Guinée : L’impasse Guinéenne : ses enjeux, dangers et possibilités
05 septembre 2005
Après plus de Vingt (20) années d’immobilisme, de guerre de petits chefs et de luttes inter-clanique, la Guinée glisse irréparablement vers le chaos.
Malgré les petits gestes d’ouverture trompeurs, la libération des ondes, l’ouverture des routes politiques pour les leaders des partis de l’opposition et les élections communales en perspective, le climat politique et social du pays n’entrevoit guère d’optimisme ou de situation meilleure.
Le chaos et l’anarchie sont déjà là. L’administration est en faillite et le gouvernement est paralysé par des mesquineries personnelles et par la gourmandise dans le partage du gâteau guinéen.
Pour une fois encore, l’opposition a perdu la bataille avant même son début. Ses revendications sont maigres, insignifiantes et surtout sans impact sur la pérennisation du système rétrograde qu’incarne le Général Lansana Conte.
La libéralisation des ondes qui interdit aux partis politiques le droit de propriété donc par conséquent, ne pouvant convier son message est la plus grande insulte de l’année. C’est comme quelqu’un qui revendique d’avoir un bouche pour s’exprime mais que l’on donne une bouche dont la langue est coupée ou les lèvres sont cousues.
Dans les conditions actuelles du pays, ceux-là mêmes chargés pour organiser les élections, ne se butteront à aucun problème à arbitrairement manipuler ça et là les scrutins pour faire passer en premier tour leurs candidats préférés, contrairement à l’esprit et la lettre de la loi électorale.
Nous sommes convaincus qu’il y ait une systématique stratégie planifiée par le pouvoir clanique en place pour perpétuer cette dictature de type « Tom tom Macoute » en Guinée.
Ne soyons pas dupe !
Général Lansana Conte et son régime ne sont et seront jamais sincères dans l’instauration d’un système démocratique en Guinée. Ces gestes maigres et à compte goutte sont destinés à prolonger l’agonie et l’inertie de l’opposition guinéenne réputée être la plus bête du continent.
Des exigences son maigres et émaciées, et ses initiatives sont inefficaces et contre productives. L’opposition guinéenne et le pouvoir c’est comme un contrat de travail entre une personne alcoolique et un importateur de bière. A chaque fois que l’ivrogne fait des revendications l’importateur de la bière entre dans son immense magasin remplis de millions de caisses de bière, prend une ou deux bouteilles de bière et donne à son employé, qui immédiatement perd contrôle de ses revendications légitimes.
La tenue d’élections n’est pas une fin en soit et est loin d’être synonyme de démocratie.
Malencontreusement, au lieu de rectifier la situation de misère, de désespoir et d’incertitude par des actions fermes et rapides, le gouvernement militaro-mafieux la laissait se polariser et détériorer à l’extrême.
L’accomplissement les plus salutaires de Général Lansana Conte serait de rendre le tablier, un acte patriotique qui permettrait la formation d’un nouveau d’union nationale chargé de restaurer la confiance dans le projet démocratique en Guinée par des initiatives concrètes, empiriquement vérifiables. Cela renforcerait le prestige et la légitimité du nouveau gouvernement en lui attribuant une intention démocratique.
Toute possibilité de revitalisation du processus démocratique en Guinée — et d’un programme de libération politique et de développement économique —passe par une nouvelle coalition entre les diverses forces de la société du pays : paysans, travailleurs d’usines et du secteur service, les fonctionnaires, les membres des professions libérales, les intellectuels et créateurs artistiques, les organisations de femmes, les organisations civiques, les organisations dites «populaires», etc.
Le pire ennemi aujourd’hui, c’est la mesquinerie partisane et tribaliste de l’opposition actuelle, son refus de s’auto-démocratiser, son opposition à toute idée contraire à celle divine de leurs chefs politiques tribaux, et les réflexes revenchistes et revanchards qui sont les fondements du gouvernement de Général Lansana Conte.
Aujourd’hui, les guinéens n’ont que trois chois à faire :
• Etre invités—ou/et tentés—à joindre les rangs du gouvernement de Général Lansana Conte, gouvernement dénudé de ses principes d’origine, au crépuscule de sa mort mais toujours en réanimation vu le manque d’alternative crédible au sein de l’opposition.
• Soit militer derrière une «Opposition» stérile, retranchée dans ses vagueries personnalistes, ses rêveries nostalgiques, quand elle n’est pas simplement guidée par des velléités de vengeance ethnique.
• Soit, rester in hibernation politique dans un forfait total implorant une puissance divine qui miraculeusement transformerait la Guinée dans le sommeil des Guinéens en un paradis terrestre sans leurs contributions.
Cette tentation étant identifiée, il y a grande place en Guinée pour une opposition constructive d’autant que les Guinéens dans leur grande majorité, sont animés par les idéaux de la liberté, de paix, de bonheur et de la justice sociale.
Certainement, après deux décennies de pouvoir rétrogressif qui ont totalement évaporé dans l’air tout espoir de voir la fin de cette misère anthropophagique, les guinéens sont unanimes que Général Lansana Conte a joué le rôle immortalisé d’un tyran au lieu d’être un leader moderne, soucieux des besoins de son peuple.
Au lieu de voir la forêt et ses multiples arbres il a préféré simplement voir la longévité d’une seule branche de l’arbre.
