dimanche 1er avril 2007
La Guinée, d’un cul de sac à l’autre, un nouveau paradoxe bien étonnant et inquiétant !
Peuple de Guinée !
Avant même qu’il ne naisse à la souveraineté en 1958, tous les analystes qui ont scruté son avenir radieux à la lumière de solides expertises confirmées ne s’étaient-ils pas accordés à reconnaître que ton pays était celui de l’Afrique occidentale dont le développement était le plus assuré?
Plus d’un demi-siècle après, c’est le grand paradoxe qui, dans touts ses aspects, s’installe telle une endémie. Ton rêve en ce merveilleux avenir s’est transformé en cauchemar, en une épreuve épouvantable à laquelle tu as été soumis par les régimes totalitaires sans partage et qui aura été, ô! Laborieux peuple de Guinée, de t’avoir réduit en damné, non seulement en t’opprimant, mais en te réservant cyniquement cette asphyxie, ce destin économique sombre et chaotique au regard des privilèges naturels exceptionnels dont le Ciel t’a doté.
Ta belle Guinée, l’un des territoires potentiellement les plus riches d’Afrique (avec le tiers des réserves mondiales en bauxite, le plus grand gisement de fer au monde et d’autres métaux précieux comme l’uranium, l’or, le diamant, le cuivre, le zinc etc., de grande teneur sans compter sa pluviométrie enviable, son imposant réseau hydrographique, ses ressources hydro-énergétiques renouvelables et ses immenses plaines fertiles), reste curieusement, par le fait de gouvernants minables, l’un des pays les plus pauvres de la terre et l’avant-dernier au monde en qualité de vie des populations (réf. classement des Nations-Unis).
Peuple de Guinée !
Par la voix et aux noms de tes fils des quatre régions du pays, unies par l’histoire, la géographie, la culture, les liens affectifs profonds et une destinée commune, cristallisés dans cette grande nation guinéenne, l’Alliance pour la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance (AGUIDEG) se joint à toutes les organisations vouées à ta liberté et à ton bonheur, pour saluer ton courage et ta persévérance à avoir pu contenir un quart de siècle durant, le règne tyrannique de Conté qui a semé et fait nourrir en toi ce 3 avril 1984, l’espoir d’une Guinée démocratique et prospère, mais dont la seule préoccupation odieuse a finalement été de t’opprimer, de t’affamer, verser ton sang, te réserver l’humiliation, la pauvreté, la misère noire, l’indignité, en dilapidant, en t’expropriant impunément de tes biens, en pillant tes ressources et en drainant tes immenses richesses ailleurs pour enrichir d’autres pays.
Peuple de Guinée !
Par la voix et aux noms de tes fils, l’alliance guinéenne pour la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance salue et soutient le grand mouvement de libération de ce régime tyrannique, que tu as courageusement fait déclencher depuis le 10 janvier à l’échelle de tout notre pays, par ta brave Inter-centrale syndicale et qui s’inscrit désormais au panthéon de notre histoire.
Ce mouvement de libération à travers les manifestations monstres, où se sont engagés corps et âme, toutes les corporations, toutes les couches de la population (travailleurs, hommes, femmes, jeunes et vieux, ouvriers et paysans) à braver les bourreaux de la morts, demeure de par sa durée, ses limites, l’endurance, le courage et l’unité de tous les citoyens guinéens de différentes sensibilités ethniques, sans précédent en Afrique.
Également salué par plusieurs pays et organisations syndicales de notre continent et du monde entier, il n’a été opéré ni pour une ethnie, ni contre une ethnie, encore moins contre nos forces militaires et paramilitaires constituées par toi et dont la noble mission se résume en ta protection, en la défense de ta souveraineté, de l’intégrité de ton territoire, des valeurs de justice, de paix et de liberté.
Il a été malheureusement constaté avec regret, qu’outre la passivité de ces forces à assister impuissantes et pendant plus d’un mois, aux scènes horribles de massacres de citoyens innocents, par des mercenaires étrangers à la solde du régime sanguinaire de Conté et par des militaires, gendarmes et policiers guinéens que tu as dotés d’armes à la sueur de ton front, ont, manipulés par le démon de la corruption, retourné de manière cruelle ces mêmes armes contre leurs pères, mères, frères, sœurs, oncles tantes, neveux…, en somme contre les meilleurs de tes fils, ô! Peuple, en versant leur sang et dont le seul crime aura été de revendiquer, au nom de la dignité humaine, à manger à leur faim, à boire de l’eau potable, se faire traiter, avoir un habitat décent, à s’instruire et à travailler. Le bilan macabre de ces massacres est à ce jour lourd. On compte près de 200 morts et plus de 500 blessés.
L’AGUIDEG salue et honore la mémoire de ces victimes, ces Grands Guinéens tombés au champ d’honneur sous les balles des bourreaux de la mort sans état âme. Devenus désormais nos martyrs, ils restent à jamais gravés dans la mémoire collective. Notre organisation adresse à leurs familles respectives ainsi qu’au peuple de Guinée tout entier pour la prospérité, la liberté et le bonheur duquel ils ont donné de leur vie, nos condoléances les plus attristées.
Puisse Bon Dieu, leur réserver une part de son Paradis, Amenn! Nous les rassurons du fond de leurs tombes que nous poursuivons leurs efforts qui ne seront nullement vains. Nous prenons avec fermeté et dévouement la relève et ferons, Inchallahou!, aboutir avec d’autres acteurs du changement, la noble cause de leur disparition tragique et prématurée, celle de la lutte de libération du peuple de Guinée.
