dimanche 22 avril 2007
À suivre les déclarations du Premier Ministre, les rapports du porte-parole du gouvernement, certaines premières décisions, personne ne peut nier les bonnes intentions, le beau décor et surtout l’apparence de Lansana Kouyaté à tourner la page de la triste, regrettable et honteuse période de Lansana Conté.
A-t-il les moyens même s’il a la volonté ? Devant les fausses promesses dont le peuple a été nourris pendant près de 50 années, qu’est-ce qui garantit que Mr. Lansana Kouyaté ne fera la même chose que ceux qui l’ont précédé ? Les Guinéens ont-ils oublié les promesses de jadis Colonel Lansana Conté au lendemain du 4 Avril 1984 ?
Jadis Colonel Lansana Conté disait solennellement devant la face du monde et devant les Guinéens désespérés et brutalisés pendant 26 années de régime sanguinaire de Sékou Touré que : « jamais cela, jamais et jamais encore la Guinée ne vivra les maux du régime défunt. L’armée avait décidé de prendre le pouvoir pour nettoyer la maison ».
Quel est le constat ?
Après 23 années, la maison est plus sale qu’avant et les militaires ont réduit les Guinéens à être des clochards, des mendiants et surtout des immoraux.
« Le Général Lansana Conté est réellement le mal de la Guinée et il est toujours au sommet de l’Etat. Pour que les Guinéens puissent jouir des potentialités de leur pays, riche et stratégique, il faut que Lansana Conté parte car il ne changera jamais. »
Pendant 23 années, le général Lansana Conté a institué une culture de « malhonnêteté » qui fait la politique en Guinée va main dans la main avec l'enrichissement personnel. Cependant, certaines décisions du Premier Ministre doivent donner les Guinéens patriotes de la sueur froide. Dans un pays exsangue comme la Guinée, il faut « prioriser » les dépenses de l’Etat. Il existe des véritables priorités pour un gouvernement responsables qui veut relever le défi.
Parmi ces priorités des priorités, les investissements sur l’homme, particulièrement les jeunes demeurent une priorité des priorités.
Au lieu de construire une nouvelle Primature à des millions de FG, pour quoi ne pas investir ces sommes colossales d’argent pour rénover et équiper les universités, les collèges et lycées sur l’ensemble du territoire national.
« Bien que la Guinée a été un pays relative stable politiquement, comparé avec d’autres pays Africains, l’impact de facteurs internes (la corruption, la mal gouvernance) fut telle que la performance de l’économie du pays son économie est loin pire que celle des pays qui ont été sévèrement affectés par des conflits civils et-ou par une instabilité aiguë ».
La situation actuelle en Guinée est sans commentaire. Cette situation apocalyptique du pays est la traduction réelle du manque de vision au sommet de l’État, depuis l’indépendance du pays. Etre un responsable visionnaire, c’est mettre les intérêts du pays au dessus des intérêts personnels égoïstes, au dessus des intérêts de familles, d’ethnie ou de région, et surtout être capable de voir clair avant les autres et pour pouvoir anticiper les solutions et les conséquences.
Un leader visionnaire doit comprendre que l'indépendance politique ne vaut rien si elle ne repose pas sur une véritable indépendance économique, c’est ce qui a fait défaut en Guinée de Sékou Touré à Lansana Conte et j’ai peur que cela continue sous le régime de Lansana Kouyaté car le « capital humain » particulièrement sa valeur reste le « leitmotiv » du développement économique.
Etre un leader visionnaire au vrai sens du mot, c’est pouvoir avec lucidité savoir anticiper les événements, savoir lire les signes de temps à partir des ingrédients présents et y apporter un remède approprié.
Un des signes majeur de leader visionnaire se manifeste de façon sans équivoque par la transparence dans les activités du gouvernement. Il faut une très grande transparence au sommet de l’Etat au risque de voir le pays encore sombrer dans un autre chaos et le sang couler inutilement.
Tous les Guinéens mêmes ceux qui sont hostiles, voir pessimistes vis-à-vis du nouveau premier Ministre et son équipe, souhaitent voir Lansana Kouyaté réussir, mais cela passe irrémédiablement par une nouvelle approche et une refonte de mentalité vis à vis de la gestion des biens publics.
