jeudi 15 mars 2007
A la suite de l’insurrection nationale du peuple de guinée des mois de janvier et février exprimant son ras-le-bol et demandant le départ pure et simple de Lansana Conte, une solution taillée sur mesure semble être trouvée. Il s’agit de la nomination d’un Premier Ministre dit de “consensus” et la suspension de la grève des syndicats.
Depuis, les enthousiastes se leurrent et crient haut et fort “VICTOIRE”.
Quelle victoire? Celle de la carrière politique de Mr. Kouyaté? Ou encore, la publicité des leaders syndicalistes? Qu’est ce qui a réellement changé depuis cette nomination ?
A notre avis, le statuquo est toujours là. Lansana Conté, certes humilié, est toujours aux commandes. Il a d’ailleurs triplé les salaires des militaires qui ont massacré les civils non armés, violé des filles et des femmes, volé les biens des citoyens. Il y a toujours des séquestrations qui continuent sur toute l’étendue du territoire national. Les personnes arrêtées pendant la grève sont toujours en prison.
Il n’y a toujours pas de commission d’enquête internationale indépendante sur les massacres et viols perpétrés contre les populations guinéennes par les militaires, bérets rouges, gendarmes, et policiers.
Pourtant, l’ONU, l’Union Européenne, et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, l’ont déjà exigé. Le nouveau promu à la primature, à défaut de dire qu’il n’y aura pas la chasse aux “sorcières”, ne s’est toujours pas prononcé sur la question.
Quelle “VICTOIRE”?
S’il y a réellement victoire, elle est celle des syndicalistes, de Lansana Conté, de Henriette Conté, et de Lansana Kouyaté, mais pas celle du peuple de guinée. La victoire du peuple c’est le départ pure et simple de Lansana Conté, la rupture complète avec le passé, la traduction des commanditaires et auteurs des crimes lors de la grève devant un tribunal pénal international de justice, la reforme profonde de l’administration, de l’armée, de la gendarmerie, de la police, des institutions de la république, de la loi fondamentale; la création d’une commission électorale indépendante, la tenue des élections législatives et présidentielles libres et transparentes.
La réussite de Lansana Kouyaté dépendra de lui même
Le peuple a déjà fait ce qu’il peut. Il a consenti des sacrifices immenses en fonçant droit aux « canons de la mort » de Lansana Conté et ses sbires. Les martyrs sont tombés sous les balles meurtrières des soldats ennemis du peuple. Les jeunes hommes et jeunes femmes désœuvrés et meurtris ont pris le flambeau de la résistance pour exiger le changement au prix de leur vie pour la postérité.
Voila mes héros, mes héroïnes, les héros et héroïnes du peuple de guinée.
A la suite de cette résistance accablante, les syndicalistes scandent la victoire et passent sous silence les crimes contre l’humanité commis durant ces événements douloureux.
A notre avis, les sacrifices du peuple ne sont pour la création d’un poste de Premier Ministre mais plutôt pour obtenir le changement. Ceci doit être clair non seulement pour Lansana Kouyaté mais aussi pour les syndicalistes.
La réussite de Lansana Kouyaté dépendra de l’interprétation qu’il fera de sa nomination à la primature.
S’il pense qu’il a été choisi parce qu’il est plus beau, intelligent, ou instruit que Eugene Kamara, Mohamed Béavogui ou Saidou Diallo, nous irons droit à un nouveau fiasco à la suite de duquel il perdra toute crédibilité devant le peuple de guinée.
Par ailleurs, s’il accepte avec humilité et abnégation ce choix “consensuel” comme étant la volonté du peuple, et un défi à relever, et en conséquence, il agit pour satisfaire la volonté et rien que la volonté populaire, tout le peuple sera avec lui et l’accompagnera jusqu’à la victoire finale, c’est-à-dire au rétablissement total de l’ordre républicain dans le respect des principes démocratiques.
La volonté populaire, comme je l’ai déjà dit plus haut, est la rupture totale avec le passé, l’isolement total de Lansana Conté et son clan dans la gestion des affaires de l’administration, la restructuration de l’armée, de la gendarmerie, de la police, la révision totale de la loi fondamentale, le renouvèlement des institutions de la république avec des hommes nouveaux et crédibles, la création d’une commission d’enquête internationale et indépendante sur les massacres et viols survenus durant la grève, le renouvèlement du corps diplomatique avec des hommes crédibles et responsables, l’amélioration des conditions de vie des populations avec la restauration immédiate de l’eau et de l’électricité a Conakry et dans d’autres villes du pays, la tenue des élections libres et transparentes au plus bref délai.
Par Alpha Diallo
Président de ThinkTankGuinee
Vienne, Autriche
Pour www.nlsguinee.com