vendredi 02 mars 2007
Le nouveau Premier ministre "de consensus" guinéen Lansana Kouyaté, nommé pour mettre fin à un mois et demi d'une crise meurtrière, a été officiellement investi jeudi à Conakry et a immédiatement reçu le soutien politique et financier de la France.
Lors d'une visite éclair dans la capitale guinéenne jeudi après-midi, la ministre française déléguée à la Coopération, Brigitte Girardin, s'est entretenue avec M. Kouyaté, nommé lundi par le président Lansana Conté à la tête du gouvernement de l'ex-colonie française.
Elle a ensuite annoncé l'octroi d'une aide d'un montant global de 1,1 million d'euros, en signe de "solidarité" et "soutien" à la Guinée.
Il s'agit d'une "aide budgétaire exceptionnelle d'un million d'euros" devant permettre l'accès à l'eau dans des quartiers défavorisés de Conakry, et d'une "aide humanitaire de 100.000 euros" notamment "orientée vers les familles qui ont souffert au moment des derniers événements", a expliqué Mme Girardin.
Dans la matinée, M. Kouyaté avait été investi lors d'une cérémonie au palais présidentiel, organisée en l'absence du chef de l'Etat, qui a fini par céder à la pression de la rue en choisissant son Premier ministre parmi les candidats des syndicats à l'origine de la grève générale illimitée déclenchée le 10 janvier.
"Son absence n'était pas un signe de défiance", a assuré à l'AFP une source gouvernementale.
En revanche, le nouveau chef du gouvernement s'était auparavant rendu à la résidence privée du président Conté, âgé de 72 ans et pouvoir depuis 1984, mais affaibli par la maladie. Aucune information n'a filtré sur la teneur des échanges entre les deux hommes qui entretiennent de bonnes relations.
"Je sais que la cicatrisation des plaies se fera graduellement, je sais que le temps est l'indispensable matériel qu'il faut pour cimenter l'unité nationale et l'unité sociale de notre pays", a déclaré M. Kouyaté dans son discours d'investiture.
"La charge que vous m'avez donnée, je ne saurais la supporter seul. (...) Je suis le produit que vous avez fabriqué ici", a-t-il ajouté, en présence de responsables syndicaux, politiques, militaires et religieux.
Il a également exprimé ses "pensées pieuses aux (...) filles et fils de Guinée qui ont perdu leur vie au cours de ces moments difficiles".
Depuis le 10 janvier, les violences qui ont émaillé la contestation, durement réprimée, ont fait au moins 113 morts, des civils pour l'essentiel.
A 56 ans, ce diplomate réputé bon négociateur assumera la fonction de chef du gouvernement, remplie par le chef de l'Etat depuis l'indépendance de la Guinée en 1958.
Son investiture a été présidée par son prédécesseur Eugène Camara, dont la nomination le 9 février avait relancé la contestation, les syndicats le jugeant trop proche du chef de l'Etat.
Les syndicats avaient également réactivé la grève suspendue fin janvier, mais le président Conté avait, en réponse, instauré l'état de siège du 12 au 23 février.
C'est finalement grâce à une médiation de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (Cédéao) qu'une solution de sortie de crise, acceptée par tous les acteurs, s'est dessinée dimanche.
Cette nouvelle donne rassure la communauté internationale, mais le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon l'a appelée mercredi "à renforcer sa coopération économique avec le nouveau gouvernement afin de consolider le consensus".
Signe d'un début de normalisation, l'activité dans ce pays pauvre de 9,4 millions d'habitants a pu reprendre à la faveur de la suspension, mardi, de la grève qui la paralysait depuis plusieurs semaines. Les exportations de bauxite, principale richesse de la Guinée qui en est le premier exportateur mondial, ont notamment été relancées.
SOURCE : AFP