dimanche 06 mai 2007
Dans un texte publié par le site "Neoleadership" le vendredi 20 avril intitulé : "Et si KOUYATE nous était conté !", un internaute du nom ou pseudonyme de F. Amandaline Z. écrit : «…Je ne mets pas ici en cause sa compétence en matière de relations publiques….on ne peut qu’en conclure que ses talents de communicateur et de négociateur (pour la préservation de ses intérêts personnels) ont bien servi à quelque chose… ».
Voilà ! Nous sommes au cœur de la question : les gesticulations communicationnelles du premier ministre, à la manière d’un prestidigitateur, attirant l’attention du spectateur naïf sur toute autre chose que ce qu’il est en train de faire, pour réaliser son tour d’illusionniste.
Seulement voilà ! Le mouvement populaire de janvier et février derniers n’était pas un spectacle. Il ne visait pas,-loin s’en faut-, à promouvoir les ambitions personnelles, même « normales » d’un illusionniste. Il s’agit du destin de millions de personnes, de l’avenir d’une Patrie et non pas simplement d’un pays comme espace géographique quelconque, peuplé d’un conglomérat de tribus disparates affamées, auxquelles il suffirait de donner quelques tonnes de riz, pour s’en rendre maître.
Pourtant, c’est à cette manipulation que se livre M. KOUYATE, sans jamais oser l’avouer ouvertement.
Une propension à se prendre pour ce qu’il n’est pas.
On sait aujourd’hui avec précision, les manœuvres peu recommandables qui ont présidé au « surgissement » mystérieux de M. KOUYATE. J’en ai abondamment parlé, décrit les artifices employés, présenté les différentes étapes, ainsi que le cynisme criminel que lui et Lansana CONTE ont déployé depuis longtemps, afin que le pays reste durablement dans les mains du clan de Sékou TOURE et des Pdgistes.
L’exploitation des cadavres de centaines de jeunes manifestants à des fins de promotion personnelle n’est qu’un moment de ce processus. La tentative actuelle de récupération du mouvement de revendication des jeunes militaires, la création d’un prétendu conseil « national » de « sécurité » composé pour l’essentiel du clan familial et régional de Sékou TOURE, sont autant d’indices montrant que M. KOUYATE a des préoccupations autres que celles qu’il proclame bruyamment.
Le Gouvernement dit de transition est un attrape-nigaud. Mais notre pays en est peuplé. M. Lansana KOUYATE et le clan familial de Sékou TOURE sont donc « bénis » dans un pays de « maudits ». Quelle chance !
Le 27 février dernier, deux jours après sa nomination, à Conakry, il déclarait sans gêne, aucune : « je me sens porté par la volonté populaire. ». Ici, apparaît ce que par courtoisie, j’appellerai détournement de sens. Nommé par des manœuvres de couloir et d’intrigues abondamment financés par M. Laurent GBAGBO, utilisant à son profit l’assassinat de centaines de jeunes Guinéens, M. KOUYATE prétend donc être porté par la volonté populaire.
En quelque sorte, il aurait été « élu » par des électeurs dont il ne nous dit pas qui ils sont, ni quand a eu lieu cette élection, ni à quel moment elle a eu lieu. La confusion entre élection et nomination est évidente. Il ne serait donc pas inutile que « l’heureux » premier ministre de Lansana CONTE fournisse quelques explications au pays à ce sujet. Mais peut être, s’agit-il d’une expression malheureuse de la joie de voir que des intrigues financés de l’Extérieur (Laurent GBAGBO et réseaux libano-affairistes) peuvent réussir en Guinée.
Des gesticulations communicationnelles ruineuses.
La récente virée française de M. le premier ministre laisse songeur, le premier observateur venu. Sur plusieurs plans :
Sur le moment choisi : la France est en pleine campagne électorale. Le changement d’équipe au pouvoir est plus que probable. Les centres de décision sont gelés, par probité démocratique. L’équipe sortante, ne s’amusera à prendre aucun engagement, même à l’égard de M. KOUYATE. Ici, on a le sens républicain de la Patrie. Même si on perd le pouvoir, on n’embarrasse pas les Nouveaux que le pays désignera bientôt par voie électorale.
