lundi 07 mai 2007
Finalement la politique est tout sauf une science exacte encore moins
prédictible ! Qui aurait prédit Lansana Conté, Laurent Gbagbo,
Toumani Touré ou Nicolas Sarkozy présidents ?
Comme cela est souvent le cas, certains héritent de situation opportunes et saisissent
leur chance et d'autres la laisse passer.
L'UMP a été créée pour propulser Alain Juppé pour succéder á Jacques Chirac et les « affaires » le
disqualifient. Sarkozy en embuscade n'a pas tergiversé et s'est emparé du parti de façon opportuniste.
Henri Konan Bedié a hérité du pouvoir auquel il a été préparé depuis
des années mais l'a perdu par manque de courage : il serait resté sur
le territoire ivoirien, il serait certainement encore président.
En Guinée, en Juillet 1985 apparemment le Capitaine Baldé et ses
hommes auraient pu garder le pouvoir pour eux ; mais ils ont préféré
jouer la loyauté et l'ont rendu sur un plateau au Colonel Lansana
Conté, "bombardé" à son retour á Conakry Général de Brigade « pour
service rendu á la Nation » alors qu'il était en sécurité á Lomé
pendant que Baldé et les autres risquaient leurs vies pour maintenir
leur Régime.
Certains sont plus bénis qu'autres !
L'autre cas intéressant est celui de l'ex Zaïre maintenant République
Démocratique du Congo où grâce á un tragique événement, Laurent Désiré
Kabila imposé pour succéder á son père s'installe définitivement au
pouvoir avec l'aide active des Occidentaux après des élections pour le
moins bizarres.
Là encore le pouvoir échoit á une personne inattendue et imprévue.
Encore un scénario plus logique car explicable mais tout aussi
imprévisible est celui de l'élection de Yayi Boni au Bénin : les électeurs
déçus et fatigués de la vieillissante et ancienne classe politique se sont rabattus
en désespoir de cause sur le candidat nouveau venu et politiquement vierge. Donc ce
qui était un coup d'essai fut un coup de maître car Yayi Boni l'emporta avec un score confortable sur ses adversaires.
Tous ces exemples montrent que finalement, accéder au Pouvoir c’est plus
une destinée qu'autre chose ; sans tomber dans le fatalisme!
La leçon est que tout homme politique doit faire ce qu'il pense être
bon et juste pour son pays/nation d'abord avant de voir seulement ses
intérêts personnels lui permettant d'accéder au pouvoir.
Seul Dieu décide quoi que l'on fasse : Nelson Mandela a survécu malade 27 ans de
cachots et dans les conditions très durs de l'apartheid que peu de
personnes auraient pu. Il en est sorti par la grâce de Dieu sans renoncer á sa lutte pour être élu Président d'Afrique du Sud.
Et comme certains pouvaient l'imaginer, tout ceci nous ramène á la Guinée.
Certains leaders politiques, presque la majorité, font des compromis
et parfois même des compromissions ou adoptent des positions dans l'unique et seul but d'en être les seuls bénéficiaires même au détriment de la Nation.
Ce fut le cas lors de arrestations arbitraires de Alpha Condé, Bâ Mamadou et d'autres. La réaction des partis politiques a été plutôt timorée comme s'ils ne se sentaient pas vraiment concernés par ces violations flagrantes des lois.
Or le problème était une question de principe et non de personne car ça
aurait pu être eux même. Si l'Etat respectait au moins les procédures
et la loi, il n'y aurait rien á dire.
Tous les leaders auraient dû montrer alors leur solidarité surtout active quitte á ce que Lansana Conté les arrête tous et nous aurions vu la suite. Mais hélas, ils ont confirmé au Pouvoir, tout comme au temps de Sékou Touré, qu'il
peut les éliminer un á un sans risque car chacun n'est préoccupé que
par sa personne et non le Pays.
Les syndicalistes et la Société Civile leurs ont donné une leçon
magistrale de lutte politique. Unis, ils ont bravé contrairement aux
partis politiques, auparavant, l'interdiction de descendre dans la
rue. Ils savaient les risques et nous avons vu la suite.
Malheureusement, la liberté et bâtir une nation requièrent trop souvent
le sacrifice du Sang.
Une règle que tout le monde connaît mais feint d'ignorer est que faire de la politique particulièrement en Afrique implique d’être disposé á perdre sa liberté ou sa vie pour ses idéaux. La présidence est á ce prix là. Même Lansana Conté en sait quelque chose.
Pour reconnecter avec mes propos plus hauts, les événements tragiques
et exceptionnels survenus en Guinée en janvier- février 2007 ont fait
surgir un outsider inattendu, Lansana Kouyaté, qui apparemment était
en embuscade. S'il sait s'y prendre, risque de recueillir les bénéfices de toutes les années de travail de terrain des partis politiques et accéder á la Magistrature Suprême. Et personne honnêtement ne pourrait lui en vouloir car ce serait de bonne guerre.
Personnellement, je ferais pareil : qui peut refuser la fonction de Président de la République, surtout sur un plateau ?
Comme dit la petite histoire : « deux voleurs se battaient (…) quand vient un troisième larron qui emporta le butin ».
Il ne faut pas sous-estimer la volonté de changement des Guinéens qui
veulent de nouvelles têtes. L'ébullition dans l'armée et les universités en est un exemple. La Guinée aspire á un nouveau départ, á une refondation de la société avec des personnes nouvelles.
Je finirai en citant Laurent Gbagbo qui est un politique émérite qui disait : « Si tu joues bien même si l'arbitre est contre toi, tu gagnes. »
Donc, les leaders politiques sont avertis. La balle est désormais dans leur camp car la concurrence est ouverte, dure et sans pitié pour une Guinée nouvelle.
Par Ibrahima Diallo "OLLAID"
London(UK) & Conakry(Rep Guinée)
Pour www.nlsguinee.com