jeudi 12 avril 2007
Au moment de la passation des pouvoirs, les poignées de mains et les accolades dans les ministères ne suffisent pas. Le 1er ministre serait bien inspiré d’imposer à chaque membre du gouvernement, de passer à la télévision (synchronisation radiophonique) pour présenter les voies et moyens des objectifs prédéfinis.
Cet exercice de style sous la forme d’un «grand oral», avec des journalistes débateurs devenus scrupuleux et associés à un panel représentatif de la population, remplacerait la main sur le Coran, sur la Bible et même sur le cœur, par rapport à un passé récent, où la plupart des ex-ministres ont prouvé qu’ils ne craignaient personne et ne croyaient en rien.
Ce face à face permettrait à la population de mettre un visage sur chaque nom et de se faire une idée, car le franc-parler de visu serait un baromètre fiable sur la crédibilité et les capacités de nos actuels décideurs. Ce serait une forme de reconnaissance et une pression supplémentaire sur toutes ces personnes qui devraient déclarer, in fine : j’ai dit ce que je ferai et je ferai ce que j’ai dit; à vous d’en juger.
L’état de grâce, ce n’est pas seulement le fait d’accepter l’équipe en place ou de s’interdire des conclusions hâtives, mais c’est aussi le moment d’animer notre devenir et de tirer la sonnette d’alarme sur les dérapages visibles afin de procéder à des réajustements pendant qu’il serait encore temps. A ce propos, les langues se délient peu à peu quant aux tenants et aboutissants de la composition du gouvernement qui tendraient à prouver que le 1er ministre aurait eu une façon assez cavalière de constituer son équipe.
Vu l’état de déliquescence du pays et face à une situation socio-économique au raz des pâquerettes, le pays avait tout à gagner à s’appuyer, en partie, sur des membres de l’assemblée nationale et sur les ténors «présidentiables» des partis politiques qui ont vocation à la conquête du pouvoir et qui s’y préparent de longue date, dans l’optique de diriger le pays ou d’assumer de hautes fonctions. C’est l’expérience qui fait la différence entre plusieurs compétences et nous aurions souhaité assister à une concurrence saine entre eux, sachant que tout échec rimerait avec une mort politique certaine, en prévision des échéances futures.
Nous y reviendrons à coup sûr mais je voudrais faire un raccourci en déclarant au seul ex « 1er ministrable » présent dans la liste, et qui a fait preuve d’humilité et de patriotisme : Monsieur le ministre Saïdou Diallo, nous vous respectons.
Si nous ne maintenons pas la pression sur cette équipe qui est la première à savoir qu’elle est transitoire, nous risquerions de voir certains préparer leur départ sitôt installés et d’autres noyer le poisson sous l’eau. Il n’est pas question de croiser les bras et se dire que le gouvernement travaille. Il y a des mesures qui pourraient être bouclées et des initiatives amorcées avant la fin de l’état de grâce. Le peuple exige un changement qui soit visible au quotidien, par des actes concrets qui seraient élargis à toutes les couches sociales et dans tous les domaines. La liste suivante qui colle à la réalité du terrain n’est pas exhaustive, mais il serait possible :
- de faire le point sur l’existant et sur chacun des gouvernements, à partir de l’audit de tous les services concernés, par des consultants étrangers de préférence. C’est la meilleure garantie pour éviter la pression ou les compromissions. Ce préalable à l’assainissement des finances publiques accoucherait d’un « reporting » dont les chiffres ne souffriraient aucune contestation ni la prescription des faits. Ne nous y trompons pas; si la responsabilité du chef de l’Etat est d’ores et déjà engagée du fait qu’il était le chef des gouvernements passés, il va sans dire que l’état de déliquescence étatique est le fruit d’un système pervers qui a gangrené tous les secteurs.
