mardi 22 mai 2007
Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines,
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Monsieur le Chef d’Etat Major des Armées,
Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et Consulaire,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions Internationales,
Chers Invités,
Honorables Députés,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
Je vous remercie d’honorer de votre présence la présente clôture de la session des lois qui se tient dans un contexte de paix retrouvée mais de paix précarisée qui nous invite à tirer les leçons pratiques de la situation objective de la Guinée.
Nous sortons d’un cycle contrasté qui a été à la fois celui de grands progrès annonçant l’ère de la transparence et du renouveau démocratique, tout en étant celui des plus grandes crises et de tous les dangers.
Aujourd’hui, nous sommes tous conscients qu’une époque s’achève et que nous devons opérer un bond qualitatif en réalisant les virtualités que nous portons en nous.
Il nous faut considérer qu’aucun changement qualitatif ne peut être initié et conduit sans idées directrices. La transformation de la Guinée que nous projetons va inéluctablement susciter des conflits qui ne pourront être résolus en dehors d’une large adhésion sociale.
L’armée en grogne est un danger pour la nation et pour la démocratie puisque c’est elle qui exprime au premier chef la continuité et la puissance de l’Etat, et elle apparaît comme la clé de voûte, le « dernier rempart » de l’ordre politique et social.
L’armée est donc placée au cœur même de l’Etat : c’est même l’institution centrale de l’Etat : et sans doute l’institution originaire, dans la mesure où une communauté se forme toujours à partir de la perception d’un péril, d’une menace extérieure.
Le militaire doit être à la fois prêt à accepter les sacrifices qui lui sont demandés et posséder la force morale nécessaire à l’accomplissement de sa tâche, cette éthique est fondée sur deux principes qui sont l’autorité et le don de soi. C’est au nom de ce qui précède que le gouvernement doit mettre tout en œuvre pour satisfaire en urgence les revendications légitimes des hommes de troupe.
Le gouvernement doit comprendre, qu’en matière de charge publique, le temps vaut mieux que les choses, il faut aussi considérer les circonstances, c’est pourquoi notre pays, connaît toujours des à-coups, mais aussi des crises graves, faute de communication et de savoir identifier les problèmes, déceler les attentes, dénouer les blocages, analyser avec clairvoyance.
Mais malheureusement, le contexte particulier du moment renforce aussi la perversité d’un débat franc à propos de certaines questions comme celle du relèvement de l’âge de la retraite qu’il faut éclairer. En effet, le relèvement de l’âge de la retraite n’est ni antinomique encore moins irréductible avec l’emploi des jeunes. La première relève de postes existants alors que la seconde tient plus à la création d’emplois qui est aussi de notre responsabilité collective.
En matière d’emploi, et comme dans toute démocratie libérale, le moins d’Etat veut aussi dire mieux d’Etat. Les responsables politiques et en particulier le gouvernement, doivent renforcer le rôle d’arbitre de l’Etat et proposer des règles claires de négociation entre acteurs afin d’orienter et de définir des stratégies adaptées à long et moyen terme pour une meilleure politique de l’emploi et celui des jeunes en particulier.
Vous conviendrez avec moi qu’en l’état actuel, une bonne régulation de la politique de l’emploi ouvre de larges possibilités dans notre pays plus qu’ailleurs.
Le gouvernement guinéen doit s’employer à respecter les termes du procès verbal des négociations.
Mesdames et messieurs
Chers invités
Honorables députés
Les dernières grèves ont contribué à désarticuler le pouvoir de l’Etat, il n’y a presque plus de préfet et d’administration préfectorale à l’intérieur du pays. Cette crise de l’autorité de l’Etat est au cœur des incertitudes actuelles; le mythe fondateur de la puissance de l’administration s’est dissipé, la croyance en elle comme instrument privilégié du maintien de l’ordre et du développement économique est fortement compromise.
La dégradation de l’image de notre administration n’a évidemment pas une explication unique, mais pour dissiper le malaise actuel et faire de l’administration un instrument de la liberté, il est temps d’organiser le pouvoir en donnant à chacun l’habitude et le goût de la responsabilité, car la crise de l’autorité est une dimension majeure des problèmes de notre pays. L’exercice de la souveraineté exige que le pouvoir de l’Etat s’étende sur toutes les parties du territoire national et sur l’ensemble des services.
Il est donc urgent que le gouvernement nomme de nouveaux préfets et réorganise toutes les structures déconcentrées, mais les réorganisations ne valent que par la compétence des hommes chargés de leur mise en oeuvre. La réalité quotidienne montre que bon nombre de nos responsables locaux, aussi bien déconcentrés que décentralisés pensent que la relation entre le préfet et les élus, dans le cadre institutionnel de la décentralisation doit être nécessairement et par nature de type conflictuel.