Auteur de ces massacres massifs insensés et cruels, Lansana Conté, le chef des bourreaux de la mort, déjà remercié, démis de manière irrévocable de ses fonctions de Président de la République par le peuple de Guinée tout entier et qui s’accroche désespérément, sera, s’il persiste dans son obstination, bientôt traduit avec ses proches collaborateurs devant le tribunal pénal international pour crime contre l’humanité où ils répondront de leur forfaiture odieuse, de ce génocide qu’ils continuent de perpétrer en organisant toutes sortes de mascarades de corruption, de nominations destinées à tuer dans l’œuf cette noble et légitime lutte pour le bonheur et la liberté du peuple de Guinée.
Ce glorieux peuple reste tout de même convaincu, malgré les pertes en vies humaines qu’il a subi, que son armée, sa police, sa gendarmerie qui, dans leur majorité ne sont ni ingrates à son endroit, ni mues par l’instinct insensé de le décimer et qui éprouvent déjà un grand remord pour leur passivité à l’avoir vu faire front sans armes à ces bourreaux de la mort, sont, il n’y a aucun doute, prêtes à participer à ses côtés avec d’autres forces vives de la nation à l’assaut final pour le départ, l’effacement en douce de Conté et de son régime du paysage politique guinéen.
Bâti sur la monarchie absolue, l’écrasement des plus faibles, l’injustice ouverte, la violation des droits et libertés des citoyens, de notre Loi fondamentale, ce régime dictatorial a fini par remettre en question l’État de droit dans notre pays en bafouant, en sapant les institutions républicaines dans leur fondement au mépris des principes universels de justice.
Avec son parti, le PUP devenu presque unique, il déclare grossièrement sans nuance : «Le Gouvernement c’est moi, la Justice c’est moi». Ce régime doit ses 23 ans de règne sans partage à la corruption institutionnalisée et solidement enracinée (où la Guinée détient la palme d’or dans le monde), au culte de sa personne par certains missionnaires de la foi religieuse faisant (Allahouakbarou!) de Conté, ce criminel aux mains tachetées de sang, un homme de Dieu.
Quant aux médias publics, outre ce culte qu’ils célèbrent à leur manière, les presses écrite et parlée couvrent les exacerbations du régime, dissimulent la misère, les dures réalités des Guinéens, les épreuves que leur fait subir ce régime et versent sans retenue dans les louanges, la démagogie, le giottisme creux.
L’un des plus grands socles du pouvoir de ce tyran est assurément la division par la manipulation ethnique, appuyée par la répression directe et les massacres individuels et collectifs. Haineux, dédaigneux et peu respectueux des grandes vertus qui régissent notre société de tolérance, rares ont été les interventions publiques de cet homme où il n’a pas proféré des injures au peuple de Guinée. Il se croit investi d’un pouvoir divin avec droit de vie et de mort sur les citoyens.
Tel un sorcier traqué qui craque, il avoue publiquement non sans orgueil avant même le carnage de janvier : «J’ai déjà tué et je vous tuerai tous les quatre…», s’agissant des leaders syndicaux. Plus qu’une menace c’est là un aveu délibéré de génocide planifié qui sévit depuis le début de son règne, notamment avec son geste inaugural mortuaire, le massacre massif sans procès équitable et d’une rare cruauté au camp Kèmè Bouréma de Kindia, de plus d’une soixantaine de détenus politiques (sous-officiers et officiers supérieurs de l’armée ainsi que des dignitaires de l’Ancien régime comme lui-même pour avoir été de l’État major des forces armées avec grade de colonel et membre du Comité révolutionnaire), jetés dans des fosses communes.
Au-delà de ce droit de vie et de mort, il procède impitoyablement à l’asphyxie économique des Guinéens en dilapidant et s’accaparant impunément les biens du peuple de Guinée. Les banques, le trésor public, les milliards de dollars détournés de l’aide internationale destinés à l’origine au développement de toutes les régions du pays, les immenses richesses minières exploitées par les compagnies étrangères et drainées cyniquement vers d’autres pays l’appartiennent.
En venant au pouvoir le 3 avril 1984 et à l’allocution même du premier discours difficilement articulé, le Général Président Lansana Conté, alors Colonel, ne confiait-il pas solennellement : «Nous étions [parlant de ses pairs du Comité militaire de redressement national] tous pauvres. Si l’un d’entre nous devient riche, c’est qu’il aura volé. » Vingt trois (23) ans après, il est lui-même multimilliardaire. Mais le Président comme il se plait à le dire « ne vole pas, il prend.» Il légalise ce vol en ordonnant publiquement à ses sujets (ministres, hauts fonctionnaires, gestionnaires des deniers publics) : «Prenez, mais ne prenez pas tout. […] Je suis le Président qui donne la chance à tous les Guinéens que je nomme à des hauts postes de se servir et de servir leurs communautés.
Quand tu quittes le gouvernement de Conté sans être riche, c’est que tu ne pourras plus jamais t’enrichir dans la vie». Le ton donné, s’approprie alors qui peut et de manière égoïste d’une bonne partie de ce gâteau, le trésor commun resté sans surveillance. Telle l’apocalypse annoncée et Comme si tout finissait demain, chacun se rue sur les fonds publics à l’image des vautours qui s’abattent sur des charognes, pour prendre sa part. Ainsi, l’honnêteté, et la bonne gouvernance sont devenues un délit, une malédiction dans notre Guinée d’aujourd’hui. Un tel régime, ô! Peuple de Guinée, peut-il constituer une bonne référence pour les générations futures ?
Ce régime a grandement contribué à creuser, le grand fossé entre une poignée de riches constituée de gens qu’il a privilégiés, une bourgeoisie locale à laquelle il s’est associé et qui serre l’étau sur la vie chère et la grande masse des pauvres. Ces riches avec immeubles, villas et voitures luxueuses approvisionnés en eau potable et illuminés nuit et jour cohabitent, cours fermées avec des populations misérables des bidonvilles, des taudis moustiqueux confrontées aux pires problèmes de survie et plongées dans l’obscurité qui n’ont sporadiquement la lumière qu’au rythme alterné des clairs de lune et par des flashes de courant ne dépassant plus de trois (3) heures et distribués à tour de rôle.
