vendredi 16 mars 2007
« La bonne gouvernance doit se traduire dans les actes de nos fonctionnaires et ministres, du premier au dernier d’entre eux. Cela passe par une véritable communication sur les dessous de tous les dossiers portant octroi des marchés publics à des groupes particuliers… »
Les guinéens discutent de la formation de leur nouveau gouvernement !
La presse privée se délecte de croustillants détails et faits divers en occultant parfois les véritables enjeux sur la crise que traverse la Guinée !
Les populations sont gagnées par une espèce d’euphorie suite à la nomination d’un premier ministre sans que l’on ne sache vraiment ce qu’il compte faire pour rendre la démocratisation du pays irréversible !
Les applaudissements et remerciements font légion comme si nous avions tous oublié ces pratiques d'antan qui ont mis sur un piédestal une certaine révolution qui ne tarda pas à nous faire boire de la quinine !
Certains intellectuels se taisent car ne voulant pas trop prendre de risques susceptibles de trahir leurs positions !
D’anciens serviteurs du régime guinéen en perte de vitesse courent à la recherche d’une nouvelle virginité au point de défier tout le monde sur leurs magouilles d’antan !
Que chacun se rassure car les cartes seront bel et bien mises sur table et chacun aura l'occasion de dire qui a fait quoi en Guinée !
En attendant des enquêtes indépendantes et un jugement équitable, personne ne peut défier les guinéens au point de leur interdire d'avoir une opinion sur la mauvaise gouvernance et les détournements de fonds qui ont eu lieu chez nous.
Le jugement des guinéens n'est pas hâtif, il est tout simplement politique car les ciminels économiques d'hier et d'aujourd'hui n'ont pas renoncé à jouer des rôles de premiers plans malgré leurs carrences notoires en matière de gouvernance et de probité intellectuelle et morale.
Quand-est-ce allons-nous comprendre que nous sommes les principaux responsables de ce qui nous arrive ?
Quand-est-ce allons-nous bannir notre complaisance intéressée à l’égard de ceux qui sont chargés de s’occuper des biens publics ?
Quand-est-ce que nous allons cesser de nous comporter en véritables valets de ceux qui sont censés sortir notre pays de sa misère actuelle ?
Quand-est-ce que les guinéens mesureront-ils les dégâts causés par leurs fils qu’ils ne cessent d’applaudir ?
Depuis des années notre pays traverse une crise interminable, crise essentiellement due aux pratiques allant de la mauvaise foi des autorités en la gouvernance politique et socio-économiques du pays jusqu’aux différentes interprétations faites par une certaine presse de ces pratiques hautement condamnables…
Lorsque la propagande officielle distille des mensonges pour se pérenniser à la tête du pays, c’est quelque chose qui ne surprend personne. Par contre, lorsque la presse privée cesse de s’occuper des dossiers importants en se focalisant sur des détails et autres fantasmes d’anciens et nouveaux acteurs de notre déchéance politique et socio-économique, nous avons du mal à saisir le sens d’une telle pratique.
Pour causes : la grogne sociale vient d’accoucher d’un compromis qui semble obtenir l’approbation de nos compatriotes même si quelques voix discordantes commencent à se faire entendre. Le rôle de la presse guinéenne en ces moments difficiles n’est pas d’accompagner aveuglement ce processus mais plutôt de chercher à informer nos compatriotes sur ce que certains tentent de nous faire oublier.
En effet, interrogeons par exemple le nouveau premier sur l’état de délabrement de l’économie guinéenne. M Kouyaté a suffisamment eu le temps de comprendre dans quelle situation se trouve les caisses de l’Etat. Il peut ne pas répondre à cette question mais n’est-ce pas le rôle de la presse de chercher à éclairer l’opinion sur ce sujet ?
Il est important que nos compatriotes sachent une fois de plus que l’économie du pays est en faillite. La seule chose qui nous permet de tenir quelques temps encore c’est l’ensemble de nos potentialités en ressources naturelles. Si le bradage de ce patrimoine ne date pas d’hier, il se poursuit de plus belle.
Ce qui soulève l’épineuse question de l’octroi des marchés publics en Guinée dans tous les secteurs d’activités (primaire secondaire et tertiaire) !