L’Etat exerce mal aujourd’hui ses missions fondamentales. Pour qu’il les exerce mieux, il faut recentrer l’Etat sur ses fonctions essentielles, en laissant aux citoyens et aux collectivités locales les tâches qu’ils peuvent exercer mieux que lui. C’est le choix à la fois d’un Etat efficace et d’une démocratie de plus en plus proche du citoyen, plus attentive à ses problèmes, plus économe de l’argent public, plus proche des décisions.
Mesdames et messieurs
Chers invités
Honorables députés
S’agissant de la révision des conventions minières, l’Assemblée Nationale en jouant son rôle d’arbitre, n’élude pas sa délicate et indispensable mission qui est celle d’apporter son soutien actif aux orientations politiques et économiques positives du gouvernement.
Les dernières conventions minières transmises par le gouvernement précédent ont soulevé énormément de pression et de passion par des interprétations diverses faites à leur endroit à tort ou à raison. Il s’agit en l’occurrence de l’annexe C de la convention liant la Guinée à Rouski Alumina dans le cadre de l’exploitation de la bauxite de Kindia et du contrat de partage de production et d’exploitation pétrolière entre la Guinée et SCS Corporation.
Le parlement en souscrivant pleinement aux recommandations contenues dans le rapport de l’inter commission parlementaire, exhorte vivement le gouvernement, à ouvrir sans aucun préjugé avec nos partenaires, des échanges francs pour permettre aux différentes parties d’en tirer un gain optimum.
Ces échanges bien entendu, doivent se faire dans un cadre d’apaisement, de sérénité et de confiance renouvelée tout en prenant en compte les conditions historiques et objectives dans lesquelles ces convention avaient été signées afin d’apporter des amendements nécessaires. C’est dans ce sens que l’Assemblée juge utile de rapporter la ratification desdites conventions à la session extraordinaire de juin 2007 pour en faciliter ainsi leur relecture approbatrice.
Je souhaite donc et je demande instamment, au nom de la nation que les autorités gouvernementales formalisent, dans un acte conventionnel clair, de nouvelles procédures de négociation de nos ressources naturelles mieux adaptées aux intérêts des guinéens.
Je demande aux guinéens de ne pas céder à un certain pessimisme ambiant et à des manipulations alimentées essentiellement par des attentistes et tous ceux qui n’ont pas encore admis qu’un changement politique est survenu.
Soyez certains que l’Assemblée Nationale, élus et fonctionnaires parlementaires ne ménageront pas leur peine pour que soient mises en œuvre, les mesures nécessaires à une bonne santé économique et une meilleure justice sociale. Je crois sincèrement que notre pays dispose des ressources humaines et naturelles capables d’assurer un bien-être et un niveau de vie adapté aux besoins réels de notre population et ce, dans le partenariat, la solidarité et le respect des compétences entre le gouvernement, l’Assemblée Nationale, les partis politiques, la société civile et les partenaires au développement.
Mesdames et messieurs
Chers invités
Honorables députés
Nous en appelons à toutes les énergies constructives de notre nation, le moment est critique mais l’espoir est permis. Qu’elle soit rationnelle ou émotionnelle, l’unité d’un groupe ne se consolide vraiment que si les individus qui composent cette population intériorisent largement le sentiment de ce qui les unit, en faisant abstraction de ce qui les sépare ou, du moins, en le faisant passer au second plan. Notre nation doit s’enrichir de ses propres différences idéologiques, catégorielles, régionale et ethniques afin qu’un consensus s’établisse sur des valeurs communes et des objectifs décidés en concertation, aux plan institutionnel, économique, éducatif, social et culturel.
La politique du changement implique un changement des mentalités, un changement des méthodes de gouvernement et enfin une nécessaire harmonisation de nos rapports avec l’Etat.
Un nouveau gouvernement, de nouveaux objectifs : les guinéens ont voulu le changement et il est de notre devoir de respecter ce choix du peuple souverain.
Je suis certain que la Guinée saura tenir ses engagements vis-à-vis de nos partenaires, ce qui ne pourra que contribuer à renforcer la confiance dans notre pays.
L’esprit qui anime mon institution est un esprit de transparence sur les choix et leurs motivations, un esprit de dialogue et de concertation, en un mot une nouvelle manière de gouverner. Cette nouvelle impulsion qui s’articule autour de principes de gestion sains, rigoureux, justes et honnêtes.
C’est ces points de réflexion que je souhaitais partager avec vous et sur ces mots que je déclare close la session des lois 2007.
Je vous remercie.
Propos transmis par :
Ibrahima Dalen Barry, depuis Conakry
Pour www.nlsguinee.com