Ainsi, l’honnête travailleur qui était taxé de «maudit» et qui voyait d’autres «progresser» sans crainte et sous les vivats, finissait par se rattraper jusqu’à les dépasser. Sans excuser de telles pratiques et sans tomber dans la confusion «tous coupables», il convient de les ramener à la dure réalité de devoir répondre de leurs actes et donner l’exemple aux nouveaux arrivants, ceux qui ne sont plus au pouvoir, ceux qui se croient à l’abri loin du pays, ainsi qu’aux futurs nominés, élus ou décideurs.
Tout le monde savait, voyait et acceptait cette norme quasi-collective : que chacun se débrouille comme il pouvait et au niveau où il se trouvait. Et vogue la galère!
C’est ce front du refus qui nous permettrait de combattre le mal à la racine, l’ancrer, le cimenter et le formater dans le crane de tout le monde.
- mettre en priorité parallèle, la commission chargée de préparer les premiers procès liés aux tueries/massacres/exécutions qui ont ensanglanté notre pays. Tout le monde le déplore, le dénonce, s’incline mais rien n’est fait à ce jour,
- faire comparaitre des pseudo-respectables, « excellence », « majesté » devant la barre, réquisitionner des maisons et mettre tous les biens à la disposition du domaine public,
- remplacer les cahiers de recettes journalières des policiers postés à tous les carrefours par le sifflet et le bâton de commandement,
- faire disparaître les barrages « glissants » (surtout le soir et au km 36) au profit de la répression, sans bakchich, contre les trafics, les délinquants et les entraves au code de la route (vignette, feux, permis de conduire, visite technique…) et aller jusqu’à suggérer la désobéissance civile face à de tels procédés assimilables à une ligne de démarcation,
- mettre des autobus en circulation dès maintenant, commander des bennes à ordures tout de suite, imposer une discipline coercitive à l’instant, et qui obligerait chacun à nettoyer devant sa porte et à convoyer ses déchets dans un local précis. Il nous faut effacer l’image scandaleuse de ces hommes cagoulés avec leurs charrettes de détritus en mal d’efficacité,
- mettre hors d’état de nuire tous les Magbanas-taxis-tombeaux-roulants et faciliter l’octroi de cars pour ceux qui voudraient se lancer dans les transports publics en groupements d’intérêts par exemple,
- annoncer des mesures fiscales liées au renouvellement du parc automobile, et exempter de taxes toutes les voitures âgées de moins de 5 ans par exemple,
- mettre la pression sur les opérateurs téléphoniques et les établissements du secteur privé qui doivent jouer le jeu,
- exercer un contrôle appuyé sur la SEEG et Enelgui pour soulager les porteurs d’eau et éviter les pertes colossales, sans remboursement, en matériels : électroménager, hi fi, informatique… qui représentent un réel investissement pour des populations désargentées,
- sévir et mettre en demeure tous les chefs de services que le vendredi n’est pas chômé-payé,
- mettre des boites postales à la disposition de tous, en attendant que les Guinéens aient enfin des adresses,
- restaurer l’autorité de l’Etat en montrant que le pays ne se limitait pas à la seule ville de Conakry,
- éviter de nommer des personnes sans un métier au risque de les voir assurer leurs arrières, par la crainte de se retrouver sur le carreau du jour au lendemain. Dans le même ordre d’idées, maintenir les émoluments pendant 6 mois pour tous ceux qui auraient quitté leurs anciens postes pour servir la nation,
- redonner confiance à notre jeunesse par un début d’initiatives salutaires en lançant une campagne nationale à l’embauche et à la soumission de projets de toutes natures, recenser toutes les formations sportives en vue de préparer des compétitions au niveau national pendant les prochaines vacances scolaires,
- soulager le panier de la ménagère par des mesures urgentes et des effets d’annonces,
- débaptiser le Sékoutouréyah national, de triste mémoire, par le «Palais de la République» ou la «Présidence» par exemple,
- restaurer l’aéroport qui est la première vitrine du pays, en attendant d’en construire un autre loin des habitations et sévir contre la pagaille ambiante qui s’apparente à une gare routière,
- relever les salaires (à hauteur de ceux de l’armée?) et purger/essorer la fonction publique….