Pour combler les trous béants de nos caisses et démarrer sur de nouvelles bases avec l'éternel appui des bailleurs de fonds, le président et son premier ministre ont cruellement besoin de financement à court terme. Cela doit-il se faire pour autant dans la précipitation ou dans le secret absolu ? Absolument pas !
Il y a quelques jours nous annoncions la signature imminente d’un contrat entre France Telecom via un de ses tentacules africains (Sonatel) et l’Etat guinéen. Loin de nous l’idée de récuser un tel contrat même si nous nous demandons pourquoi la partie guinéenne ne s’explique pas via communiqué de presse ou sous toute autre forme sur ce dossier ?
L’on se rappelle tous du tintamarre médiatique sur l'affaire de la quatrième license téléphonique GSM avec des procès d’intention étalés à la place publique. Bref, une véritable guerre des tranchées qui opposât le ministre de tutelle de l’époque M. Jean Claude Sultan et son premier ministre d'alors M Cellou Dalein Diallo sur ce dossier qui suscitait déjà toutes sortes de convoitises...
Alors pourquoi et comment France Télécom via sa filiale Sonatel est-elle entrée sur le marché guinéen ? Qui a signé cet accord ? Nos deux Lansana ou bien le ministère de tutelle qui vient d’être dissout par décret ? Pourquoi avoir signé cet accord en catimini et dans la précipitation ?
Le premier ministre M Kouyaté a récemment interdit toutes dépenses aux ministres et directeurs généraux, nous dit-on. Le communiqué tel que lu à l’ORTG se présentait ainsi : « Il est désormais interdit aux ministres et directeurs généraux de faire des dépenses et sorties d'argent jusqu'à nouvel ordre… » Une façon peu orthodoxe d'admettre que les caisses de l'Etat sont vides ! Le même Communiqué poursuit : « Désormais, toutes les dépenses doivent passer par le Premier ministre. Le ministre de l'Economie et des Finances est invité à faire un rapport détaillé sur les encaissements et les décaissements. »
Ainsi donc la présidence et la primature communiquent bien quand-il s’agit de distraire nos compatriotes ! Pourquoi n’a-ton pas fait état des négociations qui couvaient entre la présidence, la primature et France Telecom via Sonatel ?
France Télécom a annoncé hier l’extension de sa présence en Afrique (Guinée-Bissau et Guinée) par l’intermédiaire de deux opérations effectuées par Sonatel, sa filiale sénégalaise détenue à 43 %.
« En Guinée, Sonatel a racheté la licence mobile anciennement détenue par l’opérateur Spacetel, pour une durée de 15 ans renouvelable. A l’issue de cette opération, Orange Guinée sera créée avec pour ambition de débuter son activité commerciale avant la fin de cette année… » a indiqué le communiqué de presse.
Si l’annonce a été faite par France Telecom sur la durée du contrat (15 ans) renouvelable, nous ignorons le montant et toutes les clauses de cette transaction.
La bonne gouvernance impose aux autorités guinéennes de faire une annonce claire et nette sur cette transaction. Au lieu de cela, on nous distrait sur la formation du futur gouvernement.
L’enjeu n’est pas la formation du nouveau gouvernement mais plutôt les véritables actes que ce futur gouvernement sera amené à poser. Malheureusement, les pratiques opaques ne sont pas prêtes de s’estomper dans la mesure où les réalités économiques du pays sont volontairement tues pour ne pas créer une nouvelle psychose en plus de l’échec de la démocratisation du pays.
Les lobbys qui ont contribué et facilité la nomination de M Kouyaté contre le jeune et initialement favori M Béavogui, attendent naturellement « un retour sur investissement ». La somme de cent milles (100.000,00) euros que la France a octroyé aux familles des victimes n’est en rien comparable à ce que France Telecom via Sonatel raflera en Guinée dans un avenir proche.
Telle est la réalité, ne pas le dire publiquement serait tout simplement malsain et alimenterait toutes sortes de spéculations. Il appartient au premier ministre Kouyaté de s’outiller de manière efficace contre ces pratiques douteuses s’il veut mériter les applaudissements naïfs qui ont salué sa nomination.