Il a noyé et brisé les idéaux et aspirations de toute une nation pour satisfaire les intérêts mesquins et égoïstes d’une clique de malfrats.
En fait, à en juger par son style de gouvernance durant les vingt une (21) années de son règne despotique, et compte tenu surtout de la géopolitique ambiante, il ne faut attendre de rien extraordinaire du présent gouvernement; en tout cas pas dans le sens de la mise sur pied d’un gouvernement représentatif éclairé par les principes du droit et de développement national.
Au mieux, il gérera bien que mal la permanente crise politique et économique à l’instar du régime de Maréchal Mobutu Sesse Seko jusqu’au jour où l’abcès éclate et la poudrière s'embrase.
En outre, je n’insisterais jamais trop que l’essentiel se situe à deux niveaux : Non seulement l’actuel régime et son système doivent partir, mais aussi la praxis de toute une société pour changer la vie, pour donner à l’idéal de vivre une dimension de plénitude, voire de splendeur.
Double tentation, double péril
En effet, l’un des problèmes majeurs de la Guinée, c’est cette tendance à attendre un messie ou des miracles du gouvernement, aux dépens des potentialités de la société civile.
C’est l’heure aujourd’hui de renverser la vapeur—et les réflexes—et donner au pays les infrastructures sociales et économiques indispensables à son développement.
Après la longue succession de malheurs et de tragédies qu’a subie la Guinée durant ces dernières décennies, c’est bien irresponsable de la part de l’opposition de vouloir empirer la crise jusque vers l’abîme, en appuyant les fondements de leurs partis sur des bases ethniques, tribalistes ou régionalistes à un tel point qu’il est impossible de créer un minimum de consensus dans l’intérêt supérieur du pays.
Combien de fusions stériles avons nous vu depuis que les partis politiques sont formés en Guinée.
Étant l’un des pays les plus pauvres et démunis du monde, par la volonté consciencieuse et délibérée de nos dirigeants politiques, avec un très haut taux d’analphabétisme, d’érosion écologique, d’hémorragie émigratoire, de malnutrition et de mortalité infantile, tout projet politique sérieux pour la Guinée se donnerait comme priorité la solution de ces problèmes. Et non pas, comme on le voit maintenant, l’endurcissement des réflexes tribaux, l’amplification des passions dogmatiques, l’engloutissement dans la barbarie.
Comme on le sait, le lien entre le populisme, le culte de la personnalité et le fascisme est un lien qui mène directement à la catastrophe. Naturellement, l’autre péril, également redoutable, demeure la guerre civile, l’anarchie et le chaos total qui ouvrirons la voie au pillage féroce des nos ressources naturelles à l’image de l’ex-Zaïre ou le Cote d’Ivoire voisine.
Esquisse d’une solution
Face à l’actuelle impasse, ma proposition est la formation d’un « gouvernement d’Union Nationale de Transition » qui élaborera dans la bonne foi et l’esprit civique des propositions de négociation claires qui permettront une sortie de crise.
L’organisation d’élections libres et transparentes sous le patronage d’une « Commission Nationale Indépendante » permettrait l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement démocratiquement élu, donc représentant la majorité électorale du pays et l’émergence une opposition légale, respectueuse des stipulations de la constitution du pays, qui par ailleurs reconnaît l’alternance démocratique, c’est-à-dire le remplacement d’un gouvernement par un autre par des moyens démocratiques.
Si elle est présentée dans la bonne foi et le respect de l’autre, une telle Commission Electorale trouverait certainement un consensus dans la classe politique Guinéenne, excepté peut-être chez les irrédentistes ou obstructionnistes de la classe politique du pays.
Comme dit plus haut, la crise ne va pas simplement disparaître sans le départ de Général Lansana Conte. Il faut choisir entre plusieurs additionnelles années de crise, avec tout ce que cela implique en termes d’enfoncement du pays dans la misère, et une solution démocratique qui renforcerait les institutions nationales, donnant ainsi au pays une nouvelle chance de départ.
Tout n’est pas complètement perdu. L’espoir est permis mais il faut faire un demi tour décisif si nous voulons mettre la Guinée sur le chemin de l’espoir et de la stabilité politique et sociale. Ce serait une formidable révolution en elle-même s’il y est constitué un gouvernement qui respecte le processus constitutionnel et la force du droit et de la loi.
Cependant, ce dont le pays a peut-être le plus grand besoin aujourd’hui, c’est un nouvel héroïsme basé, non sur la guerre, la révolution, la résistance et les manifestations de masse, mais sur la construction d’une société moderne et développée, avec ses caractéristiques propres bien sûr, mais suivant les normes internationales reconnues. L’héroïsme d’État et de ses serviteurs sera évalué par le nombre d’initiatives prises pour faire avancer le pays.
Combien d’écoles qui sont bâties, de cliniques et d’hôpitaux qui fonctionnent, de familles qui ne peuvent avoir le luxe d’un repas par jour ou de chômeurs ?
En fin de compte, ce ne sera pas d’une initiative du gouvernement de Général Lansana Conte que viendra le changement de société tant souhaité, mais de la praxis collective de toute la société civile Guinéenne.
Ce changement salutaire viendra de l’émergence de toute une nouvelle classe d’hommes et de femmes pour qui, la fonction publique est importante non pas comme vaches à lait pour leur vanité personnelle, mais comme une noble vocation pour la défense du beau, du vrai, du bien et du juste.
Mamadou Diallo, MD
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