vendredi 09 mars 2007
Guinéennes et guinéens, nous venons d’être témoins de l’une des plus grandes barbaries qu’un peuple puisse connaître en ce début du 21 ème siècle. Ça aurait pu être vous comme moi, mais le Grand Guide à fait que ce soit eux aujourd’hui. Que leurs âmes reposent en paix et que le Tout Puissant les accueille dans ses merveilleux jardins du paradis.
Cet héroïsme et ce sacrifice dont nos frères et sœurs, parents et ami(e)s ont fait preuve lors des journées des 17 et 22 janvier 2007, sont à saluer hautement et à ne surtout pas oublier.
Aujourd’hui, nous avons tous un DEVOIR de mémoire et de JUSTICE envers nos frères et sœurs qui ont succombé lors de ces ignobles répressions.
Il faudrait quand même reconnaître que ce fut un lourd sacrifice, que celui qui a permis au peuple de Guinée, non seulement, de clore un chapitre qui ne finissait d’ennuyer de par l’obscurantisme cultivé durant les deux premières républiques ; mais aussi, d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la Nation guinéenne.
Quel nouveau chapitre ! Que celui dont le peuple de Guinée vient d’introduire de la manière la plus sanglante et symbolique possible.
Très chers compatriotes, il est tout à fait normal, après cette courte et rude épreuve anesthésique, que les populations guinéennes nourrissent un « faux doute » et un « faux espoir » quant à la démocratisation de la deuxième république.
Inutile de jouer au myope et de se voiler la face car la véritable problématique de ce nouveau chapitre est bien claire : « il suffit juste de prendre position par rapport à ce qui vient de se passer sous nos yeux » :
o Soit nous faisons de la justice notre cheval de bataille et le fondement de la prochaine République ;
o Soit nous optons pour la négation des crimes perpétrés par la deuxième république en échange d’une dualisation fictive du pouvoir exécutif ;
Si nous optons pour la négation et tolérons des crimes perpétrés par le Général Lansana Conté et ses hommes
Dans ce cas, la nomination d’un super ministre peut être considérée comme une fin. Ainsi, nous assisterons tous à la fabrication de la prochaine dictature qui nous appellera à payer encore plus chère nos droits et notre liberté.
Autrement, en optant pour la négation et la tolérance des crimes, nous aurons commis une immense faute collective qui est celle d’avoir préféré encore une fois « la politique-politicienne à la Justice ».
Par contre, si nous décidons de faire de la justice notre cheval de bataille, alors nous aurons choisi d’honorer et de continuer la lutte que nos martyrs ont initiée
Ceci en faisant du chapitre qu’ils nous ont légué, celui de « la construction d’une Troisième République Juste et assise sur la base du respect des Droits de l’Homme, de l’Etat de Droit et de la Solidarité », gage de tout développement durable sur nos terres ;
Dans ce cas, la nomination de Mr Kouyaté comme “super ministre” ne devrait en aucun cas être considérée comme étant une fin, mais plutôt un début de vérité et de solution que nous devons coûte que coûte consolider.
Nous profitons d’ailleurs de cette petite occasion pour saluer hautement, au nom de toute la société civile et de la jeunesse guinéenne, les centrales syndicales pour l’effort héroïque dont elles font preuve ; par la même occasion, je tiens à féliciter personnellement Mr Kouyaté, non pas pour le fait qu’il a été proposé par les centrales syndicales et choisi par le chef de l’Etat, mais surtout pour le fait qu’il ait de la conviction quant au redressement du pays.
Cependant, comme l’affirmait Félix Leclerc : « Vérité et Réalité ne sont jamais d’accord, et Vérité ne gagne pas souvent ».
Alors, la vérité nous amène à croire et à espérer qu’avec la nomination d’un super ministre, Mr Kouyaté, plus rien ne sera comme avant car, avec sa fiche de mission, nous aurons un gouvernement de large ouverture capable d’engager les réformes nécessaires pour répondre aux attentes des populations guinéennes.
Mais, la réalité nous amène à être conscients que, même avec la plus grande vigilance des syndicats, d’autant plus qu’ils ont déjà affirmé que Mr Kouyaté est le leur, en jetant cet homme consensuel entre ces loups affamés, bien sûre que des reformes seront engagées, mais soyons convaincus que jamais elles n’aboutiront.
Ce n’est pas pour être pessimiste, mais si jamais Mr Kouyaté et son cabinet n’arrivent justement pas à disposer du pouvoir nécessaire pour aller au bout, comment allons nous y remédier ?
o Allons-nous encore une fois organiser des grèves générales pour paralyser toutes les activités ?
o Allons-nous encore une fois prendre la rue et jeter le peuple dans la bouche des canons ?
o Allons-nous encore une fois opposer le peuple et son armée ?
