dimanche 15 avril 2007
Par une grossière instrumentalisation du mouvement populaire visant à débarrasser notre pays du règne sanguinaire de M. Lansana CONTE, M. KOUYATE, « ami » personnel de la famille, s’est fait nommer « premier ministre ». Débarqué d’Abidjan dans l’avion personnel de M. Laurent GBAGBO, il a vraisemblablement distribué quelques douceurs monétaires (C.F.A.) à certains ou certaines syndicalistes chargés de faire sa publicité à Conakry auprès du général-président. Il parvient à ses fins.
Quelques jours plus tôt, il était un parfait inconnu. Son surgissement « spontané » sur la scène politique de notre pays ne cesse d’intriguer. Mais déjà, ses accointances intérieures et extérieures, ses liens d’intérêts personnels avec certains libano-affairistes ne sont pas de nature à rassurer nos compatriotes.
On peut d’ores et déjà, parler d’une sorte de restauration rampante !
Reconnaissons donc que quelques « syndicalistes », désormais argentés, ont rempli leur « mission ». Ni M. Lansana CONTE, ni M. Lansana KOUYATE ne s’en plaindront. Le premier a été remis en scelle, alors que sa destitution souhaitable et souhaitée était quasiment réalisée par la détermination de la jeunesse. Le second (M. KOUYATE), soutenu discrètement par quelques réseaux de type foccartien (du nom de Jacques FOCCART), espère jouer sa carte personnelle, le moment venu, à l’occasion d’une élection arrangée à son profit. Lansana CONTE bourguibisé (coup fait à Bourguiba), la manœuvre devient jouable pour lui.
Pourquoi s’en priverait-il alors que l’occasion lui est servie sur un plateau ?
Tous les enfants de notre pays, y compris M. KOUYATE, sont fondés à briguer le pouvoir suprême. Mais est-il normal d’utiliser les cadavres à peine refroidis des jeunes suppliciés comme marche-pied pour réaliser une ambition personnelle ? Des politiciens naïfs croient encore en un gouvernement dit de consensus, comme si le consensus était en soi une finalité.
Il nous faut revenir aux questions essentielles que la prodigalité financière opportune du nouveau premier ministre a provisoirement mises sous les boisseaux.
La première question d’importance, est la fonction même de premier ministre
D’un point de vue constitutionnel, la fonction du premier ministre n’existe pas. Elle est donc dépourvue de la moindre base légale. Alors pourquoi laisse-t-on se continuer une fonction étatique non prévue dans notre Règle Fondamentale Commune ? Est-il normal que M. Lansana CONTE invente des fonctions politiques au gré de ses nécessités personnelles à lui ?
De mon point de vue, deux raisons désormais caduques ont servi de justificatif à cette anomalie fondamentale
1-- M. Lansana CONTE n’a jamais vraiment été élu. Il s’autoproclamait président à la faveur « d’élection » militairement arrangées. Etant quasi-analphabète et loufoque, il est apparu à tous nos compatriotes que ce fameux président ne comprendrait rien aux affaires publiques, qu’il ne serait jamais un homme d’Etat, et que, abandonné à lui-même, il abîmerait inexorablement la Patrie dont il n’a d’ailleurs aucun sens. Mais, soutenu par un clan militaro affairiste, il s’accrochait au pouvoir, tout en ruinant le pays. Suite aux évènements de février 1996, la nomination d’un premier ministre technicien fut tolérée.
Chaque guinéen(ne) se persuadait, à tort selon moi, que M. CONTE cesserait ses pillages et laisserait ce technicien faire le travail que le pays attend. En arrière plan, il y avait aussi l’idée que, on peut tolérer une « élection » militairement arrangée, si cela peut faciliter le démarrage du pays.
2-- La recherche effrénée et à mon avis déraisonnable du CONSENSUS. Le consensus veut dire UNANIMITE. Or, vouloir l’unanimité, même avec de bonnes intentions, est une stupidité, aux conséquences incalculables. Le P.D.G. était un parti de consensus, c’est-à-dire totalitaire. Sékou TOURE était un président de consensus, c’est-à-dire tyrannique et dictatorial. Le consensus, c’est l’interdiction de toute alternative, y compris la possibilité qu’émergent d’autres équipes, d’autres solutions susceptibles de remplacer avantageusement un pouvoir dit de consensus.
Puisque tout le monde est supposé être d’accord sur tout. Résultat : on en est à demander à Lansana Conté de coopter quelqu’un de son choix. Bien évidemment, il ne peut choisir que celui qui lui ressemble. Cela donne M. Lansana KOUYATE, un authentique affairiste inculte qui prétend se muer en homme d’Etat, avec le concours de réseaux d’intérêts pour lesquels la Guinée est une proie à dépecer rapidement. Il a suffi que M. KOUYATE distribue quelques billets de C.F.A, pour qu’on lui déroule le tapis rouge.
