Guinée : SEG, l’impunité persiste, les voleurs signent
18 mai 2005

On avait toujours pensé que les vols opérés par les agents de la SEG, la Société des Eaux de Guinée, se limitaient aux branchements clandestins et aux omissions volontaires d’abonnés auxquels on tend la main tous les mois pour empocher des dividendes. Mais voilà que près de 319 millions de matériels, destinés au branchement de certains quartiers de la capitale à travers le crédit 017 Gui, ont disparu des magasins de la société. Ce matériel se décomposerait en quelque 2000 robinets d’arrêt, 127 700 mètres linéaires de tuyaux en polyéthylène, plus de 2000 coffrets pour compteurs à eau et 2880 mètres linéaires de tuyaux galvanisés. Les auteurs? Quatre agents qu’on aura vite fait de mettre à la porte. Il s’agit de Dame Kadiatou Sacko, Abdoulaye Bangoura, Alhassane Tounkara et Yayi Diané. Le cinquième, un certain Mamadi Condé, aurait échappé au licenciement. Pour quelle raison? Bien malin qui pourrait y répondre. On sait cependant que 2500 mètres de tuyaux en polyéthylènes disparus ont été sortis du magasin qu’il gère. Etait-il présent lorsqu’on sortait ce matériel? Le rapport d’enquêtes ne l’indique pas. Incarcérés à l’escadron de la gendarmerie de Matam où ils ont été entendus sur P.V., les accusés attendaient d’être présentés à un juge. Seront-ils jugés et acquittés au cas où leur culpabilité ne sera pas établie? En attendant, on semble privilégier la solution du remboursement du matériel enlevé au préjudice de la société. Pour le reste, on verra plus tard.
Des travailleurs de la société, interrogés sur ce vol soutiennent que l’impunité ayant été érigée en système de gestion à la SEG, aucune faute ne saurait être sanctionnée par la direction de la boîte. Ils imputent les mauvais rendements de notre service des eaux à ce laisser aller entretenu par certains responsables qui semblent privilégier le copinage dans la gestion des ressources humaines. Ils soutiennent en plus que des vols plus dangereux se commettent au quotidien dans les services. Les travailleurs malades sont souvent confrontés à un problème de prise en charge parce que de petits malins abuseraient des fonds servant au remboursement des frais médicaux. Les évacuations sanitaires seraient sélectives et tiennent plus compte des relations personnelles que du statut réel. Il serait plus facile de trouver des fonds pour évacuer des épouses des en haut de en haut que d’assurer une couverture médicale efficace à un ouvrier malade. Abdoulaye Thiam, l’ex-conseiller juridique, serait mort sans qu’on ne puisse l’admettre dans un centre spécialisé alors que dans le même temps deux évacuations sur Rabat et sur Paris, d’un montant cumulé de plus de cent millions de francs glissants, ont été accordées à certains privilégiés de la boîte. Peut-on, dans ces conditions, sanctionner quelqu’un qui se rend coupable de vol? Que nenni, répondent, à l’unisson, le membres du personnel que nous avons rencontrés. Côté fournisseurs, les paiements seraient sélectifs. Très souvent, les pharmacies et les papeteries de la place en seraient les victimes. Les districts de l’intérieur seraient devenus de véritables vaches de trait. Dans les districts de la SEG tout comme dans ceux de l’EDG, le vol de carburant est quasi régulier. A Boké, Kindia et autres les robinets sont souvent à sec faute d’énergie électrique. Lorsqu’après une longue période de soif on veut faire recette, on s’empresse de distribuer quelques gouttes d’eau afin de justifier les factures mirobolantes qu’on soumet par la suite aux clients. Les chefs de district qui doivent allégeance à des barons cachés dans les rangs de l’administration publique se croient toujours obligés de faire des enveloppes à leurs protecteurs pour s’assurer une pérennité au poste. La SEG pourrait-elle échapper au clientélisme et au népotisme sont devenus les seuls moyens d’accès aux hautes fonctions des services publics? Dans un pays à sec, où le vol de matériels destinés à la fourniture d’eau ne dérange personne, il est indéniable que la corruption a de beaux jours devant elle.
Diallo Thierno
Article tiré du Lynx du 16 mai 2005, visitez le Lynx au www.mirinet.net.gn/lynx
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