La Guinée est en face d'une situation inédite, ce qui complique la solution. Pour espérer relever le défi en Guinée et réussir son pari, l’effort du nouveau gouvernement doit porter sur l'amélioration du niveau de vie des Guinéens, par une gestion saine de l'environnement géopolitique, des biens publics et du capital humain du pays.
Sans ces préalables, il ne peut y avoir de paix sociale continue. La faim et les inégalités sociales favorisent une insécurité permanente mettant en péril, l'inexistence même de la paix.
Il faut une révolution ou une nouvelle religion sociale en Guinée. La société Guinéenne est malade d’anti-valeurs et d’immoralités. Cette révolution doit commencer au sommet de l’Etat qui doit montrer et gérer le pays par exemple.
« L’insecte qui ronge l’haricot est à l’intérieur même de l’haricot », dit un proverbe Africain.
Seule la vérité de l'homme et de Dieu peut sensibiliser les esprits des Guinéens et Guinéennes à la justice, les ouvrir à l'amour et à la solidarité, encourager tous les hommes à travailler pour une Guinée réellement libre et solidaire, pour consolider la paix dans le respect de la diversité de tous les Guinéens.
Il faut que les Guinéens particulièrement les hommes politiques et ceux qui sont aux commandes sur la destinée du pays, comprennent que la paix ne signifie pas uniquement l'absence de la guerre. La paix est plutôt, un comportement, un processus dynamique de coopération entre l’État (le gouvernement) et le Peuple qu’il gouverne.
Ce processus se fonde sur le règlement pacifique des différends (conflits), le respect des « Droits de l'Homme » ainsi qu'une répartition juste et équitable des ressources nationales. La culture des fondements de la paix est basée sur les valeurs universelles du respect de la vie, de la liberté, de justice, de solidarité, de tolérance, des droits de l'homme, d'égalité entre femmes et hommes.
Il faut aussi que la classe dirigeante comprenne que la démocratie est et doit être au fondement de la culture de la paix. La paix cesse d’être une utopie si les Guinéens plus particulièrement les dirigeants ont une conception adéquate de ce qu'elle exige à savoir le respect de la diversité et la promotion collective.
« Quand la tête est touchée, elle affecte les autres membres et organes du corps humain », une raison de comprendre de plus l’importance de leadership au sommet (à la tête) d’une nation.
La Guinée ne pourra jamais être bâtie sur l’impunité et encore moins sur la vengeance, l’esprit de vendetta ou sur la politique de ces marchants de la mort, mais plutôt sur la notion que la nation guinéenne a besoin de façon urgente de faire sa propre autopsie, de tirer les leçons : pourquoi le pays malgré ses immenses ressources et potentialités, vit dans une misère indescriptible ?
Un peuple qui refuse de revisiter son passé, son histoire, est voué aux répétitions des mêmes erreurs.
Faut-il croire aveuglement aux promesses du gouvernement ? Faut-il croire que le sourcier qui a mangé tes enfants pendant un demi-siècle, sera le guérisseur de ton dernier enfant malade ?
Le gouvernement de Lansana Kouyaté sera jugé à travers ses actes et non pas à travers ses promesses ou ses intentions voilées ou non voilées. Le gouvernement de Lansana Kouyaté sera jugé à travers le vrai passage de la parole à l’acte.
Les politiciens sont conçus à l’image de l’orange : il faut soit presser l’orange pour récolter le jus, soit utiliser le couteau pour accéder au jus, soit la mordre entre les dents et presser pour sucer le jus, tout en parfois fermant les yeux pour éviter que le jus ne soit en contact avec les yeux au cas où l’orange se déchire de façon désorganisée.
Les peuples qui ont bénéficié des services de leurs politiciens ne l’ont pas acquis de façon bénévole. Ils l’ont acquis à travers les pressions constantes sur leurs gouvernements. La Guinée ne peut faire exception.
Si l’on ne presse pas le gouvernement pour délivrer des actes concrets au lieu de délibérer, de « verbiager » alors, le pays sera encore pour longtemps, le pays de paradoxe : un pays riche mais une population trop pauvre.
Ceux qui sceptiques vis-à-vis de ce régime ont leurs raisons bien fondées car pendant 49 années les Guinéens qui ont été promis une vie de miel n’ont été offert de la quinine à boire, une vie de misère, misère tellement aigue que c’est le Sénégal qui gaillardement doit venir pour sauver les Guinéens de mourir de faim.