Ces comportements agressifs et choquants, ont fini par créer un grand contraste aux implications sociales catastrophiques entre les modes d’habitation, mais aussi de vie tout à fait opposés. Cet écart énorme entre riches et pauvres, les privations, la misère noire, les vols, l’injustice, les délits économiques impunis créés et entretenus par le régime de Conté, ont engendré des frustrations et la haine chez les plus démunis.
Au-delà du seuil intolérable de cette misère, ces laisser-pour compte ont fini par craquer, par verser désespéramment et non sans cruauté leur haine et leur colère sur des cibles allant des plus riches au moins riches et quelques fois sur n’importe qui et à la moindre peccadille. Conakry, jadis la cité aux bonnes mœurs, tenue à l’abri de l’insécurité et de la délinquance est ainsi devenue, sous les regards coupables de la sécurité publique, comme si le fléau profitait au pouvoir, l’une des capitales au taux de criminalité les plus élevés au monde avec des vices aux multiples facettes.
Des femmes sont violées, poignardées. Des gens sont égorgés, éventrés, mutilés et quelques fois sans tête, abandonnés dans leur cour ou jonchés dans des endroits insécurisés ou au grand frais sur les rails.
Toutes ces tristes réalités sont le fait de l’injustice et de la pauvreté extrême. La drogue qui enrichit policiers et commerçants import-export fait rage. La jeunesse est déroutée. Le décrochage scolaire est d’une fréquence galopante. Désespérés, beaucoup d’élèves finissent par prendre la rue pour grossir le rang des gangs aux options criminelles. L’avenir pour les finissants des universités et écoles professionnelles promis au chômage semble sombre à l’horizon par manque d’initiatives de création d’emplois de la part d’un État fantôme peu soucieux de l’avenir de ses citoyens.
Certains d’entre eux se réfugient dans les stupéfiants. L’alcool coule à flot, les maisons closes et les maquis prolifèrent. La délinquance s’installe ouvertement. Le devenir de la jeunesse, la relève de demain est compromis sans que cela ne dérange personne. Parallèlement à la vie insolente de château que mènent de manière grotesque quelques dignitaires, hauts cadres et gestionnaires du régime, la grande masse des travailleurs composée de fonctionnaires abusés (touchant les salaires les plus minables au monde) d’ouvriers d’artisans et de paysans de nos villes et de nos campagnes, devenue de véritable damné sombre dans la pauvreté, la misère noire, l’indignité.
Outre cette misère, la violence, l’insécurité et les problèmes quotidiens de survie que connaissent les populations guinéennes, l’habitat et les infrastructures routières restent désuets. L’adduction en eau et l’approvisionnement en électricité sont presque inexistants.
Lorsqu’on parcourt le pays d’ouest en est, du nord au sud, on est frappé par la désolation qui se lit non seulement sur les visages meurtris par l’endurance, face aux différents et multiples aspects du sous-développement chronique, mais aussi par l’état anarchique et archaïque des villes et des villages abandonnés dans les ténèbres qui n’attendent impatiemment que le cycle des clairs de lune pour s’illuminer. L’aspect de ces villes ressemble au panorama sinistré d’agglomérations désordonnées sorties de guerre.
Avec le refus de toute initiative de développement intégré de l’État fantôme malgré des milliards de dollars de l’aide internationale détournés à cette fin, les communautés urbaines et rurales abandonnées à elles-mêmes et bien que de surcroît surtaxées par l’administration publique, se prennent courageusement en charge par les cotisations et l’investissement humain, avec quelques fois l’appui des ONG étrangères à caractère humanitaire pour défier ce sous-développement avec les constructions et équipements d’écoles et de dispensaires, les travaux routiers de désenclavement etc.
Le fait irritant dans toute cette tragédie économique et humaine est de réaliser que la Guinée, l’un des pays potentiellement les plus riches d’Afrique demeure paradoxalement par le fait de gestion malsaine, de mauvaise gouvernance, de pillage de vol légalisé, stimulant de l’oisiveté, curieusement l’un des pays les plus pauvres de la terre et l’avant-dernier au monde en qualité de vie des populations.
Selon les données statistiques réelles, plus de 70 % de ces populations vivent sous le seuil de cette pauvreté. Moins de 30 % d’entre elles bénéficient des soins de santé. L’espérance de vie oscillant autour de 42 ans est l’une des plus faibles au monde avec l’un des taux de mortalité les plus élevées (19/1000). Le ratio nombre d’habitants par médecin est de 1/7100. Malgré la situation hydrographique privilégiée de la Guinée faisant d’elle le Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, c’est curieusement moins de 25% de sa population qui ont accès à l’eau potable. Le taux effrayant de l’analphabétisme culmine à plus de 75% et celui de la scolarisation chutant à moins de 10 %, tous cycles confondus, demeure l’un des plus bas d’Afrique.
Ces quelques indicateurs de développement humain, en l’absence même d’autres indices de débordements sociaux tragiques, suffisent à eux seuls pour témoigner du bilan sombre et cruel du règne de Conté.
Pour parvenir à ce bilan, à une mise en accusation objective de ce règne, nous nous sommes mis au-dessus des envolées passionnelles et euphoriques caractéristiques des grands mouvements de masse en exposant quelques-uns des éléments patents et indéniables du fardeau de la preuve.
Nous estimons par cette approche avoir pu esquisser sommairement le malheureux sort réservé par le régime de Conté à un peuple qui ne le mérite nullement et qui se résume en quelques mots : pouvoir monarchique et tyrannique, manipulation ethnique, violation des droits et libertés fondamentales, répression sanglante, massacres massifs, génocide organisée, corruption institutionnalisée, vol légalisé, pauvreté et maladies, asphyxie économique des guinéens, pillage systématique des ressources et drainage impitoyable des immenses richesses hors de la Guinée pour enrichir d’autres pays.
