Guinée : CONFÉRENCE DE PRESSE DU FRAD:« POUR ÉVITER LE PIRE À LA GUINÉE , UNE TRANSITION S'IMPOSE ! »
16 septembre 2005
Le samedi 10 septembre, le Front républicain pour l’alternance démocratique (FRAD) a organisé une conférence de presse au siège de l’UPG, à Donka. Lors de cet échange entre journalistes et leaders politiques de l’opposition, le FRAD a déclaré avec force détails sa volonté de provoquer par « des moyens démocratiques » le changement politique.
Après avoir organisé individuellement des points de presse, les leaders du FRAD ont décidé d’organiser ensemble une conférence de presse pour, d’une part, prouver la convergence de vues entre les leaders et, d’autre part, faire passer le même message, celui de la volonté de changer le système de gouvernance en Guinée.
Tout d’abord, c’est le leader de l’Union des forces républicaines (UFR) qui a pris la parole pour camper la situation économique, somme toute grave, de notre pays. Sidya Touré a, de manière très explicite, situé l’origine des faiblesses économiques qui minent la Guinée. L’ancien Premier ministre s’est dit révolté que notre pays évolue à ce jour avec le budget d’une PME : « Comment peut-on comprendre que dans un pays de 8 millions d’habitants, on parle d’un budget de 280 millions de dollars ? » De même, le leader de l’UFR a exprimé sa peine de voir, lors de sa dernière tournée dans la Guinée profonde, les populations paysannes continuer à travailler comme pendant les temps anciens, alors que nos gouvernants s’achètent par an 1 300 véhicules 4X4, au mépris de la condition des citoyens. Pour conclure son intervention, Sidya Touré a estimé que pour mettre fin à cette dilapidation des deniers publics, « il faut changer de politique du tout au tout, et pour ce faire, il faut changer ce régime ! »
Ensuite, c’est Jean-Marie Doré qui a pris la parole. Pour le secrétaire général de l’UPG, l’économie ne peut fonctionner que dans un cadre constitutionnel. Or, selon lui, c’est ce qui manque à notre pays. Dans son style habituel, audacieux, direct et franc, Jean-Marie Doré a décrit ce qu’il a appelé « le mal de ce pays » :« Tout part du président et tout revient au président. Actuellement, le président ne peut plus officier. Il n’y a plus de conseil des ministres. Dans l’armée aussi, les ordres ne passent plus. Chaque gradé constitue en soi un bataillon… Mais le problème est qu’on n’en parle pas. L’autre fois, lorsque j’ai dit que le président est incapable de gouverner parce que les douleurs qui taraudent son corps l’empêchent de réfléchir sainement, on m’a envoyé en prison ! Pourtant, le gouvernement continue d’agir avant de penser. »
Le secrétaire général de l’Union pour le progrès de la Guinée a donné des exemples tirés du passé récent pour justifier ses affirmations.
À son tour, le président du RPG a présenté le projet de sortie de crise que le Front républicain pour l’alternance démocratique a produit. Alpha Condé est revenu lui aussi sur les explications que le FRAD a données aux diplomates : « Nous leur avons dit, vu la situation actuelle du pays, qu’il est nécessaire de faire un changement politique en douceur pour éviter que cette situation dégénère… »
Se prononçant sur les émeutes de Kouroussa, Alpha Condé a dégagé toute responsabilité de son parti dans ces événements. De même, il a justifié son refus de saluer le préfet de Kouroussa par le respect qu’il devait « aux victimes de Charles-André Haba ». Pour le président du Rassemblement du peuple de Guinée, il faut s’étonner de la sympathie du gouvernement à l’égard de ce préfet « qui tire sur des gens alors que d’autres préfets ont été renvoyés ailleurs sans qu’on en arrive à autant de dégâts. »
Enfin, avant d’arriver à la séance des questions-réponses, le Dr Sacko, leader du Parti démocratique africain, a demandé à la presse de jouer pleinement son rôle en donnant des informations allant dans le sens du changement. Seulement, en allant un peu plus loin dans les détails de ce qu’il appelle « informer », il a plutôt vexé ceux qu’il voulait convaincre. C’est pourquoi des voix se sont élevées parmi les journalistes pour dire que « la presse indépendante guinéenne ne se laisse influencer ni par le pouvoir ni par l’opposition ». Tout de même, il faut noter que le leader du PDA avait exprimé sa frustration à entendre certains partisans du pouvoir inciter les Guinéens à faire comme leur président : « Faire comme notre président, c’est voler et encourager le vol, c’est mépriser nos citoyens », a dit le Dr Sacko.
Les questions des professionnels des médias ont été essentiellement axées autour de la stratégie de l’opposition pour la sortie de crise qu’elle appelle de ses vœux, de la popularité qu’elle revendique, des manifestations populaires à Kouroussa et de la distance observée par le doyen Bâ Mamadou vis-à-vis du FRAD.
Sur le premier point, les opposants ont estimé qu’il est illogique de demander leur stratégie alors qu’elle doit être utilisée sur la base des faits sociaux, très instables, surtout que le pouvoir leur barrerait la route s’il savait comment l’opposition compte le faire remplacer : « Aucun stratège ne vous révélera sa tactique d’attaque », a conclu Alpha Condé.
En ce qui concerne la popularité de l’opposition guinéenne, Sidya Touré est parlé sans ambages : « Allez demander au président de la République de faire une tournée à l’intérieur du pays sans son Premier ministre, sans un gouverneur, sans un préfet, sans un sous-préfet. Ensuite, allez voir qui va sortir. Il n’y a pas de doute là-dessus, nous avons derrière nous plus de 95 % de la population guinéenne. »
Pour le cas de Bâ Mamadou, Jean-Marie Doré a déclaré que « le doyen Bâ a dit qu’il est fatigué, donc on ne peut pas l’obliger à marcher. » Sidya Touré et Alpha Condé, eux, ont rectifié le tir. « Il faut retenir que le doyen Bâ est un pionnier dans la construction de la démocratie dans ce pays. Et, on le sait, c’est un opposant dans l’âme », a dit Sidya Touré.
Alpha Condé est allé un peu plus loin dans les détails, en disant que Bâ Mamadou a adressé une correspondance à son parti. Dans cette correspondance, selon le président du RPG, il se dégage une convergence de vues avec le FRAD pour le changement démocratique. Alpha Condé, visiblement préoccupé par l’unité d’action de l’opposition, a estimé qu’il suffit de voir la position d’un parti pour le situer dans la configuration politique du pays.
Il a, par exemple, cité le cas de l’UPR qui siège à l’Assemblée nationale, mais qui a non seulement refusé de signer le document du « dialogue », mais aussi et surtout adopté une position plus dure que celle exprimée par le FRAD dans son document concernant la CENA.
En tout cas, tout au long de la conférence de presse, les leaders du Front républicain pour l’alternance démocratique ont indiqué leur volonté de provoquer le changement politique tout en utilisant des moyens légaux. Ils ont promis qu’il y aura un gouvernement qui intégrera toutes les forces vives de la nation, y compris les « forces positives » du régime actuel.
Nouhou Baldé
l’Observateur
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