samedi 28 avril 2007
Les principaux syndicats de Guinée, à l'origine de manifestations hostiles au pouvoir en janvier et février, ont averti vendredi le nouveau Premier ministre de consensus Lansana Kouyaté que des "actions" étaient menées pour le faire "échouer".
"Depuis votre prise en main des affaires de la République, plusieurs actions sont entreprises et soutenues par des personnes et des structures décidées à vous faire échouer", indiquent les quatre principaux syndicats dans un mémorandum remis au chef du gouvernement.
"Il faut citer entre autres les sorties importantes de sommes d'argent, au compte de l'armée ou de la présidence de la République, en violation de la discipline et de l'orthodoxie financière mise en place", ajoutent-ils dans ce texte, transmis à l'AFP.
"Ces sommes d'argent ne sont souvent pas utilisées en faveur des structures pour lesquelles elles sont décaissées. Il est temps de mettre fin à cette hémorragie financière pour faire face enfin aux réels problèmes de la Guinée", poursuivent les syndicats.
"La restauration de l'autorité de l'Etat à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, avant toute action, s'impose à vous comme à votre équipe", insistent les syndicats, notamment l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) et la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG).
Le Premier ministre doit tenir une conférence de presse samedi à Conakry.
M. Kouyaté avait été nommé le 26 février par le président Lansana Conté sous la pression des syndicats et des médiateurs internationaux afin de mettre fin à une grève générale illimitée lancée le 10 janvier et accompagnée de manifestations.
Selon l'accord syndicats-autorités, M. Kouyaté assume la fonction de chef du gouvernement, d'ordinaire remplie en Guinée par le chef de l'Etat, mais tous ses décrets doivent être signés par le président Conté, 72 ans, au pouvoir depuis 23 ans et affaibli par la maladie.
La vague de contestation, durement réprimée, qui a accompagné la grève a fait au moins 113 morts, des civils pour l'essentiel, et a provoqué l'instauration d'un état de siège accordant la quasi-totalité du pouvoir à l'armée du 12 au 23 février.
Selon les syndicats, la restauration de l'autorité de l'Etat "passe nécessairement par la nomination urgente du gouverneur de la banque centrale, de gouverneurs de région, de directeurs de cabinet...".
De nombreux responsables administratifs ont fui pendant les violences de janvier-février et ne sont pas revenus. De nombreux bâtiments administratifs ont été détruits.
"C'est le lieu et le moment de dénoncer le comportement de certaines autorités administratives, politiques et militaires qui continuent à arrêter arbitrairement et à commettre des exactions sur les populations guinéennes malgré l'arrêt de l'état de siège", selon les syndicats.
"Il est également urgent de faire la lumière sur les victimes de la répression lors de la grève et l'état de siège", poursuivent-il, notamment "identifier et retrouver tous les auteurs des tueries et leurs commanditaires en vue de les poursuivre en justice".
L'intercentrale conclue en réaffirmant "sa disponibilité et son engagement pour oeuvrer avec l'équipe gouvernementale".
SOURCE : AFP