samedi 07 avril 2007
« Ils ont incendié ma maison, tuant du coup ma mère et ma femme qui étaient dedans. Je n’aime pas parler de ça ! »
Michael Joseph Alabi est journaliste nigérian refugié en Guinée depuis plus d’un an. Travaillant pour un magazine après avoir fait plus de quatre ans à la radio télévision fédérale du Nigéria, il a été contraint de quitter son pays où il a tout perdu et après des tentatives d’assassinat contre sa propre personne.
L’histoire remonte à l’introduction de la loi islamique, la Charia au nord du Nigéria quelque années après l’élection de l’actuel président nigérian Olusegun Obassandjio à la tête de son pays.
Une dame avait donc été condamnée à mort à l’époque pour avoir violé cette loi islamique. Et pour sauver cette dame nommée Amina Lawal, le journaliste écrit un article pour demander l’intervention de la communauté internationale. Ce qui fut fait puisque Amina Lawal sera sauvée et mener dans la clandestinité en Italie où elle vit actuellement.
Pour venger cette attitude du journaliste, des confessions religieuses se disant offensée par les écrits s’attaquent à Michael Alabi. C’est ainsi que sa maison sera brulée avec tout son contenu. Sa mère et son épouse qui s’y trouvaient au moment des faits seront à leur tour brulées vives.
Devant cette atroce expérience, le journaliste a du mal à raconter tous les détails macabres : « Je suis journaliste nigérian. C’est moi qui avais écrit l’article pour sauver Amina Lawal. Grace à mon article elle vit en Italie et moi qui suis l’auteur du texte je suis dans des problèmes. On a brulé ma mère et ma femme et tous mes biens au Nigéria… »
Dès son arrivée en Guinée M. Alabi s’est présenté au HCR pour être recensé comme refugié politique. Seulement selon notre interlocuteur, les conditions de traitements humains au HCR laissent à désirer. Pas de prise en charge proprement dit, pas de logement officiel, encore moins de ravitaillement en nourriture.
« Depuis que je suis ici, le gouvernement guinéen a fait beaucoup pour moi. Mais c’est j’ai eu du mal avec l’organisation internationale le HCR qui ne me prend pas en charge. Est-ce parce que je suis journaliste ? … »
A la question de savoir pourquoi le journaliste a choisi la Guinée comme terre d’asile, il répond : « Il n’y a aucune autre raison à part ma sécurité personnelle parce que le gouvernement nigérian me suit toujours pour m’arrêter. Ma vie est en danger. C’est d’ailleurs le 13 avril 2003 qu’il m’a condamné à mort et le 25 octobre aussi il a ordonné qu’on m’arrête. C’est ainsi que des collègues et la communauté internationale m’ont conseillé de quitter le pays... La Guinée était à l’époque un des rares pays de la sous région où il n’y avait pas de troubles graves… »
C’est dans cette détresse pour ne pas dire dépression totale que vit le journaliste exilé. Il passe ses jours entre les locaux du HCR et dans les sièges de certaines organisations de défense des droits de l’homme telle l’OGDH (organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen).
Vu cette situation peu enviable du journaliste, nous lui avons posé la question de savoir s’il compte retourner un jour au Nigéria pour y finir ses jours. Et sans hésitation dans le cœur il répond sur un ton plus ferme : « Ah ! Mon problème ce n’est pas le gouvernement seulement. Je peux dire que même si le gouvernement change de position, il y aura toujours des chefs religieux politiques pour me chercher, le danger est permanent par ce qu’ils pensent que j’ai écrit contre eux. Moi je ne suis pas s contre la religion, mais je suis contre le changement illégal du système de mon pays qui me manque déjà... »
Parlant de sa condition de vie ici en Guinée le journaliste voulait plutôt garder un silence là dessus. Seulement il dira : « Aujourd’hui tout le monde me voit comme un voyou, comme un aventurier. Je vis comme un villageois, on dirait même quelqu’un qui n’a jamais été au School (l’école)… »
Lansana A. Camara
Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
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