lundi 26 mars 2007
S’il est important et nécessaire d’interdire momentanément l’exportation et l’importation de certains produits agricoles, halieutiques et forestiers, il est également judicieux de faire la part des choses concernant la défense des producteurs guinéens de certains produits agricoles dont la consommation nationale est faible et généralement destinés à l’exportation. Il y a donc lieu d’opérer une identification rigoureuse entre ces produits en tenant compte du besoin réel de consommation de nos populations.
Il y a des produits dits de culture d’exportation qui ne peuvent être valorisés que par l’exportation.
Au niveau des fruits, ce sont : l’ananas et la mangue sont des produits généralement destinés à l’exportation et à la consommation locale. La mangue est une culturelle pérenne avec diverses variétés (au moins 70 variétés dans la parc à bois de Foulaya-Kindia). Chez nous, les variétés locales sont celles qui sont les plus prisées et, elles ne sont pas appréciées par le marché extérieur donc inexploitables. Par contre les variétés colorées et dites floridiennes sont appréciées par le marché extérieur et la Guinée en regorge malgré quelques problèmes de qualité.
Le ministère de l’Agriculture pourrait identifier ces variétés en concertation avec les organisations d’exportateurs de fruits et autoriser leur exportation. Il faut noter que chaque année, ce sont des centaines des milliers de tonnes que perdent les producteurs guinéens faute de débouchés et de preneurs. Nous connaissons un gros déficit d’exportation par rapport aux pays voisins comme le Sénégal, Le Mali et la Côte d’Ivoire (devenu premier pays exportateur de mangue et, bien sûr, d’ananas en Afrique). Il faut rappeler qu’un grand volume de mangues guinéennes est exporté sous le label mangue de Côte d’Ivoire. Quelle hérésie.
Au niveau des oléagineux, ce sont : le coco et autres noix d’anacarde qui ne sont pas très consommés par les guinéens et dont les excédents peuvent être exportés sa ns gênés aucunement le ravitaillement des ménages. Concernant le cas spécifique de l’anacarde, elle est destinée exclusivement à l’export alors, ce serait un non sens économique de pénaliser les producteurs de ce produit.
Aujourd’hui, des tonnages importants s’accumulent déjà dans les zones de productions comme à Boké où existe un stock conséquent. Il faut noter que la plupart des guinéens se sont engagés dans cette production pour son prix rémunérateur sur le marché international.
Quant aux noix de coco, en dehors de sa très faible transformation en huile et de consommation de plus en plus réduite (en frais, en gâteau,…), on constate souvent d’importantes pertes dans les zones comme Boffa, Koba, Boké, Kabback etc.
Actuellement, il semble qu’une importante quantité de noix (entre 23 000-25 000 noix soit environ 1 000 tonnes) sont entrain de pourrir dans la seule zone de Boké.
Au niveau des tubercules, c’est le cas de : la pomme de terre, … dont la production est excédentaire du fait d’une faible consommation due aux habitudes alimentaires. Il pourrait être de même de la patate douce qui est un produit de substitution à la pomme de terre. Parfois, ce produit regorge sur le marché et son exportation vers les pays voisins comme le Sénégal ne serait pas une mauvaise chose. Il suffit simplement que le ministère de l’agriculture et du Commerce conjuguent leurs efforts pour une régulation judicieuse du marché.
A cet effet, la création d’une banque de données du type PNASA et ACA est nécessaire. Par contre le manioc doit être frappé d’interdiction d’exportation (surtout sec) du fait de sa forte consommation et habitude alimentaire notamment pour la préparation de divers plats locaux.
Au niveau du café-cacao : produits d’exportation par excellence, il est inutile d’insister sur ce cas.
Concernant les produits forestiers, leur interdiction doit être maintenue surtout qu’on assiste à des coupes anarchiques dans n os forêts sans compter que la plupart des contrats de concession forestière ont été faits dans des conditions scabreuses. Il y va aussi de la sauvegarde de notre écosystème en dehors des besoins locaux en bois. Le secteur a besoin d’être moralisé et une attention particulière doit être accordée.
Au niveau des produits halieutiques notamment du poisson, la question mérite une forte réflexion car, de nos jours, le poisson devient de plus en plus inaccessible aux ménagères. Il faut noter que le poisson est un produit essentiel dans la consommation nationale. Par ailleurs, la question des fruits de mer devrait faire l’objet d’une autre appréciation.
Dans ces conditions, il est ABSOLUMENT nécessaire que le Décret d’application tienne compte de ces spécificités afin de permettre aux producteurs et exportateurs de valoriser les produits qui seront ciblés et leur éviterait des pertes importantes de nature à mettre en péril la production de ces spéculations agricoles. Une question non moins importante est celle de l’importation des intrants agricoles qui font cruellement défaut aux paysans guinéens. Il faudrait aussi se pencher sur la question de leur acquisition à des prix concessionnels aux paysans. La chambre d’agriculture devrait y songer car, l’agriculture est un levier essentiel de développement de notre pays.
Dans l’espoir que le nouveau gouvernement notamment le Premier ministre prendra très rapidement les dispositions nécessaires pour mettre le secteur agricole dans les meilleures conditions afin, d’améliorer sa productivité et encourager et freiner l’exode rural par une juste rémunération des produits.
Dans l’attente pressante de la publication d’un arrêté d’application réaliste qui tiendra compte des éléments ci-dessus cités, nous espérons qu’une attention particulière sera accordée au secteur agricole notamment à la levée des contraintes liées à ce domaine d’activité.
A suivre………
Le 26.03.2007
Par Malick Condé
Président du REFLEG (Regroupement des Exportateurs de Fruits et Légumes de Guinée)
Pour www.nlsguinee.com