vendredi 11 mai 2007
Le mouvement de colère de militaires en Guinée qui réclament le paiement d'arriérés de soldes, a pris de l'ampleur vendredi, faisant 4 nouveaux morts et poussant le chef de l'Etat, le général Lansana Conté, à s'investir personnellement dans la crise.
Le président guinéen, 72 ans, au pouvoir depuis 1984, s'est rendu vendredi à 13h40 (locales et GMT) au camp Alfa Yaya, plus grand camp militaire du pays et épicentre du mouvement de mécontentement, selon une source militaire jointe par l'AFP.
De nombreux militaires mécontents étant absents, le président n'est resté que 5 minutes et leur a donné rendez-vous samedi à 09h00 dans ce même camp, situé près de l'aéroport international, en périphérie de la capitale Conakry, selon la même source.
Les militaires mécontents réclamaient, jusqu'à présent sans succès, l'ouverture de discussions directes avec le chef de l'Etat et non avec le Premier ministre Lansana Kouyaté, qui avait commencé à discuter avec eux.
L'intervention surprise du chef de l'Etat, qui était accompagné du chef d'état-major de l'armée le général Kerfalla Camara, est intervenu après plusieurs heures de violences et de confusion, dans la capitale comme dans plusieurs grandes villes de province.
Trois civils ont été tués vendredi à Kindia (130 km à l'est de Conakry) et un à Conakry, par des balles perdues tirées par des militaires mécontents qui réclament le paiement d'arriérés de salaires non perçus depuis 1996, ont rapporté des témoins à l'AFP.
Ces nouvelles violences portent à sept le nombre de civils tués depuis le début du mouvement de mécontentement des militaires le 2 mai.
De plus, 70 personnes ont été blessées à travers le pays jeudi et vendredi, a rapporté la police.
Des tirs de militaires avaient fait la semaine dernière deux morts et 73 blessés.
Dans le même temps, la situation s'était tendue à la mi-journée dans la capitale.
Des soldats en colère, dont le nombre exact n'est pas connu, ont quitté le camp Alfa Yaya pour se diriger à pieds vers le centre de Conakry, distant de 14 km, ont rapporté des habitants à l'AFP.
Au même moment, des membres de la garde présidentielle, à bord de huit véhicules de transport de troupes, se sont positionnés sur le pont du 8 novembre, point stratégique commandant l'accès au centre depuis la banlieue de la capitale, a constaté un correspondant de l'AFP.
Lorsque les militaires mécontents ont appris que le président Conté s'était rendu au camp Alfa Yaya pour les rencontrer et leur avait donné rendez-vous samedi matin, ils ont fait demi-tour pour regagner leur base, selon des habitants.
En début d'après-midi, des tirs sporadiques et d'origine indéterminée ont été entendus près du camp Samory, au centre-ville. Le camp Samory abrite le quartier-général de l'armée et la résidence du chef de l'Etat, le général Lansana Conté. Les tirs avaient cessé en milieu d'après-midi.
Tous les marchés de la banlieue de Conakry avaient toutefois fermé à la mi-journée, à la suite de ces mouvements de troupes, les commerçants craignant des pillages, ont rapporté des habitants à l'AFP.
Vendredi en fin d'après-midi, le Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté a appelé dans un communiqué diffusé sur la radio nationale les militaires au "calme et à arrêter de tuer des innocentes personnes et de faire des destructions de biens".
© 2007 AFP