mercredi 28 février 2007
En partant du principe que rien n'est plus paradoxal et imprécis que le concept de "changement" : "Plus on parle changement, moins on risque de le vivre. Il n’est de demande de changement sans manœuvre visant au non-changement."
Car le concept de changement est un concept flou. Il se fonde sur l’idée qu’il existerait un état idéal, meilleur que celui dans lequel on se trouve actuellement, qu’il faut s’efforcer d’atteindre par les modifications importantes de structures et de comportements. Une fois ce palier idéal atteint, on pourra enfin souffler et savourer le fruit des certitudes organisationnelles.
La révolte de janvier 2007 offre une formidable opportunité pour un vrai changement en Guinée, après près de 49 ans de souffrances n’est pas un effet de hasard ou de chance pour le peuple Guinéens. C’est avant tout une volonté populaire, un choix, puis enfin, une stratégie de gouverner autrement le pays. C’est également un consensus national décidé par tous les Guinéens, qui ont adhéré massivement au concept de la nomination d’un Premier ministre de consensus aux pouvoirs élargis.
C’est pourquoi en abordant le sujet, nous voudrions partir du principe que : le meilleur moyen de changer c’est bien de comprendre, afin de se procurer les moyens humains, matériels et financiers qui exigent une telle réforme, une méthode, une nouvelle organisation, une nouvelle administration qui va améliorer l’ancien ordre, éradiquer la gabegie, sanctionner la mal gestion et corriger les frustrations cumulées dans les domaines politique, social et économique.
Au delà du changement des hommes de l’équipe dirigeante, il est plutôt question de mettre en place de nouvelles stratégies, d’instaurer des normes de bonne gestion.
Le constat est évident ; Lansana Kouyaté, le tout nouveau Premier ministre choisi, a dû faire un diagnostic et déterminer les grandes causes de la procédure de changement d’après sa déclaration : « C’est une très lourde charge que nous aurons à porter ensemble pour sortir la Guinée de sa situation actuelle ». Il a sans doute d’abord identifié les maux dont souffre notre pays et formulé les problèmes à résoudre par son futur gouvernement.
En sa qualité de diplomate et gestionnaire avisé, il sait très bien que faire un diagnostic n’est pas simplement décrire une situation, c’est surtout décrypter les informations éparses, contradictoires de telle sorte que ce travail préalable aboutisse à un constat des raisons du blocage et de la décroissance économique, les analyses ainsi que les résolutions afférentes.
Le changement a été au cœur de cette étude diagnostique, sur la situation et l’héritage acquis de l’ancienne équipe que le peuple a majoritairement désapprouvé.
Une telle démarche aboutit souvent à des recommandations dont certaines peuvent avoir un caractère tactique et ponctuel d’autres un caractère stratégique et récurrent.
Les secondes sont plus déterminantes pour orienter le système alors que les premières ne font que corriger une situation.
Comment alors procéder, une fois le diagnostic posé et le manuel de procédure global élaboré dans la planification et la responsabilisation des tâches et des axes ?
Il faut maîtriser le contexte socio- politique dans lequel on voudrait agir, la Guinée a déjà connu la Révolution, la Loi fondamentale ; en quoi alors va constituer le changement, ses priorités et les outils indispensables pour manager les attentes de nos compatriotes, étudiants, travailleurs, agriculteurs, opérateurs économiques qui ont vécu des années de détresse, de défaite et d’injustice ?
LES OUTILS DU CHANGEMENT
Un leader : le Premier ministre, Chef du Gouvernement, il lui revient d’imprimer dans tous les secteurs le changement, synonyme de progrès, de croissance, d’amélioration continue, bref de développement selon les réalités du terrain, à travers son programme de gouvernement et les activités dévolues à chaque Ministère.
Il lui faut exercer le pouvoir et l’Autorité requise ; du fait que parfois les idées vont plus vite que les faits, car les habitudes sont tenaces et les réalités économiques excessivement contingentes.
Il faut que tous ceux qui dissertent sur le concept, évitent l’écueil d’une formalisation trop optimiste qui soulignera une fois de plus le divorce entre théorie et pratique. L’Apôtre du changement sait là où il veut conduire la troupe. Il sait que son devoir c’est de faire faire et d’évaluer.