Nous demandons en effet à M Kouyaté du résultat concret dans ses démarches en tant que premier ministre. Les théories et propagandes officielles doivent appartenir au passé si nous voulons réellement nous en sortir. Il ne sert à rien de faire des décrets tous les jours pour changer Paul par Pierre ; ce sont plutôt les mauvaises pratiques qu’il faudrait rendre obsolètes.
Autre exemple, le président de la République a décidé unilatéralement de tripler les soldes des militaires. Cela aura forcément des répercussions budgétaires qui rendront le redressement économique assez difficile si la monnaie n’est pas réellement soutenue. Il faudra bien trouver des financements pour honorer une telle décision.
Nous devons par ailleurs mettre rapidement cartes sur table, poser la problématique de l’octroi des marchés publics avec transparence car il n’y a aucune raison que l’on octroi une License d’exploration pétrolière sur toute la côte guinéenne en offshore par exemple à une seule Compagnie... Ceci reste valable pour toutes les autres explorations et exploitations minières, forestières et halieutiques.
Ce sont là des problématiques qui doivent intéresser la presse guinéenne et les guinéens en général. Il y va de la crédibilité et de l’intérêt de nos compatriotes et de notre pays en général.
Tous pays ou investisseurs qui désirent s’installer en Guinée doivent le faire dans la transparence en prenant en considération l’intérêt national. Le code des investissements est là pour le rappeler ; et surtout la bonne gouvernance politique et socio-économique impose un droit de regard de nos populations sur l’ensemble des décisions concernant notre pays.
La seule exigeance politique qu’on est aujourd’hui en droit d’attendre du nouveau premier ministre M Kouyaté, c’est la mise en place d’une équipe gouvernementale qui faciliterait l’instauration et l’efficacité d’une commission électorale indépendante pour les futures échéances électorales.
Il faut que l’exécutif piloté par "le duo des Lansana" puisse s’abstenir de nuire aux deux autres pouvoirs (législatif et judiciaire). Dès que la nouvelle équipe gouvernementale sera pleinement installée, un décret portant inscription à l’ordre du jour de l’actuelle assemblée nationale sur "la problématique de la révision des listes électorales, le financement des partis politiques, etc." doit être rapidement signé par Lansana Conté. Ce décret permettra d’ouvrir la voix aux prochaines législatives dont la transparence est plus que vitale pour la stabilité de la Guinée.
Nous estimons enfin que le premier ministre Lansana Kouyaté et son équipe gouvernementale n’auront pas de répit et le temps nécessaire pour redresser l’économie guinéenne avant la tenue des législatives. Et rien ne garantit une victoire d’un PUP impopulaire lors de ces élections !
Le parti (ou coalition de partis) vainqueur des prochaines législatives devra officiellement former son gouvernement avec ou sans la volonté d'un PUP loin d’être en position de gagner cette consultation sur fond de défaite de ce parti au pouvoir depuis belle lurette…
A moins que M Kouyaté ne soit présenté par un parti (ou une coalition) politique, nous ne pensons pas qu’il puisse demeurer premier ministre au-delà des législatives surtout si la victoire revient à un parti (ou coalition de partis) de l’opposition.
C’est en cela que nous pensons que les partis prendront un risque énorme en participant à l’équipe gouvernementale de M Kouyaté. C’est un piège tendu par les tenants du pouvoir qui en profiteront pour repousser les législatives et asseoir ainsi leur mainmise sur l’appareil étatique. Mainmise qui a été remise en cause par les récentes protestations de nos populations.
D’autre part, si la participation au gouvernement Kouyaté permet aux partis politiques de mieux contrôler le processus électoral, pourquoi pas; même si cela relèverait de l’exploit car à ce que nous sachions, le nouveau Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité sera chargé de superviser les élections. Ministère que Lansana Conté s'empressera de confier à un de ses proches lieutenants.
Toute cette agitation du moment doit aider le pays à organiser rapidement d’élections législatives transparentes pour permettre à la politique de retrouver ses lettres de noblesse.
Le respect des voix des électeurs est la seule façon d’organiser une transition politique douce en Guinée !
Mr Ly Elhadji Baila, Zurich, Suisse
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Membre de l'Equipe d’Analyse et de Réflexion « Neoleadership »
Contacts: elhadji@nlsguinee.com (ou bien) neoleadership@gmail.com