lundi 02 avril 2007
Contradiction
Le gouvernement de la Guinée a été nommé (un mois après l’arrivée du Premier Ministre) par un décret de Lansana Conté. Cela représente la première contradiction du système guinéen. Lansana Conté possède toujours le pouvoir de décréter. Retenons donc que le pouvoir est encore absolument dans les mains de Lansana Conté.
Ne l’oublions pas. Le premier problème de la Guinée étant Lansana Conté, la première solution ne pourra être que son départ. Donc cette "victoire" est contradictoire car et le peuple et Lansana Conté réclament tous deux la victoire. Or c’est un jeu à somme nulle, ainsi si le peuple gagne, Conté perd et vice-versa.
La victoire du peuple fut honnêtement et courageusement acquise; l’usurpation par Lansana Conté et son clan fut quant à elle acquise grâce à la fourberie politique, à la compromission morale de plus d’uns, et en l’absence sinon au manque de convictions de la classe dirigeante et de l’état-major des forces armées de Guinée. Ce nouveau gouvernement et la nouvelle donne en Guinée ne sont donc que partie remise pour Lansana Conté et son clan.
Espoir
Ce nouveau gouvernement à première vue répond aux critères des négociations et surtout n’a pas été rejeté par la population, qui demeure maîtresse de sa destinée. Ce gouvernement, beaucoup l’espèrent, apportera un nouveau souffle à une Guinée essoufflée. Ce gouvernement est un premier signe d’espoir certes, mais la contradiction qu’est la présidence de Lansana Conté, nous force à mitiger notre espérance.
Retenons que le passé de Lansana Conté nous indique qu’il continuera à nuire autant qu’il pourra et ce nouveau gouvernement ne saurait y échapper, ce n’est qu’une question de temps. Cet espoir est donc juste cela, un espoir, à ne pas confondre avec la finalité des mouvements de "Contéstation". Mais nous le disions plus tôt : « Plus jamais de pouvoir absolu à un individu ou à un groupuscule quel qu'il soit ! », plus jamais.
Le 29 Mars, la Guinée a remplacé le gouvernement avant le 10 janvier 2007 par un nouveau gouvernement. Nouveau, car 22 des 24 personnes sont nouvelles à leurs postes. Etre ministre est un emploi et non pas une finalité en soi. C’est donc un nouveau job pour les locataires (et non pas les propriétaires) des différents ministères et secrétariats. Mais retenons tous qu’en dehors de ce nouveau gouvernement, rien dans l’administration, l’armée, les lois, etc. n’a encore changé en Guinée ; retenons aussi que Lansana Conté détient toujours le pouvoir de décréter la destruction de la Guinée avec une simple signature comme l’autorise la constitution taillée sur mesure.
Le seul changement depuis le 10 Janvier 2007 est le réveil et la prise de conscience des populations. Ne nous y trompons pas. Le principal instigateur des situations de crise en Guinée est connu de tous, et n’est autre que Lansana Conté appuyé par son clan (dont tous les tentacules sont loin d’être connus vu qu’il s’agit d’une vraie nébuleuse). De répit n’en donnons point, des doutes n’en ayons aucun, de peur de dire la vérité n’en n’ayons plus.
Cet espoir que ressent le peuple est nous l’espérons tous l’aube d’un avenir radieux pour la Guinée. Cet espoir ne nous conduira à bon port que si nous saisissons les opportunités qui se présentent à nous. Et pour ce faire, il faut nous préparer à ne plus se laisser surprendre par de nouvelles fourberies et machinations politiciennes. Alors comment pouvons-nous saisir cet espoir, dans notre contradiction qu’est la présidence de Lansana Conté, pour redonner et redessiner un avenir radieux pour la Guinée? Par notre lutte.
Nombreux seront ceux qui sèmeront des entraves et obstacles. Des difficultés de tous genres, il y en aura sur le parcours. Du courage, il en faudra énormément à toute la population et à la nouvelle équipe gouvernementale pour se servir de ce souffle nouveau pour aller de l’avant.
Lutte et Avenir
Notre lutte doit être continue et à tous les niveaux. C’est maintenant que nous devons redoubler d’efforts et nous mettre au travail. De répit, nous le répétons, il ne doit point y en avoir. Notre lutte doit être pour le changement, un vrai changement en profondeur. Elle doit être pour la mise en place de véritables institutions républicaines et le respect de la primauté de la loi. Le changement doit avoir pour but de remettre la Guinée sur les rails. Nous ne devons pas nous consacrer dans cette phase à ne rattraper que le temps et les années perdus, même si cela est d’une importance indéniable, mais plutôt à asseoir les bases pour que nous puissions saisir les futures opportunités qui s’offriront à nous.
Le but étant de répondre une fois pour toutes à la question fondamentale que nous poseront les futures générations, à savoir si le changement intervenu en 2007 a été la source de la Guinée nouvelle. Ce changement doit être fait par la jeunesse. La Guinée ayant une culture qui repose sur le droit d’aînesse, il est temps pour la jeunesse de prendre sa destinée en main. Les sages ne remettront pas de sitôt leurs « pouvoirs » sur un plateau doré aux jeunes. Les jeunes doivent saisir le contrôle de leurs destinées, bien entendu avec la force de leurs arguments et non par l’argument de la force.