En termes de sentence, il ressort du constat accablant que Conté et son régime, indéfendables humainement, moralement et spirituellement et remerciés par le peuple de Guinée, ne méritaient aucun sursis et devraient s’effacer du paysage politique guinéen.
Les raisons d’une difficile cohabitation de Conté avec un gouvernement intègre de transition d’union nationale
Assurément, la Guinée est ce pays au destin bien singulier. Du 10 janvier au 26 février 2007, toute l’Afrique et le monde entier avaient les regards tournés vers ce beau et riche territoire de la partie ouest du continent et s’apprêtaient à lancer un grand ouf de soulagement pour son affranchissement d’un carcan tyrannique avec le départ de Conté et de son régime de la scène politique que présageaient les manifestations populaires grandioses sans précédent dans l’histoire de cette Guinée. Mais triste ironie du sort, ils sont réinvestis du même pouvoir et demeurent toujours là, confortablement installés contre la volonté populaire par la force des armes.
Devons-nous continuer, militaires, gendarmes, policiers et civils à purger la sentence d’un courroux divin du fait que nous cautionnons nous-mêmes, la survie d’un fléau que nous apostrophons paradoxalement tous comme le mal guinéen?
À quoi veut-on finalement, au-delà d’un bilan chaotique et d’une atmosphère de vie intenable, réduire le peuple martyr de Guinée qui gémit depuis près d’un quart de siècle sous le fardeau de l’oppression et de la misère noire en accordant le sursis au régime de Conté, que ce peuple a déjà renié de manière irrévocable et qui s’accroche désespérément avec les mêmes perspectives de génocide ?
De toute évidence, le cauchemar guinéen, tel un virus à la vie dure qui résiste à tout vaccin, ne semble guère disparaître malgré le courage titanique et les sacrifices en vies humaines consentis par le vaillant peuple de Guinée.
Un concours de circonstances non fortuites explique ce cauchemar par la reddition temporaire de ce peuple après 46 jours de résistance tenace contre les bourreaux de la mort. Apparemment l’opinion publique guinéenne qui ignorait les dures réalités des forces armées reprochait à celles-ci de n’avoir pas été solidaires de leur peuple en parachevant l’œuvre de ce dernier, du moins en l’accompagnant dans sa volonté de révocation clairement exprimée du Régime de Conté pour l’avènement d’une Guinée démocratique, libre, prospère et paisible.
Au fond et selon divers recoupements dignes de foi, c’est une armée profondément corrompue au sommet avec quelques grands officiers réfractaires à tout changement pour le bonheur de l’ensemble des Guinéens, une armée affaiblie, fracturée par Conté sur la base de la division ethnique et dépourvue d’armes, de munitions qui aura assisté, impuissante aux massacres sauvages et barbares de plus d’une centaine de citoyens innocents.
Ce remord déjà ressenti par nos forces militaires et paramilitaires dans leur ensemble témoigne, on ne peut plus, de leur prise de conscience face à leur devoir plénier, celui de la défense des citoyens contre tout régime politique de répression sanguinaire et de misère. Loin d’être trop tard pour bien faire, il est dès maintenant temps de relever ce grand défi historique.
Le peuple de Guinée est par tradition indulgent et tolérant, mais pas à tous les prix. Personne n’est et ne sera investi de son pouvoir pour avoir impunément droit de vie et de mort sur les citoyens.
Avec près de 200 morts et plus de 500 blessés, le sang des guinéens a trop coulé pour que les acteurs du changement militaires et civils laissent à Conté le temps de se préparer pour d’autres pires carnages. Rancunier, il en veut à l’armée pour sa passivité, sa retenue à n’avoir pas ouvert le feu sur les manifestants (raison d’ailleurs pour laquelle il s’était tourné vers la Guinée Bissau, ce pays d’une ingratitude devenue légendaire et les résidus de l’ancienne rébellion libérienne pour perpétrer avec un contingent de 23 000 mercenaires, l’odieux massacre de janvier) et aux civils pour l’avoir, selon ses propres termes, lancer le plus grand défi de son règne.
Que tous réalisent une chose, du reste certaine! Plus personne n’est désormais à l’abri de la colère de sa vengeance. Il faut dès à présent prendre «le taureau par les cornes» en s’attaquant de front, plutôt au personnage central et à son système.
La stratégie quant à la sortie de crise envisagée dès le départ par notre Inter-centrale syndicale avec le souci d’éviter au peuple de Guinée des bains inutiles de sang et qui consistait en la démission de tous les ministres de Conté et en la constitution d’un gouvernement de transparence dirigé par un Premier ministre toujours sous l’autorité de Conté et nommé par lui relevait d’une certaine sagesse et demeurait une des voies si de bonne foi, il s’était engagé lui-même à être partenaire du changement en négociant avec les leaders syndicaux.
Loin de renoncer à sa répression, à sa dictature, il opposera non seulement un refus catégorique à tout dialogue, à toute concession pour dénouer la crise, mais ira de surcroît jusqu’à proférer publiquement des menaces de mort à ses interlocuteurs en rappelant et en réitérant ses exploits sanguinaires : «j’ai déjà tué et je vous tuerai…»
Les revendications salariales ne tarderont pas alors à se transformer en vaste mouvement national de libération où, à bout de souffle, le peuple tout entier et dans toutes ses composantes, exprimera clairement au-delà de ces revendications de base et à travers des manifestations populaires sans précédent, sa volonté de mettre fin à son régime en exigeant son départ de la scène politique.
Après avoir réprimé dans le sang ces manifestations légitimes et réalisé que les données, sous la pression populaire ont changé en faveur d’une reconsidération des revendications priorisant son départ non négociable, Conté revient sur les termes de nomination par lui, d’un Premier ministre désormais dépassés de la négociation qu’il avait d’ailleurs refusée. Il assiégera dès lors et de manière intempestive les acteurs du changement, l’Inter-centrale syndicale et l’organisation de la société civile en l’occurrence par d’interminables appels pour un retour à la table de négociation, soit par le biais de personnalités politiques africaines, soit celui de ses ministres porte-parole autour de cette question de nomination d’un Premier ministre qui lui donne un sursis, une porte de sortie.
