mercredi 28 février 2007
CONAKRY (Reuters) - Le nouveau "Premier ministre de consensus" a lancé un appel aux Guinéens pour qu'ils redoublent d'efforts au sortir de la crise "afin de donner à notre pays une nouvelle chance de progrès".
Des centaines de sympathisants ont convergé vers l'aéroport de la capitale pour accueillir Lansana Kouyaté, nommé la veille au soir par le président Lansana Conté aux termes d'un accord de sortie de crise avec les syndicats.
"Je sais que la tâche n'est pas facile", a lancé à la foule ce diplomate chevronné à l'excellente réputation, revêtu d'un ample boubou et d'une cape blanche.
Kouyaté, qui passé l'essentiel de sa carrière en poste à l'étranger, venait d'Abidjan où il était délégué régional de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
"Il nous faut remonter les manches et donner à notre pays une nouvelle chance de progrès", a-t-il ajouté.
Les commerces ont retrouvé leurs files d'attente et les rues leurs embouteillages habituels à Conakry à l'issue d'une crise politico-sociale de près de sept semaines, émaillée de violences qui ont coûté la vie à 120 Guinéens.
Lundi soir, le président Lansana Conté, dont les syndicats contestent l'aptitude à régner après 23 ans d'exercice solitaire du pouvoir, avait nommé sous leur pression Lansana Kouyaté pur diriger le gouvernement.
"Les gens espèrent qu'il sera capable de faire du bon travail", note un diplomate étranger en faisant état d'une certaine euphorie dans les rues de Conakry au lendemain de cette nomination.
"Mais ce qui est important, c'est de voir s'il aura la liberté de nommer une brochette de ministres complètement nouveaux. Dans le cas contraire, je ne suis pas sûr que la grève aura abouti à quoi que ce soit. Les gens veulent du changement", explique-t-il.
STIGMATES TOUJOURS VISIBLES
Près de sept semaines d'arrêts et reprises du travail ont considérablement perturbé l'économie du premier pays producteur mondial de bauxite, handicapée par un taux d'inflation élevé et une agitation sociale chronique.
Lundi, dans le centre de la capitale, les agences bancaires étaient débordées de clients cherchant à retirer de l'argent, ce qu'ils n'ont pu faire depuis des semaines, et les rues étaient envahies par la foule.
"Les Guinéens ont combattu et le président a répondu. J'espère maintenant que chacun de nous va travailler pour l'avenir", confie un avocat de la capitale, Mamadouba Sanoussy Amara.
Dans certains quartiers de la ville, les stigmates des violences restent visibles. Dans le faubourg de Kipé, des carcasses calcinées de voitures gisent encore devant un commissariat de police incendié durant les émeutes.
Les hôpitaux traitent encore les blessés atteints par les balles des forces de sécurité durant l'état de siège qui a prévalu durant une dizaine de jours à la mi-février.
Ex-secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, principale organisation régionale, Kouyaté est perçu comme épargné par la corruption qui ronge de longue date l'ancienne colonie française.
Les milieux diplomatiques attendent de ce gestionnaire politique "très expérimenté" qu'il mette sur pied une équipe à son image, exempte a priori de tout soupçon de malversations.
"Il y a certains ministres qu'il lui sera impossible de conserver. En fait, il devra se débarrasser de l'ensemble d'entre eux", résume un diplomate.
SOURCE : Reuters