mardi 15 mai 2007
Les jeunes soldats et officiers grognent depuis des semaines. Au départ, ils grognaient silencieusement bien que leur mécontentement soit réel et profond. Il y avait de nombreuses raisons pour ces jeunes en uniforme de se sentir frustrés et de vouloir le changement.
Mais l’armée guinéenne et toutes les institutions sous le Général Président Lansana Conté, a depuis longtemps perdu son âme et sa crédibilité. D’armée nationale, elle est devenue, par les tractations de Conté, une institution vouée à ses services personnels, dans ses exploitations agricoles et dans ses services d’information, de gangstérisme, de représailles et d’intimidation. Pire, elle est devenue une armée quasi tribale dont les bénédictions des ancêtres ont, fort heureusement, empêché l‘éclatement.
La Guinée traverse une crise grave depuis longtemps. Les événements de janvier à mars 2007 ont démontré au monde entier la gravité de cette situation catastrophique ainsi que la nécessité urgente d’y trouver une solution satisfaisante --celle-ci n’est autre que l’installation d’une démocratie responsable et stricte, transparente, compétente et pleine de compassion.
Le monde entier a suivi avec admiration le courage des syndicalistes et l’héroïsme des populations guinéennes face à la répression sanglante des forces armées.
En toute honnêteté, on est en droit de se demander pourquoi les jeunes officiers et soldats n’ont pas suivi et soutenu cet élan national sans précédent pour mettre fin au despotisme de Conté. C’est à eux de répondre à cette question.
À présent, les choses évoluent sous la direction du 1er ministre Lansana Kouyaté. Il se débat pour regagner de la confiance et des fonds pour faire face à des responsabilités immédiates et nécessaires. À cet égard, on peut se demander pourquoi maintenant la revendication des jeunes soldats et officiers revient à l’ordre du jour.
Dans certains milieux, il y a des gens qui voient dans cette affaire la main manipulatrice de Conté qui, tout le monde le sait, tient à garder son pouvoir au détriment du changement démocratique. Dans cette tentative, Conté pourrait bien chercher à se débarrasser des généraux gênants. Ces officiers supérieurs deviennent ainsi des boucs émissaires victimes de leur propre loyauté inconditionnelle à un chef qui ne pense qu’à lui-même.
Pour ma part, quoi qu’il en soit, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que le régime de Conté montre tous les signes d’une déconfiture totale. À la différence des régimes dictatoriaux de Mobutu au Zaïre et d’Eyadema au Togo, le système de Conté est basé sur le manque de respect et de considération à l’égard de tous les citoyens guinéens, y compris les soldats qui assurent son pouvoir. Conté se moque des officiers, des politiciens, des intellectuels et de tous les Guinéens hommes et femmes de toute ethnie.
Tout ce qui compte pour lui, c’est avoir accès aux fonds, aux ressources et aux joies que donne le pouvoir. Mais, nullement les responsabilités, celles-ci sont trop lourdes pour lui et il s’en moque.
La déconfiture dont la crise présente témoigne est liée de près et de loin au système de corruption que le Général Président a mis en place et qui lui a permis, ainsi qu’à El Hadj Mamadou Sylla et à ses autres associés d’amasser des capitaux colossaux avec impunité. Conté a été ministre de la défense pendant de longues années et le principal ordinateur des dépenses militaires. Mieux que tout le monde, il sait comment les jeunes soldats et officiers ont été injustement déboursés.
Le Général Président lui-même doit répondre à l’armée guinéenne et au peuple de Guinée. De cette confrontation sortira, la vérité. Et, il n’y aura qu’une seule conclusion à tirer, à savoir, la démission volontaire, finalement, du président ou bien son renvoi forcé à cause de ce scandale monstrueux, antipatriotique, indigne d’un homme d’Etat et honteux pour le pays.
Par conséquent les protestations des jeunes soldats et officiers contribueront au progrès de la Guinée dans le sens de la démocratie et du développement sous la protection d’une armée véritablement nationale gardienne des institutions et de la sécurité de l’Etat.
A juste raison, les citoyens et citoyennes de Guinée chanteront: à quelque chose malheur est bon.
Mohamed ’’Joe’’ Sidibé
Pour www.nlsguinee.com