Guinée : REBONDISSEMENT DANS LE CONTENTIEUX FINANCIER FUTURELEC-L'ETAT: MAMADOU SYLLA BIENTÔT DEVANT LA JUSTICE?
16 septembre 2005
Alors que certains esprits crédules avaient hâtivement conclu à une ‘’affaire classée’’ dans la rubrique des ‘’pertes et profits’’ par rapport au différend qui oppose l’Etat guinéen à l’homme d’affaires El hadj Mamadou Sylla, voilà que des informations précises indiquent qu’il n’en est rien. Bien au contraire, jamais le PDG de FUTURELEC n’a été aussi accablé !
Une série d’équivoques
Depuis le début et encore aujourd’hui, l’entourage d’El hadj Mamadou Sylla et certains de ses alliés ont volontairement entretenu une savante confusion autour de la scabreuse ‘’affaire des 22 millions de dollars’’ afin de brouiller les pistes et aussi se réserver le recours du chef de l’État. Inspirés par la réflexion de Paul Valéry, à savoir que « l’histoire justifie ce que l’on veut », les amis, ou plutôt les ‘’avocats’’ et soutiens irréductibles du PDG de Futurelec, tentent, en vain, par le biais d’une campagne médiatique douteuse ou de fausses déclamations dans un monde imaginaire, de travestir les faits pour mieux abuser d’une opinion si vulnérable à la propagande.
Celle-ci, de même que les tracts et l’abondante littérature sur Internet, en l’occurrence sur un certain site, paraît malheureusement dérisoire face à l’éloquence des faits ! En effet, contrairement à des idées reçues, le différend qui oppose Futurelec à l’État guinéen n’est pas une opposition personnelle entre le Premier ministre Cellou Dalein Diallo et El hadj Mamadou Sylla. À ce propos d’ailleurs, quiconque – hier Fall, aujourd’hui Cellou, demain au tour de qui ? –, entreprendra d’assainir la situation économique et financière du pays – tant le PDG de Futurelec traîne de nombreuses casseroles – rencontrera fatalement sur son chemin El hadj Mamadou Sylla. En outre, le Premier ministre a reçu expressément mandat du chef de l’État – lequel mandat n’a encore été ni démenti ni remis en cause – de recouvrer les 22 millions de dollars frauduleusement sortis des caisses de la Banque centrale.
El Hadj Mamadou Sylla a tenté à plusieurs reprises et occasions d’infléchir la position du chef de l’État dans le dossier. Sans succès. À ce jour, il est formellement établi que le chef de l’État a demandé à son Premier ministre de recouvrer auprès d’El Hadj Mamadou Sylla les montants qui lui sont reprochés car il n’y a pas seulement l’affaire des bons de caisse dite des 22 millions de dollars, il y a aussi cette ardoise de 20 milliards à éponger encore à la BCRG.
En revanche, à aucun moment de l’évolution de l’affaire, Cellou Dalein Diallo, là aussi en dépit d’une fausse opinion, n’a été interpellé par le général Lansana Conté, pas plus qu’il ne lui a été demandé de mettre fin à sa mission. C’est pourquoi d’ailleurs l’affaire suit son cours normal, malgré tout. En tous cas, le chef de l’État s’est montré ferme et déterminé, ne cédant à aucune pression ni supplication. Aussi a-t-il convoqué, il y a quelques heures, le Premier ministre, le ministre de la Justice et le gouverneur de la BCRG pour leur demander de mettre tout en œuvre pour rétablir l’État dans ses droits. Cela à la suite du ‘’rapport de Kerfala’’ qui, en raison de son contenu particulièrement accablant, empêche le PDG de Futurelec et ses proches de dormir.
Mais que dit le rapport ?
Avant de commenter le contenu du rapport de Kerfala sur la base de certaines indiscrétions, il y a lieu de préciser qu’il se trouve aujourd’hui entre plusieurs mains, dont bien sûr des proches d’El Hadj Mamadou Sylla – le ministre de l’Économie et des Finances, le gouverneur de la BCRG, le ministre du Contrôle économique et Financier, le ministre secrétaire général à la Présidence de la République, le ministre de la Justice…
Pour rappel aussi, le rapport a été motivé par le souci du général Lansana Conté d’être édifié sur les griefs émis à l’encontre du groupe Futurelec, tant les contradictions entre l’État et El Hadj Mamadou Sylla, le PDG, étaient fortes. Qui ne se souvient de l’échange de correspondances entre le ministre de l’Économie et des Finances et le gouverneur de la BCRG, d’une part, et El Hadj Mamadou Sylla et El Hadj Fodé Soumah, d’autre part, tous deux mis en cause ? Une passe d’armes qui avait passionné une opinion médusée par les révélations faites par les uns et les dénégations des autres.
