samedi 19 mai 2007
Madame,
Nous venons par cette lettre solliciter auprès de vous, l’affichage public des noms de la liste des victimes du 12 Juin 2006 et de la période Janvier-Mars 2007, dans les quartiers de Conakry et dans toutes les Préfectures, tout en invitant la population d’y apporter sa contribution.
Tout en saluant votre engagement à mettre sur pied une Commission d’Enquête Nationale, nous voudrons attirer votre attention sur le nombre des victimes que votre Gouvernement a publié : 139 MORTS, 1000 blessés dont 11 enfants à Genève.
Sans vouloir soulever de polémique, permettez-nous de vous signaler que rien ne permet d’affirmer la justesse de ces chiffres. Nous avons constaté qu’il y a une très grande différence entre les chiffres officiels publiés dans les hôpitaux et le compte des parents des victimes.
Par exemple, lorsque nous avions publié notre première liste, nous avions reçu plusieurs messages, dont je vous soumets quelques exemples :
« Bonjour Monsieur TOURE,
Je Suis Mamadou Oury Kobéra DIALLO de la 26ème promotion de l'Université Guinéenne.
Mon adresse actuelle de contact est au bas de ce message.
Je vous envoie ici l'adresse d'une nouvelle victime qui est mon petit frère de même mère et même père. Je suis le fils aîné de la famille et lui il était le 5e de ma mère.
Il s'agit de Mamadou Célé DIALLO tué par un militaire le Samedi 10 février 2007 à Kindia. Il a été rendu aux parents et enterré le même jour à son quartier de Gadha Wawa.
Il est assassiné laissant derrière lui un garçon de 3ans 5 mois et une veuve en état de famille de 5mois.
Âgé de 33 ans feu-Mamadou Célé est né à la sous/préfecture de Kollangui Préfecture de Tougué District de Nhan nharan.
Les cérémonies de sacrifice ont eu lieu dans son village natal à Kobéra le dimanche 25 février 2007.
Je vous enverrai ses photos dans beaucoup de positions et états différents.
Que la terre lui soit légère AMIN.
Je suis près à fournir toute autres informations nécessaires.
Je vous remercie
Meilleures salutations ».
Nous avions aussi la liste de Kindia qui diffère légèrement de celle des hôpitaux.
Nous vous soumettons un autre message que nous avions reçu par que cette victime n’était pas non plus sur la liste officielle de l’hôpital.
« Bonjour
La victime s'appelle DIALLO Mariama Tely elle est née le 2 mai 1982 à Labé. Elle est décédée le dimanche 18 Février 2007 à 2h 37mn à l'hôpital régional de Labé.
Elle était étudiante à l'université de Sonfoniah en 3e Année Administration des Affaires.
Elle a été fusillé le mardi 13 février 2007 à Labé aux environs de 9h 30mn
Elle a un enfant de quinze mois. » Fin.
Nous pensons qu’il y a des centaines de victimes, morts ou blessés dans ce cas de figure. L’Indentification (affiliation, noms, prénoms et adresses) est souvent conflictuelle dans beaucoup de rapports à Conakry comme dans les Préfectures.
Exemple : Les jeunes de N’Zérékore auraient défié l’Ordre imposé. Ils se seraient attaqués à la boutique du maire situé au quartier Réné Soukana, dans un magasin d’Ehdj Amara Kanté. On y vend de l’eau minérale.
Le maire aurait dégainé et tiré sur deux jeunes gens à bout portant devant des témoins oculaires (il s’agit bel et bien du maire de N’Zérékoré). Certains parlent de deux morts, d’autres d’un seul mort. Mais le nom de la ou les victimes ne figure sur aucune liste.
Ici par exemple tout le monde parle de mort, sans donner de noms alors que tous les témoignages sont concordants. Il nous semble que la peur de témoigner par écrit ou d’être le Témoin Principal a dominé dans certains cas et dans beaucoup d’autres , nos parents ne connaissent pas l’impact Juridique, des faux témoignages, témoignages sans preuves ou simple refus de témoigner .
C’est pourquoi nous recommandons que votre liste des victimes fasse l’objet d’un affichage publique A CONAKRY et dans toutes les Préfectures, pour qu’on puisse y apporter les corrections nécessaires afin que toutes les victimes soient honorées.
Et parce que dans l’Etat de Droit que nous voulons construire, les accusés auront aussi un DROIT à se défendre. Nous devrions impérativement faire en sorte que le Peuple gagne le Procès avec des preuves irréfutables, car ces crimes sont assez graves pour que la Victoire soit ternie d’une manière ou d’une autre.
Nous n’avons pas le Droit de bâcler ces procès.
La liste officielle ne tient pas compte des corps qui ont été enterrés le même jour, sans passer par les morgues. Les enfants surtout.
Toutes les victimes qui ne sont pas passées par les hôpitaux ne sont sur aucune liste. Malheureusement ce sont les plus nombreuses.
En outre aucune liste ne fait cas des femmes violées pendant l’état de siège , et de ceux qui sont morts par balles perdues lorsque les militaires tiraient en air, contents du triplement de leurs salaires …., en plein état de siège !
Selon nos enquêtes et de plusieurs ONG qui travaillent sur le terrain, il a eu plus de 200 (deux cents) morts, 7 violes confirmées et le nombre de blessés mineurs ou graves excèdent largement le chiffre 1000 (mille).
C’est pourquoi nous demandons que cette liste officielle fasse objet d’affichage public, afin que les parents des victimes aient l’opportunité d’y apporter quelques rectifications nécessaires afin de rendre justice à toutes les victimes. Et aussi des parents qui se porteront volontaires devront concilier leurs témoignages devant votre Département et sous serment, pour qu’en cas de décès, leurs dépositions pussent toujours servir devant un Tribunal.
Tout en souhaitant l’avènement de votre Commission d’Enquête Nationale, nous nous réservons le Droit de porter plainte contre Lansana Conté et le Gouvernement sortant au moment opportun.
Comptant sur votre bonne compréhension et de votre coopération,
Veillez- agréer Madame le Ministre, l’expression de nos profonds respects.
PS : Nous soutenons votre Gouvernement. Nous pensons que votre échec ne profitera à personne sinon qu’à nous enfoncer collectivement dans l’abîme. Du courage.
Ben Daouda Touré, USA
Pour www.nlsguinee.com