Je devine que oui ! Car les bons résultats escomptés, après 250 morts et plus 1000 blessés, nous amènent à croire que la rue est devenue le moyen d’expression et de conquête de droits le plus efficace de la population guinéenne.
Très cher(e)s compatriotes, il est évident qu’« aucune grande cause dans l’histoire du monde n’a triomphé sans effusion de sang », mais il est préférable que l’effusion de sang soi l’exception et non la règle en Guinée.
o Le peuple de Guinée n’a vraiment plus besoin de prendre la rue ;
o Le peuple de Guinée n’a vraiment plus besoin d’affronter des milices armées ;
o Le peuple de Guinée n’a vraiment plus besoin de verser encore et encore du sang ;
o Aujourd’hui, le peuple de Guinée à surtout besoin de justice, de stabilité, de sécurité, de croissance, de pouvoir d’achat, d’épanouissement et de démocratie ;
o Pouvons-nous garantir cela à cette souffrante population guinéenne ?
Très cher(e)s compatriotes, c’est justement à ce niveau qu’il est nécessaire de distinguer « Partage de pouvoir et Séparation des pouvoirs ».
La nomination d’un super ministre et la formation d’un gouvernement de large ouverture est un grand pas vers le respect des revendications syndicales, mais il est très important de saisir que Mr Kouyaté et son cabinet ne font que partager le pouvoir exécutif avec l’armée qui, quant à elle, dispose encore de la totalité du pouvoir judiciaire et du plus symbolique pouvoir du peuple (le Pouvoir Législatif).
Donc, c’est moins à une séparation des pouvoirs qu’à un à un partage du pouvoir exécutif que nous avons à faire. Ce qui me fait énormément de peine pour cet homme de consensus.
Imaginons un peu, que la Prospérité se trouve au sommet d’une très haute montagne en cascade ;
Et que tout un peuple en manque, arrive à dénicher son meilleur grimpeur pour le mettre au pied cette immense montagne ;
Puis, que tous s’arrêtent, le regardent, l’acclament et l’applaudissent en scandant : Prospérité ! Prospérité ! Prospérité !
Le grimpeur étant bien conscient qu’au sommet de la montagne, au près de la prospérité, des lâches s’y reposent et seront toujours prêts à lui jeter des pierres dès qu’ils s’approchera.
Très cher(e)s compatriotes, voilà où nous en sommes aujourd’hui.
Les meilleurs grimpeurs ont été dénichés, le chantier est prêt, mais si nous voulons que Mr Kouyaté et son équipe arrive au sommet de la montagne, afin de décrocher cette prospérité pour le peuple de Guinée, nous n’avons plus qu’à empêcher les lâches qui se cachent au sommet de jeter des pierres aux grimpeurs.
En quelque sorte, le seul espoir de voire l’équipe Kouyaté arrivée au bout du sommet sans qu’il n’y ait davantage de grèves répétitives et de répressions sanglantes, est d’assurer, non pas un partage, mais plutôt, une séparation bien claire des pouvoirs en Guinée.
C’est à ce niveau que, au nom de la jeunesse et de la société civile guinéenne, nous appelons à la mobilisation nationale et à l’union sacrée : l’Armée Nationale, le futur Gouvernement de large ouverture, l’Opposition Politique et la Société Civile (y compris les syndicats). Ceci afin de s’inscrire dès maintenant pour une transition négociée permettant :
1. D’assurer une certaine stabilité pouvant permettre le démarrage des reformes économiques et sociales nécessaires à la création de richesse en Guinée ;
2. D’établir un calendrier pour une séparation progressives des pouvoirs en Guinée ;
3. D’établir un calendrier pour un retrait progressif de l’armée du pouvoir pour l’horizon 2010;
1-Assurer une stabilité nécessaire pour engager les reformes
Il faut tout d’abord signaler que un gouvernement de large ouverture ne veut en aucun cas dire gouvernement de figuration, mais plutôt un gouvernement de technocrates capables de tenir leurs objectifs ;
Puis, il serait très important qu’il y ai un accord de stabilité entre gouvernement et syndicats pour une période allant de 6 à 12 mois, afin de permettre à l’équipe gouvernementale d’établir un tableau de bord suffisamment parlant pour suivre l’évolution des différents indicateurs macroéconomiques ;
Et enfin, il faudrait que la fiche de mission du super ministre puisse être valable dès le premier jour de la formation de son cabinet ; pour cela, au lieu de rendre compte au chef de l’Etat, le super ministre, au nom du chef de l’Etat, devra rendre compte à l’Assemblée Nationale comme dans toute démocratie moderne.
