samedi 21 avril 2007
Afakoudou ! Les Guinéens sont durs à cuir ! Tenez-vous bien !
A l'occasion de la fanfaronnade du tout nouveau premier ministre, Lansana Kouyaté, devant des Diaspo, presque éberlués, qui ont rempli l'amphithéâtre Marcel Paul à Saint-Denis, le 20 avril, la Mamaya était encore là.
Les petits et grands patriotards, les malins, les profiteurs de tout acabit ont congestionné le présidium et le devant de la scène. Le tout dans un amphithéâtre chaud à vous cuir un œuf.
Wallahi! Avec l'avènement de Lansana Kouyaté à la Primature, j'ai cru bêtement que les Guinéens vont enfin tourner le dos à la Mamaya pour s'engager dans le développement. Erreur. On n'est pas sorti de l'auberge. Lansana Kouyaté est un enchanteur hors pair. Et il a vraiment su enchanter, par ses bavardages, les diaspo. L'on sait que les Guinéens adorent les grandes gueules.
Je vais vous "Conté" sèchement les pantalonnades des organisateurs de cette affaire, certainement juteuse pour eux, et les bavardages creux de Lansana Kouyaté.
Imaginez-vous au théâtre ! Le rideau se lève et montre un présidium bondé de "Ngnarimakha" qui bougent dans tous les sens. A l'angle de la scène, le chantre Doura Barry s'égosille à souffler dans son harmonica et à pincer les cordes de sa guitare. Il chante encore son "Soupou cesse " qui n'accroche pas le public.
Peu de temps après, on crie à Doura Barry d'arrêter son "Soupou cessez" là.
Lansana Kouyaté fait son entrée sur scène. Il est accompagné de sa douce moitié et de son ministre des Finances, un certain Ousmane Doré. L'ambassadeur Salif Sylla les talonne. Ils s'installent sous un tonnerre d'applaudissements.
Aussitôt le gaffeur Naby Soumah s'empare du micro et balance à l'adresse du public cette ineptie : "Vous avez voulu du changement vous l'avez. Vous avez voulu d'un premier ministre de consensus, vous l'avez..."
Mais qui lui a dit que l'on a obtenu le changement dans le bled ? Qu'est-ce qui lui fait dire ça ? Le voilà qui demande à Ibrahima Camara et à Alpha Ousmane "Diangolo" Barry, deux directeurs de sites Internet, de s'afficher en public pour se faire applaudir. Qu'est-ce que c'est que ça ?
Comme un étourdi, le gaffeur jette des fleurs en gogo au premier ministre et à Salif Sylla. Combien de francs glissants convertis en euros a-t-il reçu pour faire le tour des fleuristes de Paris ?
Allez le lui demander ! Dans son excitation et dans son rôle, il se précipite pour donner la parole à son "idole". Des sous-fifres lui crient dans l'oreille qu'il faut d'abord observer une minute de silence à la mémoire des jeunes guinéens tués pendant ces événements qui ont conduit, quand même, au sacre de Lansana Kouyaté à la Primature.
Hé Wotan ! La minute de silence, rythmé par l'hymne révolutionnaire, passe vite. Le gaffeur reprend la parole et la donne à Salif Sylla. Qui s'en sort brillamment dans ses encensements à l'adresse du premier ministre.
Un certain Baldé Boubacar Sadio, papotant au nom de tous les partis politiques guinéens, monte sur ses grands chevaux. Il dit tout haut ce que beaucoup de Diaspo présents se chuchotent là. Beaucoup de dénonciations. Et beaucoup de soif de justice.
Sorel Keïta, mentor de ce truc qu'est la Coordination Générale des Associations Guinéennes en France, fait lui aussi son numéro de grand parleur.
Ouf ! Le maire adjoint des lieux, certainement excédé par les longs bavardages, part au moment où Lansana Kouyaté s'est mis debout pour pérorer.
Lansana Kouyaté abreuve les Diaspo de citations de types lapalissades.
Beaucoup de sottises genres : "l'humanité a commencé par petit groupe. L'homme n'est pas plus fort que le lion mais il a vaincu le lion. L'homme n'est pas plus rapide que le cheval mais il a inventé quelque chose qui est plus rapide que le cheval. L'homme ne sait pas voler mais il a inventé..." Des tas de sottises de ce genre.
Pour faire de l'esprit, il cite ce penseur qui estime normal que l'homme se prenne pour Dieu parce que Dieu est en lui. Et que L'homme se prenne aussi pour un cochon parce que le cochon est en lui. Mais que c'est anormal que le cochon se prenne pour Dieu. Grand rigolade de certains Diaspo qui, charmés, applaudissent à chaque fois que l'enchanteur ouvre la bouche.
Il martèle que "tout ce qui doit être fait aujourd'hui sera fait aujourd'hui".
Il jette presque le discrédit sur les partis politiques en soutenant qu'il a lu de ses propres yeux comme beaucoup d'internautes sur le Net que les partis politiques n'ont pratiquement rien fait pendant ces journées mémorables en Guinée.
Plus loin, en bon héritier de la Révolution, il assène en rappel: "comme on le disait à une certaine époque, l'homme qu'il faut à la place qu'il faut."
Est-ce qu'aujourd'hui le président Lansana Conté est l'homme qu'il faut à la magistrature suprême ? Posez la question à Lansana Kouyaté quand vous le rencontrerez. Il apostrophe Baldé Boubacar Sadio en ces termes: "Je ne m'inscris pas dans la durée, je veux vous rassurer. Rassurez vos patrons." Wait and see !
Le premier ministre arrête momentanément de bavarder par ces maux: "un discours n'a pas besoin d'être long pour être immortel." C'est justement tout son topo ! Il embobine, enchante, jette de la poudre de perlimpinpin, juste pour que son court bavardage d'une cinquantaine minute soit immortel. Ah, le malin !
Dans la farce des questions-réponses, un certain Lansana Camara, s'affiche comme un des laveurs de chat zélé du premier ministre. Il marque son coup en s'époumonant: "Maintenant qu'on a un premier ministre de choc." Hé Allah ! Paraît qu'il est scribouillard comme moi.
On pose des questions qui mettent à l'aise l'invité de la cérémonie. Passons sur tout ça et retenons quand même cette réponse singulière de Lansana Kouyaté à propos des blessés des journées sanglantes en Guinée. "Il y a un effet pervers. Il y en a qui sont guéris et qui ne veulent plus quitter l'hôpital."
Et certains Diaspos de s'esclaffer de rire. Bêtise ! Cette rencontre entre le premier ministre guinéen et les Diaspo, rien que des sottises.
Pour couronner le tout bizarroïde Doura Barry, Amadou Sodia, Oumou Diabaté, je ne sais plus comment Diaby et bien d'autres artistes anonymes ont chanté un morceau tiré des journées sanglantes avec une mélodie qui pousse à bien se trémousser sur la piste plutôt que de penser pieusement à nos jeunes martyrs. L'essentiel, apparemment, c'est que le premier ministre est resté tout sourire, ses yeux braqués sur les artistes qui chantent.
A la fin de la chanson, un des artistes bien malin se précipite encore et s'empare du micro. Il chante les louanges du premier ministre. Il dit connaître son arbre généalogique. Gageons combien Lansana Kouyaté, qui rayonnait de fierté, va filer à cet artiste laveur de chat. Moi, je pronostique mille balles. Et toi ?
Benn Pepito
Correspondance Spéciale
Pour www.nlsguinee.com