samedi 05 mai 2007
CONAKRY (AFP) - 05/05/2007 09h11 Le Premier ministre de Guinée Lansana Kouyaté a entamé vendredi des discussions avec des militaires réclamant des arriérés de soldes qui ont, pour la 2e nuit consécutive, tiré jeudi soir pendant plusieurs heures dans plusieurs camps militaires, faisant deux morts et 73 blessés.
"M. Kouyaté s'est rendu au camp Alfa Yaya (Diallo) pour négocier avec les militaires", a annoncé sans plus de détails à l'AFP le ministre de la Communication Justin Morel Junior, à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire tenu dans l'après-midi.
En tirant dans leurs casernes et parfois en ville pendant deux nuits, les militaires souhaitaient attirer l'attention sur leurs revendications, dont une augmentation de leurs soldes et le paiement de plus de 300 millions de francs guinéens (75.000 euros) d'arriérés.
Sous couvert de l'anonymat, un responsable de l'armée a annoncé vendredi qu'"un caporal a été tué hier (jeudi) soir par un sergent à Labé (centre)", où un autre caporal et un commandant ont été blessés "involontairement".
A Nzérékoré (sud-est), 11 personnes ont été blessées et un veilleur de nuit tué par des militaires qui ont pillé six boutiques, selon la même source qui a également fait état de 30 personnes blessées par des balles perdues à Faranah (centre) et cinq à Macenta (sud-est).
Cette source avait déjà rapporté jeudi que les tirs avaient fait 25 blessés à l'intérieur et à l'extérieur du camp de Kindia (130 km à l'est de Conakry).
Le domicile du chef d'état-major général de l'armée guinéenne, Kerfalla Camara, originaire de Kindia, avait par ailleurs été attaqué et pillé mercredi soir par des militaires encagoulés, avait-elle précisé jeudi.
Des tirs avaient aussi été entendus mercredi et jeudi soir à Kankan (600 km à l'est de Conakry) et au camp Alfa Yaya Diallo de Conakry, le plus grand du pays, ont constaté des témoins et un journaliste de l'AFP.
Le calme est revenu tôt vendredi matin dans les villes concernées par ces manifestations.
"Ce n'est pas la meilleure manière de réclamer son droit, mais on nous oblige à le faire" car les revendications restent insatisfaites depuis plusieurs années, a déclaré à l'AFP le sous-lieutenant Alpha Bacar, pensionnaire du camp Alfa Yaya Diallo pour expliquer ces incidents.
Des militaires ont indiqué à l'AFP qu'ils accusaient les autorités d'avoir retenu une partie de leurs soldes depuis 1996, date d'une importante mutinerie de soldats.
Cette mutinerie, partie du camp Alfa Yaya Diallo, était au départ une manifestation de soldats, lancée pour des revendications salariales.
Elle avait fait quelque 300 morts et d'importants dégâts matériels (palais présidentiel et édifices publics détruits) et avait failli coûter la vie du président Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984.
Présentée par la suite comme une tentative de coup d'Etat, la mutinerie avait été suivie par une purge dans l'armée et plusieurs condamnations à des peines de 20 ans de travaux forcés.
La Guinée, avec 9,4 millions d'habitants, est confrontée à une profonde crise économique et sociale et à une grande pauvreté malgré d'importantes richesses minières, notamment en bauxite.
M. Kouyaté, un diplomate, a été nommé à la tête du gouvernement le 26 février sous la pression des syndicats et des médiateurs internationaux afin de mettre fin à une grève générale accompagnée par une vague de contestation durement réprimée qui a fait 137 morts, selon un bilan officiel.
SOURCE : AFP