Contrairement à l’ONU, aux Unions africaine et européenne qui demandaient à ce que soit pacifiquement tenu compte de la volonté populaire, aucun de ces intervenants directs dans la crise guinéenne : religieux, chefs d’États voisins ou leurs délégations, n’ont par souci évident d’intérêt, suggéré à ce tyran de partir noblement par respect de la décision sans appel du peuple de Guinée exigeant sa révocation. La radiation des ministres est certes une étape dans le processus du changement, mais l’étape la plus cruciale et incontournable est la démission de Conté lui-même. Ses ministres ne sont que des marionnettes à lui, des exécutants d’un ordre établi. C’est plutôt lui, on l’a vu, qui donne le ton, le mot d’ordre et qui demeure la référence centrale en matière de vol, de détournement, de pillage et de drainage des richesses (argent, or, diamant) vers d’autres destinations, qui risquent de ne servir qu’à la prospérité de certains pays africains et au surdéveloppement de la riche Europe dont il faut se défaire au premier chef. C’est précisément par la tête que pourrit le poisson. Selon un adage populaire, «un gros et effroyable serpent venimeux décapité n’en devient ni plus, ni moins qu’une corde».
Quant à la nomination par Conté du Premier ministre Lanciné Kouyaté proposé à la fois par lui-même et l’Inter-centrale syndicale, elle pourrait bien être l’un des nœuds de la solution transitoire souhaitée. Il subsiste cependant à ce niveau, une grande énigme difficile à percer dès ce départ et dont la clef, à notre avis réside à la fois dans le respect, la gestion intransigeante d’un engagement patriotique et une résistance sans faille au démon de la corruption.
Une autre difficulté est cette fois liée aux habitudes autocratiques du chef. Au cours du quart de siècle que dure son règne, Conté demeure à la tête du pays en monarque, en maître absolu et ne fait aucune concession dans le partage du pouvoir. Ses collaborateurs directs, les ministres, sont des sujets à lui qui ne sont là que pour exécuter ses ordres et dont il manipule à volonté.
Aucun n’ose tenir avec lui un dialogue franc au risque de se voir rabrouer, frustrer ou prendre la porte. De comportement imprévisible, il leur administre presque quotidiennement l’humiliation qu’ils digèrent indignement au prix de leurs fauteuils plantés sur des deniers publics légitimés par Conté lui-même comme leurs propriétés. Par crainte de perdre cette fortune et des privilèges gratuitement dus, ces ministres, gestionnaires et autres hauts fonctionnaires préfèrent s’accrocher, monnayant un climat de collaboration empreinte de pire bassesse.
L’histoire politique de la Guinée ne retiendra seulement au cours des 23 ans de son règne, que la démission de trois de ses grands commis d’État sur plus d’une centaine qui rendront honorablement d’eux-mêmes leur porte-feuille : un Premier ministre, un secrétaire d’État chargé des Guinéens de l’étranger et un gouverneur de la Banque centrale.
Qu’en sera-t-il de sa collaboration avec Mr Kouyaté et son équipe?
S’il est pour l’instant prématuré de deviner l’issue de cette collaboration que nous souhaitons heureuse pour le pays, la psychologie de Conté imbu d’une culture autocratique sans borne, laisse très peu de place à sa cohabitation fructueuse avec un gouvernement intègre d’union nationale de transition, nanti de tous les pouvoirs et ayant pour mandat de préparer pacifiquement son éviction, son incontournable succession, son départ de la scène politique et la tenue d’élections saines sur des bases démocratiques. Il nous paraît aussi opportun de signaler un autre obstacle, une sorte de dilemme d’incidence majeure susceptible de nuire à la conduite de cette noble et urgente mission dans une certaine mesure.
Nous ne doutons nullement de l’engagement patriotique que nous créditons à Mr Kouyaté, un grand diplomate de carrière. Nous le soutenons et l’encourageons dans cet engagement. Il est cependant peu probable que cet éloquent quinquagénaire, très affable et d’une politesse irréprochable, puisse avoir les mains libres, contrarier Conté, remettre en question ses décisions et comportements de portées économico-sociales catastrophiques pour le pays; tenir durement front à celui dont il a été le choix et qui l’aura subséquemment plébiscité, enfin gérer convenablement les déconvenues tout azimut d’un mariage forcé et ambigu que représente cette cohabitation. Inversement, il sera de même épouvantable, voire impossible pour Conté qui se croit investi d’un pouvoir divin absolu avec toutes sortes de droits sur le citoyen, d’accepter, de passer de bonne foi son porte-feuille, de contenir le grand pouvoir désormais dévolu à celui qu’il considère comme lui restant devoir son ultime promotion. À la lumière de toutes ces observations, il n’est nullement pessimiste d’affirmant que la Guinée s’achemine inexorablement, avec cette nomination d’un Premier Ministre entérinée par Conté et fonctionnant sous son autorité, vers un véritable second cul de sac, un autre paradoxe bien étonnant aux grands et multiples risques de débordements spectaculaires non moins tragiques.
L’incontournable et imminent départ de Conté et de son régime de la scène politique guinéenne, préalable à l’unité, à la paix et à prospérité du peuple de Guinée
Si les observateurs étrangers peuvent développer un scepticisme quant au dénouement heureux de cette nouvelle situation de cohabitation en Guinée plutôt dominée par l’impasse, les citoyens de ce pays restent, dans leur majorité convaincus que Conté n’est nullement ce chef disposé à se faire la leçon par un gouvernement issu d’un coup d’État civil quoique légitime, qu’il considère à tort comme l’ayant usurpé son pouvoir, encore moins rendre noblement de son propre chef ce pouvoir au peuple qui le lui a confié et qui ne le présent plus crédible pour l’exercer en son nom.