Nous sommes donc dans le domaine de la tolérance et non pas de la légalité et encore moins de la légitimité.
Le contexte a changé. Tolérer une fonction étatique de cette importance, alors qu’elle est dépourvue de toute base constitutionnelle est proprement hallucinant. Or, c’est cette tolérance désormais injustifiable que M. KOUYATE met à profit pour se faire coopter. Curieux diplomate dont la préférence va plutôt à la cooptation quand cela lui est personnellement bénéfique, qu’au respect scrupuleux de la Règle Fondamentale Commune.
Il y a quelques jours, dans un article paru sur les sites guinéens, un de nos jeunes compatriotes talentueux, MAKANERA, juriste de formation s’inquiétait à juste titre de la propension de M. KOUYATE à prendre des libertés avec la Règle Fondamentale Commune. Pour lui, respecter la Règle Commune, c’est faire ce qu’il appelle du juridisme.
C’est une première réalité qui contraste singulièrement avec les intentions affichées dans un discours confus et indigeste.
Il faut être clair et ferme. La fonction du premier ministre est illégale. Mais il y a plus. Il est illégitime et immoral que M. KOUYATE, appuyé en sous mains par des intérêts étrangers, fasse une carrière sur les cadavres de jeunes Guinéens. Les hommes politiques qui croient qu’il faut accepter cette situation se trompent.
Le problème guinéen n’est pas une question de gouvernance économique. Il s’agit d’une question de Politique fondamentale, et il revient à ceci : l’urgence d’une élection libre, transparente et équitable qui permette au pays de désigner dans la clarté la personne ou l’équipe à laquelle il désire confier son destin pour une certaine durée.
Nos compatriotes savent voter. Ils savent identifier électoralement la personne capable de réunir autour d’elle une équipe cohérente de patriotes compétents, déterminés à sortir notre pays de la déchéance que M. KOUYATE entend prolonger jusqu’au moment où il pourra éventuellement la retourner pour son dessein personnel. Ce n’est pas lui faire un procès d’intention que d’émettre une hypothèse que la formation de son gouvernement vérifie de jour en jour.
Un gouvernement de la continuité
La personne des ministres désignés n’est évidemment pas en cause. Il se peut que certains d’entre eux soient d’authentiques patriotes, désireux de sortir notre pays de la déchéance. Il ne s’en suit pas pour autant que tous les ministres le sont.
Le premier d’entre eux, M. KOUYATE n’est pas forcément un parangon de vertu. A peine nommé « premier ministre », il passe commande de véhicules pour environ 900 000 dollars à l’ami de son ami, c'est-à-dire M. Mamadou SYLLA dont l’activisme prédateur n’est plus à démontrer. Il n’y a ni urgence, ni justification raisonnable à ce gaspillage. Si encore il y avait eu appel d’offres, on pourrait conclure à l’incompétence et mettre cela sur le compte d’une maladresse. Mais ce marché a été attribué d’office à l’ami de Lansana CONTE, comme d’habitude. Or, c’est précisément l’une des raisons de l’insurrection populaire d’il y a à peine deux mois.
Tolérer un premier ministre inconstitutionnel, c’est l’acceptation implicite de l’idée que M. Lansana CONTE peut inventer des fonctions étatiques au gré de ses caprices. L’hypothèse qu’en sous main, M. KOUYATE initie une falsification constitutionnelle tendant à le désigner comme continuateur du mandat en cours, s’il advenait qu’il soit interrompu pour une raison quelconque, n’est plus du domaine de la spéculation, mais de la probabilité.
Tous les prédateurs avérés sont remis en scelle. Certains ministres, connus pour avoir couvert les massacres, qu’ils ont par ailleurs ordonnés, sont promus à des postes où ils ont déjà commis des exactions contre la Jeunesse. M. Arafan CAMARA en est la parfaite illustration. Et ses alliances familiales n’augurent rien de bon pour la paix civile. Il n’est pas seul.
Tout se passe donc comme si certains choix étaient faits en prévision d’une élection dont les résultats favorables doivent être administrativement attribués aux personnes désignées par M. KOUYATE et accessoirement par Lansana CONTE. De ce point de vue, il ne s’agit plus d’une inquiétude, mais d’une Restauration rampante des anciennes méthodes avec les personnes issues du même clan.
Des décisions plutôt contestables
Le premier ministre entreprend son premier voyage extérieur. Il exige un avion spécialement affrété pour lui. L’avion spécial est mis à sa disposition. Bien. Mais par qui ? En contrepartie de quelles promesses ? Cette exigence démesurée et inopportune est-elle compatible avec la situation financière du pays ?
