que chaque fois que Conté nomme son numéro un du gouvernement que celui-ci retourne à la case de départ pour faire "son" diagnostic des problèmes guinéens.
C'est toujours le même diagnostic. C'est connu. Sinon on ne s'en sortira jamais avec des diagnostics qui visent à endormir les populations désireuses de voir le changement s'opérer en Guinée. Or rien de bon, de progressiste ne peut être envisagé en Guinée tant que Conté s'accroche au pouvoir. C'est le véritable diagnostic. Malheureusement Lansana Kouyaté a tout l'air de jouer à deux jeux dangereux.
Primo il fait semblant d'aider Conté à garder encore le pouvoir. Secondo il suit les "conseils" du président ivoirien Laurent Gbagbo qui, avec beaucoup de cynisme, avait sauvagement chassé du pouvoir "le balayeur" Robert Gueï. Si Kouyaté endort Conté et arrive à le pousser hors du pouvoir, quel patriotard guinéen et pote de Laurent Gbagbo serait amené à en tirer profit en tant que goûteur de la magistrature suprême ?
Au fort de la crise ivoirienne, au moment où des tueurs à la solde du pouvoir ivoirien massacraient des dioulas en Côte d'ivoire, quel Guinéen avait posé devant le petit écran ivoirien pour prendre carrément position en faveur de Laurent Gbagbo ? Qui ? Quelle promesse avait-il faite aux dioulas, victimes des casses en Côte d'Ivoire? Est-ce que cette promesse a été tenue?
Ce patriotard, Laurent Gbagbo et Lansana Kouyaté sont en deal. Tout le reste n'est que du "woba woba" de la part de Kouyaté.
Le plus intrigant c'est que Lansana Kouyaté n'a pas pipé maux sur l'armée. Si "la police agit pour son propre compte". Et la douane, la gendarmerie, l'armée ? Les plus grands magouilleurs à hauteur de millions de francs guinéens se situent au camp Samory Touré et se ramifient à l'Etat major de la gendarmerie nationale et à la douane. Pourquoi Lansana Kouyaté n'a pas dit maux là-dessus ?
Ah, non! Il est bel et bien au courant de ça aussi. Seulement il joue le jeu. De qui ?
On le saura avec beaucoup de ressentiment si l'armée républicaine s'endort sur ses lauriers, refuse de débarquer Conté pour l'intérêt de la nation.
On a déjà frôlé le pire avec la nomination du général Arafan Camara, neveu de feu Sekou Touré, le tyran, au ministère de la Défense. Son éjection n'a pas été du goût de Kouyaté. Celui-ci avait même menacé de jeter l'éponge. Mais Conté n'aurait pas mordu à la menace: "Qu'il démissionne..." Kouyaté a encaissé ce coup, bien sûr "conseil". Apparemment, il change son fusil d'épaule. Et dans son bavardage à Bel Air, il a remercié sa troupe "au nom du chef de l'Etat, le Général Lansana Conté..."
Il a évité la formule "au nom du chef de l'Etat, le président Lansana Conté..." vous savez pourquoi ?
Je vais vous le dire. Il m'en souvient que Conté avait balancé des circulaires à la RTG, dans les rédactions de la presse privée, dans l'administration commandant de l'appeler "le Général président". Une façon de berner les soldats pendant que lui et la hiérarchie militaire s'enrichissent. Les soldats se rendent compte aujourd'hui qu'ils sont à l'image du cordonnier mal chaussé.
Autrement dit que même si c'est un Général qui est président de la République il n'en demeure pas moins qu'ils sont aussi les laissés pour compte du régime dictatorial du président Conté.
Benn Pepito
Pour www.nlsguinee.com au Sénégal