vendredi 11 mai 2007
Je ne sais plus qui a dit que « les peuples qui n’ont pas compris leur histoire sont condamnés à la revivre. » Le tout nouveau premier ministre, Lansana Kouyaté, est certainement fort imprégné de cette citation. Son avènement à la Primature n’est pas fortuit. Il garde en lui un dessein inavoué. Lequel ? Je vais vous le dire.
D’abord un petit retour en arrière :
L’on se souvient que c’est l’enthousiasme des lendemains de l’indépendance en 1958 qui avait endormi les Guinéens à s’abandonner à l’appétit sanguinaire de Sékou Touré et de son PDG, alors salué par tous comme l’homme providentiel.
Vingt trois ans après sa mort la Guinée est toujours un pays exsangue, le maillon faible de l’Afrique de l’Ouest francophone, et n’en finit pas de digérer son lourd héritage politique et économique avec un régime politique très arriéré et une économie demeurant un modèle de mauvaise gestion et de gaspillage eu égard aux énormes ressources naturelles et humaines du pays.
Sékou Touré ne comprenant rien à l’économie, l’avait insufflé un volontarisme d’inspiration socialo communiste, celle-ci s’effondra dans un climat politique tendu, où il se laisse gagner par la hantise du complot devenu permanent et lance de grandes épurations. C’est le règne de la terreur qui pousse à l’exil plusieurs centaines de milliers de Guinéens.
Le 03 avril 1984 le pays passe de la paranoïa meurtrière du clan familial de Sékou Touré à la tyrannie sanguinaire, grotesque prédatrice et corrompue du clan politico mafieux de la famille de Lansana Conté véritable vampire économique.
Sékou Touré et Lansana Conté sont les deux mamelles du drame guinéen.
Il y a un mystère Lansana Conté qu’il faut lever pour comprendre le dessein inavoué de son tout nouveau premier ministre.
Lansana Conté, alors ancien caporal de l’armée française et gardien de prison en Algérie lors de la lutte de libération de ce pays, avait été repéré et présenté à Sékou Touré par son neveu Siaka Touré, le Lucifer des camps de la mort du PDG.
Pour mémoire, les archives secrets du Camp Boiro ont été récupérés par Conté et qui les utilise toujours contre les Guinéens. Il a renvoyé l'ascenseur à Siaka en s'occupant de sa famille. En effet à partir de 1964, il montait systématiquement en grade à chaque complot où des militaires étaient arrêtés et liquidés en très grand nombre.
Ces promotions lui étaient accordées par Sékou Touré en personne, sans l’avis de la haute hiérarchie militaire. Tout se passait comme si à chaque arrestation d’officiers, il recevait sa récompense en grade.
C’est pourquoi d’ailleurs, Lansana Conté n’a eu cesse de répéter: "je dois tout à Sékou Touré."
C'est pourquoi il baptise le Palais présidentiel « Sekoutoureya » au grand mépris des familles des victimes du PDG.
Et il prend sous sa protection Arafan Camara, neveu de Sékou Touré. Il a veillé personnellement à la montée en grade du neveu dont certains promotionnaires nettement plus brillants ne sont pas, à ce jour, capitaine.
Lansana Conté a d’ailleurs toujours refusé de signer des décrets d’attribution de grade si le nom de Arafan n’y figurait pas. Et voilà comment Arafan Camara s’est retrouvé au grade de Général et chef d’Etat major adjoint des forces armées nationales.
Lansana a transformé la Guinée en une République des oboles qui punit les talents et récompense les bassesses.
Pour ce despote, gouverner n’est pas une question de compétence. Il lui faut des serviteurs, des ministres, dont il tient le sort entre ses mains, des êtres qui lui sont redevables. Mépris des hommes qui est le corollaire de son mépris complet des institutions dont il se sert sans les servir jusqu’à les avilir.
Il dit à qui veut l’entendre « l’État c’est moi.» Le gouvernement et ce qu’on appelle les institutions républicaines (l’Assemblée Nationale, la Cour suprême, le Conseil National de la Communication et, le Conseil Économique et Social) sont sa chose.
Lansana Kouyaté est sans ambages la chose de Conté, et un pur produit du PDG.
Lansana Kouyaté, ce rigolo hybride de Sékou et Conté n’est ni un PM de « choc», ni un « maestro » comme certains l’ont claironné lors de sa rencontre avec la communauté guinéenne à Saint Denis le 20 avril dernier à la bourse du travail.
Lansana Kouyaté est un homme vénal, immoral dont la mission inavouée est claire et nette: ramener le PDG au pouvoir avec la bénédiction de Conté et de Arafan Camara propulsé au poste de ministre de la défense nationale.
Lansana Kouyaté est le marchepied qui manquait à la reconstitution du premier cercle de l'ancien régime.
Depuis sa nomination à la Primature, ce prétendu diplomate nombriliste, plutôt que de réconcilier les Guinéens, préalable nécessaire pour que la Guinée trouve la voie du développement, est en train de constituer, lui aussi, son réseau mafieux et prédateurs.
A Saint Dénis Lansana kouyaté nous a expliqué très brièvement comment les ambassadeurs ont toujours détourné les budgets alloués aux chancelleries. Peut être qu’il a oublié qu’il a été Ambassadeur de Lansana Conté au Caire (1987 -1992). Combien a-t-il détourné ?
Allons-nous laisser les héritiers du PDG usurper une seconde fois le pouvoir pour nous ramener 50 ans en arrière?
Je pense que non. Nous devons empêcher cela par tous les moyens .Ce type ne peut rien apporter à la Guinée. Il nourrit l’ambition dangereuse de ramener le PDG ou son semblable au pouvoir.
Lansana Kouyaté se leurre ou ne se rend pas compte que le monde a changé et les Guinéens avec. Plus jamais un tyran ne s’installera en Guinée. Le passé a servi de leçon. Les évènements de janvier et février 2007 en témoignent. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ?
Lansana Kouyaté ne veut pas voir l’envie des Guinéens de se tourner définitivement vers le développement à tout point de vue.
Dr Abdoul Baldé, Rouen France.
Pour www.nlsguinee.com