Dans ce climat d’impasse où rien n’est ni plus, ni moins sûr, il est certain que le personnage central, ses cerveaux-pensants et son escadron de la mort déjà identifiés et qui le ceinturent à la Mobutu, un groupuscule d'individus sans compassion pour les souffrances et la misère du peuple de Guinée, constitué de civils, policiers, soldats, officiers supérieurs de l’État major des forces armées qui s’est fait distinguer par sa forfaiture cynique en versant le sang d’innocents guinéens, est en passe d’explorer et d’élaborer les stratégies plus sataniques allant de la division ethnique traditionnelle à la corruption, à l’orchestration de tensions sociales, à la répression directe et aux massacres.
Que ces individus sachent dorénavant que plus rien n’est et ne sera comme avant et que des gestes tyranniques de tortures, de tueries, de cruauté injustifiés, de génocide qu’ils posent et qui constituent des crimes contre l’humanité ne seront désormais tolérés, ni par les guinéens, ni par l’histoire, ni par la cour pénale internationale. L’ONU et toutes les instances des droits de l’homme sont déjà saisies et seront constamment rappelées et acculées à cet effet.
Des approches et dispositifs suggestifs pour une alternance pacifique
Au regard de ce nouveau contexte à la fois d’incertitude politique et d’inquiétude sociale que voile une apparente accalmie et qui augure des conflits d’intérêts en gestation aux conséquences tragiques imprévisibles, un certain réalisme devra sous-tendre le vaste et important programme du changement par la mise à jour d’une série de stratégies et d’actions prioritaires urgentes.
La première de ces stratégies condition du succès des autres est la renaissance d’un sentiment de compassion, la réconciliation, le rétablissement des liens de complicité, de confiance et de collaboration étroite entre un peuple et son armée hypnotisée face à ses devoirs par le démon de la division et de la corruption à travers la résistance d’une infime poignée d’officiers supérieurs relevant de l’État major contre le bonheur de tous les citoyens et partant contre celui de l’armée guinéenne dans son ensemble.
La complémentarité des efforts entre civils, corps militaires et paramilitaires s’avère indispensable dans la quête de ce bonheur commun. La récente reddition du peuple de Guinée après une résistance farouche et tenace contre les bourreaux de la mort vient éloquemment confirmer cette vérité axiomatique que si «le droit sans la force est impuissant, la force sans le droit est barbarie». Il n’y a donc véritablement d’ordre politique durable que celui qui crée cette symbiose dynamique en unissant dans une commune énergie, la volonté d’exercer le pouvoir émanant du peuple, la confiance et le soutien des gouvernés, entre autres ceux de cette catégorie vouée à la défense de l’intégrité territoriale, de la souveraineté nationale et gardienne des valeurs de paix.
Cette garantie obtenue, la seconde priorité serait, pour les acteurs du changement : armée, police, gendarmerie, syndicats, organisation de la société civile, partis politiques, organisations de femmes et de jeunes, de droit de l’homme, organisations non gouvernementales, confessions religieuses, médias, citoyens et citoyennes de s’accorder autour de ce pacte commun, celui de respecter et de traduire dans les faits à travers des approches pacifiques, la volonté unanime du peuple de Guinée clairement exprimée le 10 janvier 2007 et qui, au-delà d’un changement de gouvernement toujours sous l’autorité de Conté, demeure la libération du peuple de Guinée de son régime tyrannique avec son départ pure et simple la scène politique guinéenne.
Toutes les stratégies et gestes dans la perspective du changement devront être subordonnés à ce préalable incontournable. Étant donné la tradition institutionnalisée, légalisée et solidement enracinée de la corruption, du vol, du pillage des ressources du pays au détriment du peuple de Guinée, du chaos économique assorti de la misère des populations, étant donné la remise en question de la Loi fondamentale, de la séparation des pouvoirs constitutionnels (avec la résurrection du Part-État), de la garantie de l’alternance, de la protection des droits de l’homme et des libertés individuelles et collectives, le changement envisagé devra, à la fois être la solution à une situation de décrépitude économique, au rétablissement de l’état de droit et de la démocratie, à l’effondrement de l’État qui n’existe plus que de nom.
Au vu de toutes ces considérations, il gagnerait de procéder, conjointement à cette cohabitation de dimension parcellaire et aux issues incertaines, d’une approche plus globale pour opérer un véritable renouveau national d’ensemble. Des efforts louables ont certes été déployés, notamment par l’Inter-centrale syndicale guinéenne en posant de grands jalons depuis le sursaut, l’éveil de la conscience nationale face à l’oppression et à la misère jusqu’aux grandioses mobilisations populaires sans compter les sacrifices ultimes consentis par le vaillant peuple de Guinée. Mais convenons que notre pays, la Guinée, ressemble aujourd’hui à un être vivant infecté, profondément atteint dans tous ses organes et souffrant d’un état pathologique général inquiétant exigeant un traitement curatif inhérent à un changement radical.
En prévision de l’inefficacité plausible de la cohabitation en vigueur, des stratégies et dispositifs, pour hâter ce changement, pourraient être définis à l’intérieur de deux approches : la pression par la poursuite de la mobilisation populaire pacifique et la tenue d’un cadre de concertation nationale. Bien que sortant essoufflés, meurtris et traumatisés des dernières manifestations de revendication (grèves et marches populaires pacifiques), nous devrons, acteurs de changement, revoir pendant cette période de répit, à la lumière des ratées et sur la base de nouveaux atouts, nos stratégies et dispositifs pour poursuivre la lutte et conduire à terme le projet ambitionné.
Ces moyens de pression, légitimés, légalisés et protégés par toutes les chartes des droits et libertés, par toutes les constitutions à travers le monde, devront être réorganisés, encadrés et déclenchés le moment venu.
