samedi 24 février 2007
C’est la deuxième fois en l’espace de six mois que nos compatriotes de Conakry et du pays tout entier, descendent dans la rue, pour exiger pacifiquement que le P.D.G., dans ses différentes versions, quitte le pouvoir qu’il a toujours capté par la violence.
M. Lansana Conté cristallise sur sa personne, l’aversion que nos concitoyens nourrissent à l’égard d’un système tyrannique et sanguinaire, comme le fut son concepteur, Sékou Touré.
Qu’on ne s’y trompe pas. Il s’agit de débarrasser notre pays, non pas seulement de Lansana Conté, mais de l’ensemble du système et des acteurs qui l’entretiennent et le servent. Ce désir s’est exprimé de façon évidente par le rejet massif, à travers le pays, de tout ce qui incarne ce système et représente ses acteurs.
Alors, comment les oligarques militaro-politiciens ont-ils répondu au désir de changement fondamental exprimé par le pays tout entier ?—Un bref rappel chronologique s’impose.
1° Juin 2006 : face à la paupérisation accélérée de l’ensemble de la population, la Société Civile et les Syndicats lancent un mouvement pacifique visant à obtenir une amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Le « gouvernement », en guise de réponse, fait tirer sur des manifestants pacifiques. Bilan : des dizaines de tués, pour la plupart des jeunes lycéens et universitaires. De fausses promesses sont faites aux syndicats. Elles ne seront évidemment jamais tenues.
2° Janvier 2007 : le mécontentement populaire grandit. La Société Civile et les syndicats, exaspérés par les extravagants pillages des oligarques militaro-politiciens, alors que l’immense majorité du pays sombre dans une misère indescriptible, déclenchent un mouvement de protestation tout à fait pacifique. Cette fois, plus qu’à leur habitude, Lansana Conté et ses « amis » font venir de Guinée-BISSAU une milice surarmée qui massacrera plus d’une centaine de personnes, rien qu’à Conakry.
Elle est appuyée par une autre milice, celle de l’ULLIMO de Charles TAYLORS, qui bénéficiera d’une singulière bienveillance de M. Eugène CAMARA devenu entre-temps « premier ministre » de Lansana Conté.
La facilité avec laquelle ces miliciens se procurent armes, munitions et tenues vestimentaires, n’intriguera pas, ni SOMPARE, ni Eugène CAMARA, et encore moins les colonels et généraux corrompus. Pourtant, Eugène CAMARA en particulier, ne convaincra personne en affirmant qu’il ne sait rien de l’ULLIMO.
Nous savons aujourd’hui que les tueries commanditées par les « généraux » corrompus, Lansana Conté, Kerfalla CAMARA, Jacques TOURE, Ibrahima Sory DIALLO et Arafan CAMARA avaient un objectif précis qui a failli être atteint :
faire croire à la population guinéenne que ce sont les Jeunes Patriotes Républicains en uniformes qui auraient tiré sur leur propre population. On perçoit bien le bénéfice qu’ils espéraient tirer de cette sanglante mise en scène : disqualifier moralement les Jeunes Patriotes Républicains en uniforme et les faire détester par le pays. Après quoi, ils viendraient les cueillir sous les applaudissements des populations afin de les liquider en cachette. Second bénéfice attendu par eux : la milice personnelle de Lansana Conté deviendrait du coup « l’armée nationale », parce qu’elle apparaîtrait comme celle qui a « protégé » les populations désarmées. Je laisse à chaque Guinéen, le soin d’imaginer le cauchemar dans lequel le pays plongerait pour plusieurs dizaines d’années.
Tous les Jeunes Patriotes des camps militaires (Alfa Yaya et Samory), ainsi qu’à la jeunesse civile des quartiers doivent réaliser que ce mouvement de protestation doit aller jusqu’à son terme ultime. Toute hésitation sera fatale. Comme beaucoup de Guinéens, je souhaite une unité d’action entre la jeunesse civile et militaire. Les adversaires civils et militaires sont bien identifiés. Les manœuvres tendant à vous faire dresser les uns contre les autres est leur dernière arme. Ils ne s’en priveront pas. Des avantages matériels et des « promotions » fictives de dernière minute seront proposées à certains d’entre vous. C’est un piège. Puisqu’ils sont perdus, ils veulent entraîner dans leur chute une bonne partie d’entre vous.
D’autre part, il me semble souhaitable de ne pas vous laisser intimider par une prétendue « communauté internationale ». Ce que nous avons tendance à appeler « communauté » internationale, est en fait réductible à quelques petits cercles d’élites occidentales (militaires, journalistes, politiciens, intellectuels et technocrates). Or, pour ces groupes « d’élites », l’Afrique Noire, c’est le lieu où la roue ne tourne qu’entre le Mal et le Pire.
Toute initiative prise par nous « Noirs Africains », si elle vise à nous débarrasser, par nos propres moyens de nos bourreaux Noirs Africains, est aussitôt interprétée comme une « déstabilisation », comme si la stabilité était en soi un but. En clair, je veux attirer votre attention sur le fait que, certaine puissance, pour nous empêcher d’aller jusqu’au bout de notre volonté de clarifier la situation de notre pays, feront état de la « paix » à préserver ou de la « stabilité » à maintenir.
Toute argumentation de cet ordre vise à priver la Jeunesse de sa victoire certaine sur les oligarques mafieux de Conakry. Car, c’est le maintien au pouvoir des oligarques militaro-politiciens non élus qui est la source principale et exclusive de l’instabilité sous-régionale.
Il me semble donc que le dialogue avec ceux qui ont organisé le massacre de nos populations, dans notre propre pays, doit se limiter à :
- fixer la date la plus proche à laquelle Lansana Conté et ses « amis » auront quitté le pouvoir.
- l’arrestation ou la mise hors d’état de nuire ( par tous les moyens) des généraux et colonels corrompus qui ont laissé organiser contre nos parents, les massacres dont ils ont profité pour déclarer un « Etat de siège ». Toute autre considération serait vue par notre peuple comme une trahison à l’égard des centaines de morts. La victoire totale et définitive est à portée de mains.
Comme d’autres Guinéens, je suis disponible pour répondre à toutes vos interrogations. Concernant la situation de notre pays, j’ai la prétention de dire que je suis plus qualifié que n’importe quel diplomate ou militaire de n’importe quelle puissance européenne ou américaine. Entre leurs conseils et les nôtres, votre choix doit se porter sur ce que nous (Guinéens) vous proposons.
Mamadou Billo SY SAVANE, (Rouen) France
Contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
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