Les Sortants ne piègent pas les Entrants, lesquels ne défont pas ce que leurs prédécesseurs ont fait. Le premier ministre de Lansana CONTE ne pouvait donc pas espérer avoir un quelconque entretien avec des Dirigeants non encore désignés. Il y a là un « mystère » que M. KOUYATE devrait pouvoir nous expliquer. Mais peut être, ignore-t-il que dans les pays démocratiques, tous les pouvoirs procèdent d’abord d’une légitimité populaire (élection transparente et libre), avant d’être consacré par la légalité
Sur le ou les motifs : après d’innombrables discours confus, presque inintelligibles sur Radio France Internationale (R.F.I.), Africa N°1 et Jeune Afrique, tout Guinéen serait en peine de trouver un seul journaliste qui ait compris quoi que ce soit dans les interminables jargons de notre « heureux » premier ministre.
Qu’est-il venu faire en France ? - Mystère. Il fait état de son fameux carnet d’adresses.
Bien. A-t-il rencontré une seule personne susceptible d’être en situation de prendre des décisions en direction de l’Afrique ? La Réponse est NON. Nous n’avons pas son carnet d’adresses. Mais comme certains compatriotes en France, je sais qu’il n’a pas pu rencontrer des Décisionnaires. Cela ne sera possible que plusieurs mois après l’installation des nouveaux Gouvernants.
D’autre part, il y aura un important renouvellement de génération. Celle qui va accéder au pouvoir bientôt, s’accommodera de moins en moins des « victoires » électorales arrangées en Afrique. Elle en a mesuré les limites et le caractère contreproductif. Elle sait, que M. KOUYATE n’a ni légitimité, ni légalité et que de surcroît, il y a des doutes sérieux sur sa moralité. Ses accointances douteuses avec le sulfureux Abacha, aujourd’hui décédé, le détournement d’argent au dépend des réfugiés Somaliens il y a quelques années et son insertion dans les réseaux libano-affairistes en inquiètent plus d’un.
On ne peut exclure que le premier ministre avait des raisons personnelles de faire une virée en France. Mais elles n’avaient aucun rapport avec l’état et l’intérêt actuels du pays.
Le transfert des comptes sur lesquels arrivaient les recettes d’exportation minière, de Zurich à la B.N.P PARIBAS en est une, non négligeable. Il y a donc quelque interrogation sur plusieurs plans :
Sur ses contacts : il n’échappe à aucun patriote vigilant que dès sa nomination, M. KOUYATE a envoyé un signe discret mais efficace aux parents et alliés du clan Sékou TOURE auquel il est d’ailleurs personnellement lié. On a alors assisté à un retour en force des femmes et enfants d’anciens dignitaires Pdgistes qui se prétendent Exilés de retour, alors qu’ils n’ont été ni chassés, ni recherchés par personne.
Le système sanguinaire auquel ils doivent leur fortune s’étant effondré tout seul. Sur les conseils de M. KOUYATE, ils viendraient pour investir. Mais investir quoi ? S’il s’agit d’investissement au sens économique du terme, alors le pays serait heureux de connaître la provenance des capitaux qu’ils prétendent investir. Car, aucun d’eux (ni les enfants de Sékou TOURE, ni ceux d’Ismael, et encore moins ceux des autres clans) n’avaient une formation ni intellectuelle, ni professionnelle susceptible d’intéresser un quelconque entrepreneur occidental. Ils ont pu avoir des emplois salariés dans les pays occidentaux ou ils s’étaient réfugiés (U.S.A. et Canada) parce que leurs familles y avaient des comptes bancaires qui recevaient les recettes en dollars provenant de la vente des minerais (bauxite et fer).
Au total, si on laisse de côté les effets d’affichage, personne ne peut dire que la virée du premier ministre avait un lien quelconque avec les affaires du pays. Pourtant, c’est avec les maigres ressources publiques qu’il s’est offert une sortie.
Des manœuvres souterraines dangereuses.
Des jeunes patriotes en uniforme se révoltent contre un état-major corrompu et incompétent. Ils exigent le paiement de soldes auxquels ils ont droit. Une revendication légitime. Aussitôt le premier ministre se précipite au camp almamy Samori, pour se faire ovationner au rythme de « prési ! prési !prési ». Il n’y a pas de spontanéité derrière cette acclamation.
Ceux des « militaires » affectés à cette ovation étaient pré-désignés. C’est le premier test d’un processus qui a commencé avec la nomination du général Arafan CAMARA au poste de ministre de la défense. Il se continue par la constitution d’un conseil dit de « sécurité nationale » dont les membres sont choisis dans certains clans familiaux et régionaux, tous liés à Sékou TOURE et aux anciens Pdgistes.
Il y a deux ou trois jours, M. KOUYATE rend une visite discrète à la veuve officielle de Sékou TOURE. Il laisse entendre que Lansana CONTE c’est bientôt fini et que le Pouvoir reviendrait incessamment dans le clan d’où il n’aurait jamais dû sortir. Et il s’en porte le garant. Enfonçant le clou, il aurait ajouté : « les Soussous* sont des maudits incapables. On n’a pas à leur confier le pouvoir. Regardez. Ils vivent dans des taudis». Sans commentaire.