Nous avons déjà eu l’occasion d’apprendre sur le type de personnalité du Premier ministre Lansana Kouyaté. Selon les organisations internationales et les médias : c’est un Persévérant en phase Travaillomane. Qu’il est un homme d’opinion à forte personnalité, dévoué, observateur doté d’une capacité de persévérer et de rester fidèle à ses valeurs et à ses convictions. Son mode de perception, ce sont les opinions, ses besoins psychologiques : la reconnaissance du travail et la structuration du temps dans la concrétisation de ses projets.
La partie de personnalité la plus développée est sans doute son expérience dans les Organisations Internationales, c’est-à-dire la partie pensante.
Travaillomane, il est capable de faire confiance à ses subordonnés, de les aider, de faciliter leur tâche et de leur permettre d’affirmer leur personnalité.
Adepte de la pensée logique, ses domaines d’activités préférentiels consistent en des tâches demandant l’organisation, la méthode et la précision. Ses collaborateurs doivent éviter de jouer à des jeux de pouvoir avec lui ; de contrecarrer ses actions. En société, le persévérant aime discuter politique, religion ou actualités, ces sujets de conversation lui fournissent de merveilleuses occasions d’exprimer ses opinions, ses croyances et ses convictions.
Son style de management préféré est du style démocratique, assorti d’un leadership participatif et consensuel. Il a compris très tôt que son peuple manifeste le besoin de motivation psychologique : le changement, afin d’obtenir de chaque guinéens un comportement positif : harmonie, efficacité, productivité maximale, réussite et résultat final.
Les ressources humaines et les structures d’animation.
La mise en place des réformes et des méthodes de gestion et de suivi des actions assignées à chaque département ministériel exige des compétences, des techniciens maîtrisant le domaine d’activité, des cadres dotés de forte capacité d’écoute, de synthèse et qui comprennent que si gouverner c’est prévoir, gérer c’est surtout anticiper-réfléchir-concevoir-planifier, exécuter puis évaluer.
Des gestionnaires qui comprennent qu’un projet a un début, un objectif et un sens et qu’il est différent d’un processus.
S’agissant des structures ou des organes pour vivifier le changement sur les axes principaux de développement : l’Education, l’Economie, l’Agriculture, la Sécurité et la Justice, il faudra mettre en place un haut conseil de changement ou autre dénomination, l’important c’est de déterminer clairement sa mission et le profil des membres.
Comme le dit le porte-parole de l’opposition guinéenne, Mamadou Bâ, « Lansana Kouyaté peut réussir s’il a les mains libres, c'est-à-dire, si Lansana Conté le laisse travailler », mais, souligne-t-il « Il aura deux handicaps : le premier, c’est que la situation économique est fortement dégradée; le second, c’est qu’il a affaire maintenant à des syndicats plus virulents, des populations plus dures »
Le Président de la République et le Premier ministre Chef du Gouvernement devrons cohabiter dans une entente mutuelle sur un élargissement et un enrichissement de leur réflexion et de leur compréhension globale des phénomènes sociétaux plutôt qu’une aide directement opératoire à leur prise de décision. D’où il est parfois difficile d’éviter d’établir un parallèle permanent entre les stratèges militaires et les dirigeants gestionnaires qui peuvent aisément faire leurs, les huit préceptes fondamentaux présentés par SUN ZI : la lucidité, la Prudence, la fulgurance, la finesse, l’adaptation, l’économie de moyens, l’organisation et le contrôle.
Cet organe d’animation et de concertation devra mettre en place une démarche qualité de sensibilisation et de normes. Parler, écouter les guinéens de nos villages, de nos arrondissements et communes. Il peut être composé de sociologues d’historiens, d’ethnologues, de philosophes, de politologues, d’économistes et de communicateurs. Enfin, une place préférentielle à la communication pour mettre si possible tout le monde au même degré d’information pour dire ce qu’on veut faire et faire ce qu’on a dit au peuple.
