Cameroun/Suisse : A 10 ans, elle devient mère
20 septembre 2005
Une Camerounaise a donné naissance à une fille à Sion. Le père est encore inconnu.
Il y a un mois, une Camerounaise de 10 ans accouchait à Sion. L'amant de sa mère, un sexagénaire, a été incriminé. Un test ADN l'a mis hors de cause. Le père de l'enfant demeure pour l'heure inconnu. Comment une gamine parvient-elle à dissimuler sa grossesse? Les institutions disent n'avoir rien remarqué jusqu'au septième mois.
Corpulence forte
«Lorsque l'institution dans laquelle se trouvait la fillette s'en est aperçue, elle était au septième mois de sa grossesse.» Claude Roch rejette toute responsabilité. Le conseiller d'Etat valaisan, chargé de l'Education, de la culture et du sport, souligne que l'école de la région de Martigny où se trouvait la fillette camerounaise de 10 ans n'a rien remarqué. «Elle était un peu forte. Sa corpulence a fait en sorte que personne n'a vu une modification notoire. De graves problèmes familiaux ont forcé les institutions à prendre en charge cette enfant. C'est à ce moment-là seulement qu'on s'est rendu compte de sa grossesse.»
L'affaire laisse pantois. Elle s'apparente à un drame à la Zola, joué sur fond d'immigration. La toute jeune mère d'une petite fille, encore à l'école primaire, est venue en Suisse avec deux de ses frères et sœurs à la faveur du regroupement familial demandé par sa mère, une Camerounaise qui a épousé un Valaisan. Jusque-là rien de particulier. La situation vire au drame sordide lorsqu'on sait que l'amant de la mère, un homme âgé de 68 ans, a confirmé avoir eu des relations sexuelles avec la fillette. Dans un premier temps soupçonné, il s'avère qu'il n'est pas le père du bébé. Une enquête, avec test d'ADN, est actuellement en cours pour déterminer la paternité.
La jeune mère a ainsi été abusée à au moins deux reprises. Pour l'heure, son avocat commis d'office, qui n'est autre que Léonard Bender (photo ci-dessus), le vice-président du Parti radical suisse, se refuse à tout commentaire, à ce stade de l'enquête.
Troubles psychiatriques
L'affaire demeure éminemment choquante. La maternité d'une adolescente, qui plus est de 10 ans, constitue un facteur de risques de troubles psychiatriques important, confirme Francisco Palacio. Le professeur responsable de la guidance infantile à l'Hôpital de Genève se dit par ailleurs «étonné» qu'une telle grossesse ou son interruption n'aient pas pu être soumises à une évaluation.
Christian Nanchen, responsable cantonal en faveur de la jeunesse, n'en démord pas. Les institutions ne sont pas en cause dans cette affaire. «Au septième mois, il était trop tard pour intervenir. Cela dit, il n'est pas certain que cette fille ait bel et bien 10 ans, poursuit le responsable. Les registres africains sont souvent mal tenus. Il se pourrait qu'elle en ait 13 ou 14.»
Qu'adviendra-t-il de la mère et de sa petite fille? Claude Roch précise que «toutes deux se portent bien, compte tenu des circonstances». «Lorsque nos services se sont rendu compte de la situation, un encadrement social et psychiatrique a été mis sur pied. Aujourd'hui, la mère, toujours placée en institution, a repris ses cours. Elle bénéficie toujours d'un suivi psychologique et se trouve régulièrement en contact avec la famille d'accueil qui a la charge de son bébé.»
Les maternités aussi précoces sont rares dans le monde. En 1998, une adolescente de 11 ans avait donné naissance, par césarienne, à une petite fille en Hongrie.
Chantal Savioz / 2 4
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