La Guinée est maintenant au troisième carrefour de son histoire moderne. Les aînés de 1958 et 1984 ont choisi les directions qu’ils ont voulu emprunter. L’histoire jugera les actions, décisions des uns et des autres. Il incombe donc à la jeunesse de s’assurer tout d’abord que la direction que nous prendrons en 2007 marquera une rupture claire et nette avec l’histoire moderne de la Guinée, avec pour objectif la création d’Une Guinée Nouvelle, Une Guinée Plus Egalitaire, Une Guinée Plus Juste, Une Guinée Mieux Eduquée, Une Guinée Plus Prospère et Une Guinée Unie. Il nous faut donc un changement de base et en profondeur pour créer de nouveaux repères.
A toute la jeunesse, ne ratons pas notre rendez-vous avec l’histoire de la Guinée.
Renouveau
Les experts du changement managérial (Lewin en particulier) diront que pour instaurer le changement il faut trois étapes: « unfreeze, transition, freeze » ou traduit « dégel, transition, gel ». Maintenant en Guinée, nous sommes entrain de dégeler le système. Nous sommes donc loin, je dirai même très loin du but final. Alors pour pouvoir totalement libérer le système de ses pesanteurs, il faut tout d’abord renouveler les ressources humaines, puis nous assurer que nous ne remplaçons pas les personnes non honnêtes ou incompétentes par des personnes honnêtes mais toujours incompétentes.
Nous devons rompre avec la culture de l’obscurantisme et renouer avec celle de l’excellence. De bonnes gens aux bonnes places, selon le mérite.
La première étape du dégel est de déstabiliser les structures du système actuel en remplaçant les hommes/femmes dans un premier temps puis en changeant la façon de diriger et le management à tous les niveaux. Introduire la culture de la responsabilité, de la récompense, de la sanction et du travail d’équipe. Car nous le disions plus haut, « Plus jamais de pouvoir absolu à un individu ou à un groupuscule quel qu'il soit ! » , plus jamais.
Questions à méditer
Alors pour un changement durable et un nouveau style de management, pendant cette période de transition, des questions s’imposent (comme toujours elles ne sont pas exhaustives et pourront être améliorées ou complétées):
Où sont les déclarations des biens des ministres ?
Si nous voulons rompre avec le passé, il faut commencer quelque part. Si nous ne commençons pas maintenant, alors quand ? Si nous ne commençons pas avec les nouveaux ministres, alors avec qui ? Commençons donc maintenant avec les nouveaux managers/locataires (et non propriétaires) des ministères et secrétariats.
Comment la sélection du gouvernement s’est-elle produite: quels étaient les critères de sélection ? Où sont les CV (rôle des medias ?).
Comment les nouveaux managers choisiront-ils leurs équipes ? Quand ?
Nous avons à faire à des technocrates, donc les questions de management s’imposent:
Comment jugerons-nous la performance des ministères ? Quels en seront les critères ? Quand et comment saura-t-on qu’un ministère n’atteint pas ses objectifs ?
Quand sera établie la feuille de route de chaque ministère ? Dates ?
Avec quelle fréquence chaque ministère nous tiendra informés de ses actions ? De quelle manière ? Comment la transparence sera induite et concrétisée dans les prises de décisions ?
Quand commencerons-nous à utiliser des statistiques officielles et fiables ?
Pour clore, d’aucuns diront, donnons la chance aux nouveaux managers/locataires (et non propriétaires) des différents ministères de s’installer et de comprendre la situation. Certes, une période d’adaptation est nécessaire, mais cela n’empêche point l’établissement des critères de base de la bonne gouvernance et de la bonne gestion managériale. La période de grâce a déjà duré un mois, alors mettons-nous tous au travail à commencer par les managers/locataires (et non propriétaires) des ministères et secrétariats généraux.
Le pragmatisme n’est pas à confondre avec le pessimisme. C’est parce que nous sommes optimistes de voir naître une Guinée nouvelle dans les 25 prochaines années que nous posons ces questions. Mais avec ou sans pragmatisme ou optimisme, nous avons tous le devoir de garder nos convictions. Commençons tous à accepter désormais la force des arguments, et non plus l’argument de la force.
Refusons définitivement de donner désormais blanc-seing à quiconque et à quelque groupe ou groupuscule qui soit, même nourrissant les meilleures intentions qui soient. L’enfer lui-même en est pavé de plus belles. Instaurons et généralisons dès à présent la culture du contrôle citoyen et permanent des gouvernants. C’est pour avoir abandonné ces principes élémentaires de la bonne régulation sociale que nous sommes tombés dans cette crise qui est un anachronisme en soi et qui ne peut constituer la marque de rentrée de notre pays dans le 3ème millénaire. Il n’y a point ici matière à pavoiser.
Certes, la façon dont nous allons baliser les voies et cartes du futur à travers les faits, actes et la pensée non seulement des nouveaux gestionnaires de la transition guinéenne, mais aussi de tous les agents du changement et les acteurs du développement pourrait servir à d’autres pays vivant dans des situations proches de la nôtre et marquer de ce fait notre retour dans le concert des nations en marche.
Rompre avec la fatalité et déjouer les sombres pronostics des déclinologues guinéens et africains sont autant de défis sous-jacents que nous réglerons du coup.
Au-delà de l’importante reconquête de ses droits souverains par le peuple de Guinée, c’est le leadership ouest-africain voire régional que nous jouons à travers la réponse que nous donnerons aux attentes sociales et démocratiques de tout un continent, aux aspirations de l’humanité à la paix, à la justice et au progrès démocratique et social
Sékou Keita, USA
Pour www.nlsguinee.com