A ce niveau, il serait important que les syndicats et la société civile prennent leurs distances quant à la formation du gouvernement de large ouverture.
2-Établir un calendrier pour une séparation des pouvoirs
Ceci ne sera possible qu’en restaurant les institutions de l’Etat, notamment l’Assemblée Nationale et la Cour Suprême ; c’est justement dans cette optique que les législatives de 2007 doivent s’inscrire.
Quant à ces élections législatives de 2007, toutes les dispositions devront être prises pour que le gouvernement, dont Mr Kouyaté sera en charge, puisse absolument respecter les engagements conclu lors du Dialogue Politique d’août 2006 (CENI – Recensement). C’est à ce niveau que devront intervenir les partis politiques car ils ont déjà un acquis favorable sur ce point.
Ceci amène les syndicats et toute la société civile à soutenir et à collaborer étroitement avec l’opposition politique afin que le recensement et la CENI puissent voire le jour en vue des législatives de 2007. Tout en espérant, bien sûre, que les politiques eux-mêmes donnent l’exemple d’une union sacrée exemplaire.
Il serait important de signaler que seules ces élections législatives peuvent être une garantie sûre pour consolider et honorer la mémoire de nos frères et sœurs, car il faudrait, encore une fois, faire très attention entre « partage de pouvoir et séparation des pouvoirs ».
Quelques soit l’appellation du gouvernement qui sera mené par Mr Kouyaté, il sera un gouvernement au nom de l’homme le plus décrié du pays (le Général Lansana Conté et l’Armée).
Ainsi, il est nécessaire pour les syndicats et toute la société civile guinéenne d’observer une certaine distance par rapport à ce gouvernement qui, lui-même, même s’il bénéficie d’une certaine assise populaire, sera sanctionné à défaut de respect de ses engagements.
Et la seule institution légitime qui pourra faciliter la tâche ou sanctionner ce gouvernement nommé par le Général Lansana Conté, n’est autre que l’Assemblée Nationale car, comme l’affirmait Saint-Just : « Les institutions sont la garantie du gouvernement d'un peuple libre contre la corruption des moeurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement ».
C’est justement à ce niveau qu’il faut distinguer la subtile limite des syndicats, car si les syndicats se substituent à l’Assemblée Nationale, ce sont les grèves et les répressions qui seront coutume dans nos républiques présentes et futures, et l’expérience à toujours prouvé que ce genre de coutumes ne feront que consolider la violation des droits humains et favoriser une certaine rigidité aux reformes.
Donc ces législatives de 2007, c’est le moment et l’occasion de, non seulement, traduire l’insurrection populaire en une sanction électorale contre le PUP ; mais aussi, ce sera l’occasion de réconcilier les populations avec ses institutions républicaines, tout en lui montrant qu’il est possible et plus efficace de changer les choses et de conquérir ses droits par le scrutin.
Ainsi, toute la société civile guinéenne (y compris les syndicats) doit appuyer et soutenir acharnement les partis politiques, signataires de la Concertation Nationale de mars 2006, dans la lutte des élections législatives de 2007 : « Le Recensement, la CENI et la Transparence doivent être les mots d’ordre de tous et de chacun dès aujourd’hui ».
Si il faut crever, c’est pour la justice et pour une séparation des pouvoirs, à présent il est l’heure pour le peuple de Guinée de disposer de son institution la plus symbolique et la représentative. Raison pour laquelle, la future Assemblée Nationale devra avoir comme président une personnalité civile et apolitique, pour cette période de transition négociée.
C’est seulement après des élections législatives réussies qu’il sera question de réviser les rapports entres l’exécutif, le législatif et le judiciaire de façon à aboutir à une Troisième République Participative qui permettra au peuple de suivre, contrôler et sanctionner sans effusion de sang, si nécessaire, l’action gouvernementale de façon à assurer une stabilité politique quasi-permanente, gage de tout développement durable sur nos terre.
3-Etablir un calendrier pour un retrait progressif de l’armée en vue l’horizon 2010
Voilà la principale cause de tous les problèmes de la Guinée d’aujourd’hui : « l’Armée et son obstination du pouvoir ».
Bien entendu, lorsqu’on parle de reformes économiques et sociales ou de séparation de pouvoir en Guinée, cela indispose énormément cette armée détentrice qui, quant à elle se trouve toujours dans cette logique archaïque de népotisme et de totalitarisme.
Cependant, après les évènements de ces derniers mois, elle est bien consciente qu’elle joue sa toute dernière carte car, l’état de siège est vraiment sa toute dernière arme. John Fitzgerald Kennedy lui-même affirmait : « A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes ».