Pour la manifestation de la vérité, le chef de l’Etat, au cours d’une audience qu’il avait accordée à l’ancien gouverneur de la BCRG Kerfala Yansané, en présence du Premier ministre avait déclaré : « Il y a trop d’histoires qu’on raconte. Alors, il faut chercher et trouver la vérité. » Sur la base de cette déclaration qui tenait lieu de mandat officiel, le Premier ministre a délivré un ordre de mission en bonne et due forme à Kerfala Yansané afin qu’il recueille auprès de l’administration publique et bien sûr de Futurelec toutes les informations susceptibles d’éclairer la lanterne du premier magistrat du pays.
Si les cadres de l’État, avec enthousiasme et bienveillance, ont coopéré avec le consultant, Futurelec, arguant que la mission avait été commanditée par le Premier ministre – comme s’il n’en avait pas le droit et le pouvoir – a refusé délibérément et avec arrogance de recevoir Kerfala Yansané. Le ton et l’esprit de la réaction de Futurelec laissaient clairement apparaître son embarras. Ainsi, malgré les explications et la bonne foi de l’ancien gouverneur de la BCRG, la direction de Futurelec campera sur sa position, allant jusqu’à exiger le feu vert du chef de l’État pour ouvrir la boîte de Pandore.
En réalité, la démarche envers le groupe Futurelec consistait à lui donner l’occasion de se ‘’blanchir’’ car, sur les faits, l’éclairage du ministère de l’Économie et des Finances et de la BCRG, où toutes les données sont concentrées, était suffisant pour faire toute la lumière sur les transactions entre l’État et Futurelec. Aussi, malgré le ‘’veto’’ du groupe Futurelec, Kerfala Yansané a-t-il pu s’acquitter de sa mission. Il a officiellement remis le rapport ayant sanctionné ses investigations au chef de l’État à la faveur d’une rencontre avec ce dernier, laquelle rencontre a été marquée par un long entretien.
Plus de 180 milliards de préjudice !
L’ancien gouverneur de la BCRG a procédé à des vérifications minutieuses. Toutes les transactions entre l’État et le groupe Futurelec ont été examinées à la loupe. Et comme l’opinion s’en doutait un peu, le coulage est énorme. L’on parle de plus de 180 milliards de préjudice que l’État aurait subi. Ce montant comprend les bons de caisse et une dette de 20 milliards contractée par El Hadj Mamadou Sylla vis-à-vis de la Banque centrale.
Naturellement, le chef de l’Etat, le premier, a été indigné par tant de gâchis. Ce qui, bien entendu, le détermine davantage à aller jusqu’au bout de la campagne de recouvrement de toutes les créances compromises à laquelle le Premier ministre a été commis.
La mission du FMI et de la Banque mondiale aussi a vivement encouragé les autorités guinéennes, en particulier celles de la BCRG, à tout mettre en œuvre pour régulariser la situation. Autrement dit, les montants compromis doivent être absolument recouvrés. Puisque le PDG de Futurelec continue à arguer de son amitié avec le chef de l’État dont les visites, à ses yeux, le dispensent de poursuites, la suite qui sera réservée au rapport de Kerfala alimente une vive polémique et aussi de la curiosité.
El Hadj Mamadou Sylla a un autre bouclier : l’Union pour le développement de la Basse Guinée (UDIBAG), dont certains membres plaident régulièrement sa cause auprès du général Lansana Conté, au cas où…
Qu’à cela tienne, le chef de l’État n’a accordé aucun blanc-seing à El Hadj Mamadou Sylla qui, les prochains jours, est appelé à s’expliquer, cette fois probablement devant la justice, sur les faits qui lui sont reprochés.
Car l’État n’exclut plus rien, y compris des poursuites judiciaires, pour recouvrer ses fonds perdus. Des voix s’élèvent même pour exiger que le PDG de Futurelec reste en permanence à la disposition des autorités pour d’éventuelles explications. En d’autres termes, il lui faut demeurer sur le territoire guinéen pour toutes fins utiles. Le début de restrictions pour l’homme d’affaires guinéen ?
MOUCTAR DIALLO
l’Observateur
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