Dans cette perspective, les différents groupes d’acteurs qui ne devront guère perdre de vue le but final de cette lutte, celui de l’avènement d’une Guinée démocratique prospère et paisible sont appelés à assumer des responsabilités précises.
L’Inter-centrale syndicale, les chefs de partis politiques, les représentants de la société civile, les organisations de femmes, de jeunes, assistés des directions d’établissements scolaires et universitaires devront procéder à des meetings de sensibilisation pour que soient, de la part des manifestants, évités à l’avenir des actes d’attentat à la vie des personnes du reste sacrée, de vandalisme, de pillage des biens d’autrui et les destructions d’habitations et d’édifices publics qui font partie, après tout, du patrimoine bâti de Guinée. Ils veilleront aussi par la même sensibilisation, à prévenir, canaliser des dérapages tendant à dénaturer les manifestations pacifiques de revendication en tension à trame de fond interethnique à la grande satisfaction de Conté et de son régime. Les citoyens ne doivent laisser aucune place à la division, à la manipulation.
Avec la bénédiction de Dieu le Tout Puissant, la guerre civile qu’il a toujours savamment cautionnée n’aura pas lieu.
La grande nation guinéenne qui a jusque-là fait preuve de maturité en Afrique à travers l’unité de ses composantes ethniques régie par de profonds liens historiques d’origine, d’amitié, de bon voisinage et sous-tendue par le respect de la différence, saura désormais défier tous les agissements sataniques de division.
Il ne s’agit nullement, à travers ce mouvement, de guerre fratricide entre Soso, Fula, Maninka, Kpèlè, Kissi, löma, Mano etc. Il est plutôt question de revendication légitime d’un peuple au bonheur, à la liberté et à la paix, d’une véritable lutte de libération de la répression de la dictature et de la misère, que ni les corruptrices mascarades hâtives et circonstancielles de derniers moments, par des nominations de cadres qui ne seraient jamais pressentis à des postes stratégiques, par des distributions de grades à des militaires oubliés, ni des comportements théâtraux de solidarité avec des ravitaillements en vivres de la part d’un homme qui affame et appauvrit sans pitié les populations en drainant cyniquement récoltes et richesses de la Guinée vers d’autres pays, qui enrayeront cette lutte irréversible.
Avec l’avantage d’une plus grande liberté d’expression et de mouvement, les Guinéens de l’étranger sympathisants résidant dans les pays des cinq continents, outre leurs appuis financiers, s’apprêteront par des marches pacifiques à porter la cause du peuple de Guinée devant l’opinion, et les organisations internationales entre autres la CEDEAO, l’Union africaine, l’union européenne, l’ONU, la Haute Cours internationale de justice, l’Amnistie internationale ainsi que les gouvernements des pays épris de justice et de paix.
À la faveur de ces manifestations, les principaux acteurs du changement déposeront auprès de ces organisations une plainte contre le régime tyrannique de Conté en vue d’aider la Guinée en s’en débarrasser et de condamner tout exercice du pouvoir par la force des armés. Les médias locaux privés et mêmes publics avec ce retour d’hommes intègres, les sites internet guinéens s’empêcheront l’effort, (comme il avait été malheureusement constaté dans quelques cas lors des dernières manifestations), de participer de manière insidieuse à la propagande dissuasive de ce régime pour contribuer à la diffusion sans discrimination de toute réflexion ou action de nature à mobiliser les forces du changement.
Advenant une réédition du comportement obstiné de Conté avec l’appui d’un groupuscule de civils et de militaires qui l’auraient prêté allégeance à résister aux pressions intérieures et extérieures, tant de la part des Guinéens que de la communauté internationale, l’armée guinéenne qui ne s’identifie ni à ces bourreaux, ni à leur chef et dont on a maintenant presque la certitude qu’elle a réconcilié, recousu son lien ombilical avec le peuple, saura placer l’intérêt national au-dessus de la préoccupation insensée de défendre un régime de répression et de misère pour ce peuple meurtri et traumatisé en parachevant son œuvre, en démettant le Général-Président de son pouvoir imposé de monarque pour que soit enfin possible, la mise en place des nouvelles structures et instances de l’alternance démocratique.
L’autre alternative de la lutte serait d’envisager l’approche par large consultation. Le renouveau projeté, en raison de sa complexité, nécessiterait un espace national de concertation et d’échanges entre les Guinéens de différentes corporations, sensibilités et tendances que devront, sans tarder, préparer de commun accord l’Armée, l’Inter-centrale syndicale, la nouvelle Primature et l’organisation de la société civile.
Peu importe le vocable qui lui sera consacré. Il peut être dénommé Conférence nationale ou États généraux du changement ou de l’alternance démocratique et devra être placé sous la supervision des Nations-Unis. On y procédera objectivement et sans passion, au diagnostic de la situation en vue de décisions éclairées, tout en évitant de substituer ce grand forum où se profile l’avenir du pays à un procès public précoce d’intention.
L’objectif de ces États généraux serait double : réfléchir, élaborer dans une atmosphère consensuelle, les conditions de succès de cette alternance par la création d’instances et de structures susceptibles de la gérer efficacement sans complaisance, sans obstacles et restaurer la concorde entre civils et militaires pour plus de quiétude sociale en vue de faire aboutir ce grand et noble projet de promotion démocratique préalable indispensable au développement, à la justice, à paix et à la prospérité du peuple de Guinée.
Les fils de ce pays béni devraient s’entendre dans la quête du bonheur collectif et placer celui-ci au-dessus de la préoccupation de survie d’un régime qui n’a dédié à la Guinée, qu’humiliation, misère, indignité et répression. Leur territoire regorge non seulement de richesses fabuleuses, mais les ressources humaines qui l’habitent recèlent de valeurs d’excellence, de pacifisme, de compromis, de tolérance, de liberté, de dignité et de solidarité.