Raison pour laquelle, l’Armée a intérêt à s’assoire sur la table de négociation pour discuter clairement de son retrait total de la gestion de la chose publique.
Une chose reste certaine, quelques soit la situation, elle sera appelée à comparaître devant la justice guinéenne pour les crimes perpétrés contre le peuple de Guinée, ceci, parce que « Toute faute impunie engendre une progéniture de fautes » (Herbert Spencer).
C’est à ces moments précis que les concepts tels que « Amnistie » ont toute leur importance. Il faudrait que l’Armée coupable sache que l’amnistie ne sera valable qu’en acceptant un retrait progressif et négocié pour l’horizon 2010.
Vue que nous aurons opté pour la justice, alors il faut bien que la Société Civile, les Syndicats instigateurs, Mr Kouyaté et les Politiques osent dire à haute voix en face de cette armée coupable que : « JUSTICE SERA FAITE ».
Ceci étant, nous sommes entièrement conscient qu’il est très difficile, pour toutes classes sociales, de perdre un ordre socioéconomique qui lui est favorable depuis un quart de siècle. De plus, il serait utopique de croire que la Guinée peut avancer sans son armée. « Quant il faut évoluer et reformer, c’est tout la nation, sans exception, qui doit serrer le ceinture ».
C’est en connaissance de causes que nous appelons aussi l’armée guinéenne à se « reformer et à se moderniser »
o Au lieu de nourrir des ambitions d’une armée mercenaire, répressive et totalitaire : Pourquoi ne pas avoir des ambitions d’une armée moderne, démocratique, forte et présente sur tous les fronts où la liberté et la paix sont menacées ?
o Au lieu de continuer à grever les ressources nécessaires pour le développement de la Guinée : Pourquoi ne pas gérer efficacement un budget et exploiter efficacement des secteurs qui lui seront alloués (Agriculture, les grands travaux, …) ?
o Au lieu de s’opposer à l’épanouissement et à la liberté de ses propres parents : Pourquoi pas respecter la séparation des pouvoirs, être apolitique et garante de la sécurité et de l’intégrité territoriale du pays.
Ainsi, en échange de sa modernisation et de son retrait pour l’horizon 2010, il faut proposer à l’Armée guinéenne : « l’exploitation partielle de certains secteurs biens définis (comme l’agriculture où ils ont déjà un atout) et la participation aux grands travaux de reconstruction du pays »; ceci étant, la justice, elle, aura inéluctablement lieu.
Guinéennes et guinéens, société civile guinéenne, chers syndicats et politiques, il serait très important qu’on sache, tous, qu’il est impossible de construire une nation forte sur des choix mous et intéressés.
Le choix de la Justice comme chevale de bataille est mon choix et c’est le choix de toutes ces populations guinéennes qui vivent dans les ghettos, dans les campagnes et dans l’obscurantismes ; C’est le choix de ces millions de pauvres guinéennes et guinéens qui viennent de s’exprimer à haute, très haute voix ; c’est le choix de tous les ces millions de pauvres guinéennes et guinéens qui savent ce qu’ils veulent et ce qui leur manque, mais qui n’ont aucune idée de comment y arriver.
« Nous ne prétendons aucunement détenir la vérité ou la solution, mais simplement nous incitons tous à garder une certaine attitude prudente en toute chose, en ne concluant pas à la hâte … »
Cher(e)s compatriotes, retroussons nos manches et filons vers la lutte pour le Recensement, pour la CENI, pour les Bulletins de vote et pour la Transparence : A nous notre Assemblée Nationale !
Objectif : un taux de participation d’au moins 95% lors des prochaines législatives.
« C’est souvent la solution écartée qui aurait été la bonne » Edouard Michelin
« Ah ! La faim ! La faim ! Ce mot-là, ou plutôt cette chose-là, a fait les révolutions ; elle en fera d’autres ! » Gustave Flaubert
« Les masses sont les véritables héros » Mao Tsé-Toung
« Que dites-vous ?... c’est inutile ?... je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Edmond Rostand
« La loi du juste avenir se trouve dans les consciences solitaires et libres et ne se trouve nulle part ailleurs » Emile-Auguste Chartier
« L’Homme des droits de l’Homme reste un soldat inconnu » Pierre Mertens
« Vive la voix de la jeunesse guinéenne, vive la société civile, vive l’union sacrée, pour que vive une Troisième République Guinéenne »
Mamadou Oury Diallo
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Membre de l'Equipe d’Analyse et de Réflexion « Neoleadership »
Représentant de www.nlsguinee.com au Maroc