Puisque l’Art du stratège s’exprime souvent dans la synthèse qu’il va réaliser, sur la base des informations du diagnostic bien sûr, mais passés au crible de sa propre sensibilité, de son intuition, de sa créativité. Les dirigeants de nos pays en développement face aux exigences de la mondialisation et de leur retard technologique se tournent vers les sciences susceptibles d’élargir leur vision du monde du moment car de nos jours : l’économie ne suffit plus à comprendre l’économie, l’apport des autres sciences est indispensable.
Ce que l’on va attendre du Premier ministre et de son Gouvernement, ce n’est plus seulement d’être bon gestionnaire, rationnel, et maîtrisant son domaine d’activités ses prérogatives mais il doit en plus savoir repérer les tendances, les attentes de ses populations, s’y adapter instantanément, exploiter les moindres opportunités des mutations technologiques, concurrentielles, sociétales, politiques et culturelles, d’où l’importance de l’analyse stratégique de la définition des projets vitaux de développement et leur conformité avec les aspirations des administrés, et la bonne gouvernance.
Stratégies et normes de changement
Le changement que nous appelons de tous nos vœux et qui est historiquement en marche doit disposer des stratégies sectorielles, au niveau de chaque département ministériel. Le changement sera imprimé à travers des activités et des réalisations concrètes.
La stratégie de changement est obligatoirement en fonction des objectifs et des buts fixés à court, moyen et log termes.
La bataille du changement sera gagnée par les départements qui auront pris le bon départ, la bonne position dans la mesure bien sûr où règne au sein de l’équipe, un minimum d’organisation et de coordination.
Nous sommes dans le domaine politique, du pouvoir et de l’autorité. Cela signifie que chaque institution doit jouer son rôle pour que la séparation des pouvoirs, loin d’être un antagonisme entre l’Assemblée, l’Exécutif et le Judiciaire soit perçue comme une complémentarité qui permette à chacun de privilégier la légalité, les textes réglementaires et l’intérêt général.
Le comportement des hommes est très appréciable et souhaité à chaque étape du processus. Nous devons changer de manière positive, avoir la manière de dire que le dire, être honnête, ne pas détourner, ne pas tricher, tout cela n’est qu’un aspect du changement. Mais comment nos populations dans nos campagnes, les paysans, les ouvriers pourront vivre le phénomène, c’est là l’objectif principal.
C’est pourquoi, il urge de concevoir les normes qui permettent d’évaluer soit le progrès, la croissance, l’évolution des activités quotidiennes sur l’ensemble du territoire.
Pour un Chef d’Arrondissement ou un Maire de Commune quelles sont les tâches à lui assignées par l’Etat, que désirent prioritairement ses administrés ? Est-ce l’énergie, l’eau potable, l’école, le dispensaire, les tracteurs, la sécurité ou les crédits pour le petit commerce ?
Normaliser le changement s’avère donc indispensable afin de définir les éléments fondamentaux de son contenu au niveau du village et au niveau de la ville.
La norme qui en fait est un consensus, deviendra obligatoire pour tous les acteurs et aura force de loi.
Aux niveaux des plans de développement, c’est donc un concept multisectoriel qui met au centre de ses préoccupations l’homme, son environnement, son mode de vie, sa manière de penser et d’agir.
Loin de nous la prétention de galvauder le changement, chacun doit saisir l’opportunité que notre peuple a de sortir librement de la misère par le travail bien fait, de créer la richesse nationale et les emplois à travers l’engagement des uns et des autres ; sinon les mesures coercitives, contre l’impunité, la corruption établiront le nouvel ordre.
C’est pourquoi, la démarche stratégique que nous précisons secteur par secteur, département par département va donc permettre au gouvernement de prendre des décisions "dites stratégiques", parce qu’elles visent à orienter de façon déterminante et pour le long terme, les activités et structures de l’organisation du changement, dont le domaine d’activité stratégique (DAS) se résume : projets de développement pour la Guinée à travers la bonne gouvernance.
M. Boubacar Hella Bah
Contact : hbokar@gmail.com
Analyste et Correspondant permanent de www.nlsguinee.com au Canada