Il y a quelques années, un proche de Lansana CONTE m’avait rapporté que ce dernier avait tenu des propos vexatoires semblables à l’endroit des Soussous. Je lui demande alors dans quelle circonstance il aurait tenu ces propos ? Voici sa réponse. Je cite de mémoire : « Sidya venait d’accepter la primature. Un jour, en parlant avec le général, il lui dit qu’il voulait débloquer de l’argent pour faire nettoyer des quartiers comme CORONTHIE. Lansana CONTE lui dit à ce moment : toi tu es fou. Tu as l’esprit des Blancs. Ces gens-là sont nés dans la saleté. Laisse-les dans leur merde. »
D’après mon interlocuteur, ce jour-là, Sidya aurait réalisé qu’il y aurait une lutte à mort entre lui et Lansana CONTE au sujet de la Guinée.
On le voit bien. M. KOUYATE a des projets de type clanique et très orientés. Il a déjà préparé une liste de nomination dans l’administration. Si cette liste est publiée telle qu’elle est établie à l’heure où ces lignes paraissent, chaque Guinéen se fera sa propre opinion. Et alors, il s’apercevra qu’il s’agit d’une administration visant à assurer la mainmise d’un clan familial sur le pays. Il n’est pas utile de décrire ce que deviendrait notre pays dans ces conditions.
Ce premier ministre n’en est pas un. Dans un précédent article, j’ai expliqué selon moi, pourquoi il est stupide de parler d’un Gouvernement de Consensus. M. KOUYATE ne doit pas avoir d’autorité sur les autres ministres. Et, en tous les cas, s’ils sont d’authentiques Patriotes, ils devraient refuser catégoriquement ses « ordres ». Pour des raisons de légitimité, de Droit et de morale politique :
Absence de légitimité : la primature est une fonction politique d’importance. Elle ne peut exister sans légitimité. Et la légitimité ne peut procéder que d’un seul fait : une élection libre, honnête et transparente. Une simple tolérance ne confère aucune légitimité à aucune fonction. Il ne peut donc exister un chef de gouvernement. Seul le suffrage populaire peut l’instituer ou non. Tout décret l’instituant est sans fondement légal.
Absence de légalité : c’est dans un système monarchique que le Roi peut inventer à sa guise les fonctions qu’il veut. Une République ne peut tolérer qu’un président invente des institutions pour convenance personnelle. Si M. Lansana CONTE est incapable, et il l’est, il démissionne ou on le démissionne. Mais il ne peut pas nommer un premier ministre ou un chef de gouvernement.
La morale politique : ll faut le dire franchement. La personnalité du premier ministre est plus que contestable. Elle est douteuse. Il devrait s’expliquer dans un débat contradictoire sur ses liens passés avec Sani ABACHA* dont tous les Africains savent qu’il utilisait ses fonctions d’Etat pour se livrer à des activités délictueuses à grande échelle. Par exemple le trafic de stupéfiant. A Conakry, certains pensent que de son vivant, M. Sani ABACHA aurait offert à M. KOUYATE des sommes importantes pour l’acquisition de son appartement parisien de 200 mètres carrés. Qu’en est-il ?
Je rappelle que plus que d’autres, nous Noirs Africains, nous avons à nous imposer et à imposer à nos « dirigeants » un minimum de moralité. C’est de cette démarche que viendront la crédibilité et la respectabilité qui nous manquent tant.
Aucun pays sérieux ne peut coopérer durablement avec un Etat dont il sait que ses « responsables » sont dépourvus de toute moralité publique et donc irresponsables. Sur ce terrain, M. KOUYATE n’est pas un exemple à suivre. Bien au contraire.
NB : Je serai heureux d’être démenti sur tous les points que j’ai abordés ici, dans un débat contradictoire public par M. le premier ministre ou par ceux qu’il voudra désigner. Si c’est à Conakry, j’y serai dans la deuxième quinzaine de Juillet. Je le ferai savoir.
*Soussous : groupe ethnique de la Guinée maritime (20% environ) de la population du pays.
* ABACHA c’est l’ancien président du Nigeria mort par excès de viagra. Il était connu pour son implication dans le trafic de cocaïne. Sa fortune connue, domiciliée en Suisse s’élevait à plus de cinq milliards de dollars.
Mamadou Billo SY SAVANE, (Rouen) France
Contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Pour www.nlsguinee.com