Cette Guinée qui, jadis a su témoigner de sa présence significative sur la scène internationale y demeure aujourd’hui malheureusement effacée par le fait d’une classe politique peu soucieuse de visibilité et d’honneur. Elle a servi, au début de la deuxième moitié du siècle dernier, de référence, d’avant-gardiste en Afrique pour avoir sonné le glas de la colonisation, apporté un soutien inestimable aux mouvements de libération, contribué efficacement à l’affirmation de la dignité et de la personnalité africaine ainsi qu’à la création de l’organisation panafricaine l’OUA.
Ses fils pourraient encore aujourd’hui, bien mettre à profit ces mêmes valeurs d’excellence, de compromis, de tolérance, pour faire d’elle, ce modèle rayonnant de pays démocratique, développé et de paix en renonçant à l’exercice aveugle du pouvoir par la force des armes, lui permettant ainsi de s’insérer honorablement et élégamment dans le concert des nations civilisées de ce 3ème millénaire. Tel est le grand projet national auquel toutes les composantes du pays devront souscrire, s’identifier en contribuant efficacement à son aboutissement.
Avec la déconfiture de l’appareil étatique, l’indifférence coupable, la complicité, l’implication nettement prononcée du législatif et du judiciaire dans cette déconfiture, en l’occurrence dans les débordements politiques, sociaux, dans les délits économiques impunis, dans la répression féroce ainsi que leur phagocytage par l’exécutif, aucune mutation qui se veut crédible et d’impact majeur dans la perspective de la réalisation de ce macro projet de société, ne peut faire l’économie d’un processus d’épuration structurelle systématique embrassant les plus hautes sphères de cet appareil.
Ainsi on pourrait circonscrire entre autres préoccupations clefs attendues des États Généraux de l’alternance démocratique fondés d’un pouvoir souverain : la proclamation de la suspension de la Loi fondamentale, de la dissolution de l’Assemblée nationale, de la démission du Président de la République assortie des mesures relatives à sa sécurité, celle des membres de sa famille parmi lesquels de nombreux innocents, de la démission du Président de la Cour suprême, l’institution d’un organe législatif qu’on pourrait appeler Conseil national supérieur de transition ou le Haut conseil de la République, la reconduction de la fonction de Premier Ministre, chef du gouvernement de transition et la création d’un poste de Vérificateur général chargé de veiller sur les banques, les finances et le trésor publics ainsi que sur l’utilisation des budgets et autres financements des départements ministériels durant la période de transition.
Étant donné les circonstances et le contexte relativement consensuel de sa nomination, le titulaire actuel du poste de Premier Ministre pourrait conserver son portefeuille s’il fait la preuve, au cours de son bref mandat (avant la tenue de la concertation nationale) qu’il n’a été impliqué dans une aucune corruption, malversation, de hautes trahisons envers l’État et s’il répond efficacement, en termes fonctionnels, aux prérogatives de départ, celles de la transition qui lui ont été assignées. Il en serait de même pour chaque ministre de son cabinet. Les forces militaires et paramilitaires patriotiques encadreront les mouvements du changement en neutralisant les nostalgiques.
Au-delà de cette avenue suggestive aux stratégies et dispositifs purement indicatifs, les panels des différentes commissions des États généraux de l’alternance, animés par d’éminentes ressources humaines allant des experts aux simples citoyens, produiront des outils plus exhaustifs consistants et raffinés qui donneront lieu, nous nourrissons fermement l’espoir, à des prises de décisions politiques courageuses permettant de traduire dans les faits la volonté de changement unanimement exprimée par toutes les composantes nationales pour une Guinée véritablement démocratique, libre, prospère et paisible.
Peuple de Guinée !
Acteurs du changement (forces militaires et paramilitaires, Inter-centrale syndicale, partis politiques, organisation de la société civile, organisation de femmes, de jeunes), médias, citoyennes et citoyens, la très proche réalisation de notre devenir radieux qui ne dépend que de nous et qui est bout de l’effort, de la persévérance et du devoir patriotique bien accompli nous interpelle tous de nous tenir debout, soudés comme un seul homme, la main dans la main, pour faire pacifiquement front à l’ennemi commun : la misère, la pauvreté, la répression, l’insécurité, la violation des droits et libertés que symbolise le régime tyrannique de Conté.
Pour relever ce défi, nous devrons, dignes fils du pays, sortir de la torpeur, de l’effroi pour nous engager en nous impliquant corps et âme dans ce combat libérateur. La vie de ceux qui sont partis et qui l’ont sacrifiée pour cette noble cause, ne vaut pas moins que la nôtre, nous qui sommes restés.
Nous devrons désormais résister aux tentations du démon de la division et de la corruption, nous départir des pulsions ethniques, fléau de l’unité et du progrès, nous élever au-dessus des intérêts personnels, de la passion et de l’euphorie qui caractérisent la plupart des élans de changement pour réorganiser, mener et faire aboutir avec maturité, réalisme et pacifisme la lutte de libération déclenchée par notre vaillant et laborieux peuple. Guinéennes et guinéens, nous devrons à cette fin, où que nous soyons et quels que soient nos profils et moyens, mettre nos énergies ensemble.
La modeste contribution inaugurale de notre corporation, dénuée de toute recherche de crédit politique et qui s’inscrit parfaitement dans les limites de sa vocation, répond à cette exigence de complémentarité en participant de manière inconditionnelle et sans réserve à cette lutte de libération. L’AGUIDEG, solidaire de toutes les organisations, de toutes les bonnes volontés soucieuses du devenir sociopolitique et économique de cette belle et riche Guinée, reste acquise à l’idée que la force et le succès, hier comme aujourd’hui, demeurent dans le réseau. Les fournis peuvent, lorsqu’elles se mettent ensembles, transporter un éléphant.
L’Alliance guinéenne pour la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance (AGUIDEG)
Le Président
Sékou Kaba
Pour www.nlsguinee.com