C’est dire qu’il serait possible de créer un climat de confiance en moins de 3 mois. C’est dire qu’il serait indispensable de donner une indication sur les capacités réelles de l’équipe en place avant le délai tacite des 100 jours. Il suffirait que les Guinéens voient une différence qui ne soit pas de la poudre aux yeux, pour reprendre confiance et accepter tout ce qui leur sera imposé, car c’est de cela qu’il s’agit. Les temps vont être très difficiles, parce que le travail reprend enfin ses droits dans notre pays, et la civilité anime à nouveau nos consciences.
Hormis quelques compatriotes isolés qui s’entredéchirent sur la coloration ethnique de l’actuel gouvernement et autres fantaisies de l’intellect, le peuple de Guinée se focalise sur ses réalités intramuros, et rien que ça.
Selon lui, ce sont des Guinéens qui dirigent la Guinée; point barre! Par ailleurs, le fait d’exiger un rang ou un nombre de ministres en fonction de la représentativité au niveau national, c’est oublier ce que les Guinéens ont démontré récemment comme solidarité, à l’intérieur comme à l’extérieur; c’est être coupé des réalités du pays qui connait un taux de brassage interethnique très élevé; c’est vouloir usurper la victoire commune; c’est oublier le poids des mots et les responsabilités qui en découlent; c’est oublier de dire qu’il est irresponsable d’attiser le feu lorsqu’on est à des milliers de km de la braise; c’est se détourner du credo de la compétence au profit du communautarisme; c’est ouvrir la boite à pandores pour d’autres «illuminés» qui voudraient que chacun reste chez soi, au mépris de notre volonté de créer une véritable nation phare.
Les grandes nations actuelles savent ce qu’elles ont payé pour y arriver mais le résultat est là. Elles dirigent le monde. C’est ce genre de discours qui a vu un pays comme le Rwanda, baigner dans son sang sous les yeux de la communauté internationale alors que ce sont les mêmes populations, les mêmes noms, un seul peuple, une seule langue, une seule religion, la même culture, le même pays… et un brassage aussi vieux que l’histoire des Hutus et des Tutsis.
Dans l’absolu, ce sentiment qui ne repose sur aucune logique, irait jusqu’à faire d’un Fall, nom à connotation sénégalaise, un étranger. Les Cissé-Camara-Keita-Touré-Diallo-Kouyaté ne sauraient plus de quel pays dépendre, au niveau de la sous-région. Un Bangoura devrait régenter en Guinée maritime, un Doré en Guinée forestière, un Bah en moyenne Guinée, un Condé en haute Guinée…. Et bonjour la galère!
Si je pouvais apporter mon grain de sel au débat en cours, je dirai tout simplement :
- aux uns, que l’économie, quelle que soit sa forme, ses schémas, ses penseurs…. si elle ne débouche pas concrètement sur la dignité du Guinéen lambda qui survit en Guinée, il s’en fout éperdument,
- aux autres, que pendant tout ce temps, le 1er ministre a perdu plusieurs semaines pour constituer son équipe qui en est toujours aux « salamalecs », et elle n’a pas encore fini.
Tout ceci devrait nous amener à restaurer le civisme, qui serait le soubassement de la renaissance guinéenne, autour de l’éthique.
La politique est une culture humaniste et une forme d’idéalisme pour améliorer les choses et non pas un tremplin pour jouer aux apprentis-sorciers, accéder à l’impunité ou l’occasion de s’enrichir. L’éthique, c’est la considération de soi, la liberté des autres et le respect de la dignité de la fonction qu’on doit servir et non pas se servir. L’éthique, c’est aussi le refus de la politique de complaisance et du favoritisme que nous payons depuis un moment. L’éthique, c’est les critères de compétence et d’expérience qui garantissent la stabilité, la justice, le progrès et le bon fonctionnement des institutions.
El Hadj Soumah., Paris – France
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