Dans quelques mois, la Guinée doit célébrer (ou plutôt pleurer) ses 50 années d’indépendance. Le gouvernement entend dépenser des sommes énormes pour faire la fête. Au regard de la situation catastrophique du pays, il n’y a rien à célébrer en Guinée mais plutôt beaucoup de choses à méditer.
L’un des chantiers majeur sur le quel le procès du gouvernement de Lansana Kouyaté sera basé sera sur « la lutte contre l’impunité, les crimes de sang et les crimes économiques ». Cela passe nécessairement par le refonte du système judiciaire en Guinée pour que la loi soit applicable aux Guinéens de façon équitable et corriger cette culture de « personnes au dessus de la loi ».
La justice guinéenne a besoin d’hommes et de femmes intègres et incorruptibles pour appliquer la loi de façon non-discriminatoire, faire respecter la loi et les droits des citoyens. L’impact de la justice dépend de l’intégrité de ceux qui l’exerce, les magistrats.
En 23 années de règne sans partage, combien d'écoles, routes ou hôpitaux le Général Lansana Conté a t-il donc construit en Guinée alors que sa famille et ses courtisans se sont sauvagement enrichis au détriment du bien être des Guinéens meurtris et appauvris.
Pendant 23 années, le régime de Lansana Conté a considéré les Guinéens comme des bêtes sauvages, et tous ceux qui ont servi sous son autorité, ont servi d’instruments soit de pillage ou d’oppression des citoyens, privilégiant les intérêts de la famille du président, les clans militaro-mafieux qui y gravitent.
L'incompétence, l'irresponsabilité, la pratique du compromis et les moeurs de la camaraderie parlementaire, l'ingérence des clubs d'irresponsables dans les attributions du Pouvoir, la corruption, la constitution du personnel parlementaire en une caste de politiciens professionnels, tout cela était monnaie courante, pendant les 23 années de régime despotique de Lansana Conté qui a tribalisé l’armée, qui en lieu et place d’être une armée de défense du peuple et des ses intérêts, a été transformée en armée de conquête et de répression contre le peuple dont elle est sensée protéger.
« Brutaliser, piller, violer et assassiner son peuple, ne sont pas les tâches d'une armée qui se veut digne ».
En 23 années de tenure sanguinaire par le Général Lansana Conte, « la pays est tombée entre les mains d'une caste politique qui ne cherche qu'à s'enrichir d'une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable au détriment des intérêts réels du peuple qui continue à mourir de faim et à être privé de ses droits essentiels les plus élémentaires».
Les déplacements du nouveau Premier Ministre sont certes nécessaires mais ne constituent pas fondamentalement la clé pour résoudre les problèmes du pays. Une nation ne se construit pas par des voyages de mendicités. L’essentiel du problème en Guinée est « qu’est ce que l’on veut faire du capital humain du peuple ».
Le capital de développement d’un pays ne repose pas nécessairement sur les richesses du sol ou sous sol mais plutôt sur la richesse et la valeur de son capital humain. La Guinée possède un problème d’homme et la misère, liée à ce pays mortellement pauvre malgré son gigantesque potentiel économique qui fait envier, se résoudra quand le problème d’homme sera résolu.
Chaque peuple ne peut avoir que le gouvernement qu’il mérite.
Que Dieu sauve et protéger la Guinée sur ce long et dangereux chantier du changement.
Amen
Mamadou Diallo, MD
Membre Fondateur de l’ANDD et Guinea-Forum
Contact E-Mail : webmaster@guinea-forum.org (ou) nampougou@yahoo.com
Partenaire de www.nlsguinee.com
NB : Mamadou Diallo est Médecin (Physician)
American Academy of Family Physician Board (AAFP) Certified
United Stated Medical Licensing Examination (USMLE) Certified
Educational Commission of Foreign Medical Graduate (ECFMG) certified
Member of the American Medical Association (AMA)
Dr. Diallo has completed a three years Family Practice Residency Program (Médecine Générale) at Lutheran Medical Center and Maimonides Medical Center (Pediatric Emergency and Psychiatry), Brooklyn in New York, USA
Presently, Dr. Diallo is working as a Family Practice Physician (Médecin Généraliste) at the Indian Health Service (IHS) in Idaho, USA
Dr Diallo is laureate of many awards in Medical Research Projects in New York.
(Dr Diallo est récipiendaire (lauréat) de plusieurs prix en Recherche Biomédicale à New York, USA)