M. Amadou Toumani TOURE du Mali est un chef d’état démocratiquement élu. Ses déplacements extérieurs sont effectués au moyen de lignes régulières de compagnies aériennes ordinaires. Le premier ministre guinéen estime-t-il qu’il y a une indignité à emprunter une ligne régulière lorsqu’on est promu par Henriette et Lansana CONTE ?
La nomination de M. Lansana KOUYATE comporte trop de zones d’ombres. Ses alliances libano-affairistes mettront définitivement à genoux notre pays. Il n’est peut-être même pas animé par de mauvaises intentions. Il n’a tout simplement pas de projets. Il n’a ni les qualités, ni les compétences politiques et économiques pour diriger un gouvernement, même dit de Consensus. Il a tout simplement saisi une occasion, parce qu’il avait les moyens financiers de corrompre. Et c’est cela le plus inquiétant.
Exemple : aussitôt nommé, il fait domicilier a la BNP Paribas les comptent qui hébergent les maigres recettes extérieures provenant de la vente de minerai. Dans le même temps, il est « invité » ou a sollicité une rencontre avec le MEDEF (syndicat patronal français), dont on ne peut pas dire qu’il a une excessive tendresse pour l’Afrique Noire, hormis les ressources du continent bien évidemment.
Et, qu’apprend-on ? --Il veut consacrer les recettes extérieures à l’achat de riz et autres denrées alimentaires. Ses alliés libano-affairistes en auraient la charge. Des marchés leur sont déjà attribués. Les conseils venus d’Abidjan, deviennent des ordres à Conakry. Sacré retournement de l’histoire.
Outre l’opacité du marché, son projet est d’une stupidité économique sans limite.
En effet, il s’agit dans les faits de recréer une entreprise d’Etat qui commercialiserait en partie ou intégralement quelques denrées alimentaires. Les libano-affairistes et Mamadou YLLA auxquels le marché est déjà attribué seraient les fournisseurs. L’Etat deviendrait ainsi un vulgaire importateur de riz, de tomates, de sucre … or c’est précisément ce que les commerçants privés font actuellement avec leur moyen financier propre, sans solliciter les ressources publiques. A mon humble avis, il y a une entourloupe quelque part.
Faut-il rappeler que le rôle d’un Etat n’est pas de jouer à l’épicier, même grossiste. Il est de construire les grandes infrastructures publiques (routes, pont, équipement électrique, écoles, dispensaires, forages de puits pour les populations …). Or, le premier ministre fait exactement l’inverse, peut être par incompétence ou par un calcul cynique. Dans les deux cas, c’est la jeunesse qui en payera le prix. Car, ses premières décisions économiques sont insensées. Elles reviennent à manger le capital aujourd’hui, pour finalement être privé demain, de toutes possibilités d’investissements.
Non ! Il faut faire l’inverse de ce que propose M. KOUYATE C'est-à-dire :
1- Revenir à plus d’humilité. Renoncer aux apparats ruineux. Renvoyer du gouvernement tous les prédateurs et criminels que lui-même connaît parfaitement.
2- Couper vraiment, sincèrement, franchement les liens douteux qu’il entretient avec des réseaux peu recommandables au regard des intérêts de la Patrie. Je pense à ses alliés libano-affairistes, à ses amis affréteurs d’avion personnel.
3- Les recettes extérieures, issues de l’exportation de ressources minières doivent être considérées comme un capital. Et le capital, dans une économie dirigée par des personnes compétentes et raisonnables, ne peut être utilisé qu’à des fins productives.
Pour notre pays quelles sont ces fins productives ?
Une seule fin : doter le pays de logistique matérielle attractive pour d’éventuels investisseurs privés, et institutionnelle dont la légitimité est acceptée par tous. Toute démarche, autre que celle-là, ne vise qu’à installer durablement au sommet de l’Etat une opacité propice au pillage. Malheureusement, M. KOUYATE s’est engagé sur ce chemin, dans l’indifférence de certains de nos compatriotes.
Jeunes Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur ! Il faut reprendre le combat. KOUYATE n’est pas encore enraciné. Il y va de ton avenir. Il n’y a pas de consensus qui vaille lorsque ton avenir peut être durablement compromis.
En ce qui me concerne, j’entends continuer mon devoir d’explication. Je ne pense pas être le seul dans cet état d’esprit. L’objectif, c’est de chasser Lansana CONTE et imposer une vraie élection libre, honnête et transparente. Ce qui est possible ailleurs, Mauritanie, Mali, Sierra- Léone, Bénin … doit l’être en Guinée.
Mamadou Billo SY SAVANE, (Rouen) France
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Pour www.nlsguinee.com