samedi 24 février 2007
« L’Assemblée refuse de reconduire l’état de siège » dixit Aboubacar Somparé Président de l’Assemblée Nationale.
Ça y est la Guinée vient connaître une journée histoire hier vendredi 24 février 2007 au parlement guinéen. Les députés ont, de façon unanime refusé la proposition du président Lansana Conté relative au prolongement de l’état de siège qui pèse très lourdement sur les populations.
86 voix sur un total de 114 députés que compte l’Assemblée Nationale ; et la seule vraie force d’opposition qui y siège est le groupe parlementaire UPR avec 20 députés. C’est dire que Lansana Conté a été blâmé voire désavoué par son camp en l’occurrence les députés de la majorité parlementaire issus du parti au pouvoir PUP.
D’ailleurs lors des déroulements des séances l’on a assisté à des déclarations frustrantes de la part de certains députés.
Tout d’abord M Bah Ousmane leader de l’UPR dira à la tribune : « l’état de siège dont-il est question n’est nullement la solution. Ainsi, les efforts pour le rétablissement de l’ordre public ont été assombris par toutes sortes d’exactions qui les ont accompagnées… »
A son tour, M. Aliou Baniré Diallo président du groupe parlementaire PUP/PAA souligne :
« Monsieur le président, honorables députés, je pense qu’il ne faut pas faire durer l’état d’inquiétude d e notre pays… »
Après un tollé d’applaudissements, un autre député de la majorité M. Djibril Kouyaté dira : « l’esprit du PUP est de féliciter toutes les dispositions de l’armée mais l’état de siège dont-il est question, il faut le lever… »
Et le président de l’Assemblée Nationale M Aboubacar Somparé qui ne trouve d’autres alternatives et apparemment plus perplexe dira : « l’Assemblée refuse de reconduire l’état de siège… ». Des applaudissements s’enchainent avec quelques éclats de rire.
Dès après cet acte posé par les députés, les citoyens réagissent de tous parts favorablement à cette décision des députés qui des années d’exercices durant n’ont pas réalisé un acte aussi haut de portée historique.
Les leaders politiques parlent de leur côté de « désaveu cinglant pour le président et même d’humiliation… »
Quant aux syndicalistes, ils disent satisfaits du vote mais restent tout de même fermes et exigent qu’un premier ministre de large consensus soit nommé avant la fin de la grève.
A propos, M. Ibrahima Fofana de l’USTG précise :
« On est surpris de voir le Chef d’Etat major prendre des décisions dans le cadre de la fin de l’état de siège. Annoncer de cette façon la fin de la grève est une violation de la loi fondamentale qui accorde le droit de grève à tous les travailleurs guinéens.
Je demande à tous les travailleurs de Guinée de continuer la grève, mais une grève pacifique. Nous allons demander à tous les travailleurs de rester à la maison le lundi parce que la revendication qu’on a adressée au Gouvernement n’a pas été prise en compte, il s’agit de la nomination d’un premier ministre de large consensus… »
Face à cette situation, des réactions populaires ne se sont pas fait attendre.
Interrogé, M. S. Lansana détenteur d’une clinique privée dira : « Je crois que nous sommes très ravis de ce que les députés ont fait hier soir à l’Assemblée Nationale. Lansana Conté sait à présent que mêmes les députés ne sont pas avec lui. Sa propre famille politique le désavoue devant tout le monde. Il ne peut à présent compter que sur son armée qui n’hésite pas à tirer à balles réelles sur la population. Même cette armée finira par le lâcher… »
Pour M. Camara Amara professeur à Cosa : « cela doit servir de leçon à Lansana Conté qui se dit très dur de caractère. Il sait maintenant que personne ne veut de son régime qui durant plus de vingt (20) ans a causé plus de mal que de bien aux Guinéens. Nous attendons la pression de la délégation de la CEDEAO pour qu’il nomme un premier ministre de large consensus. »
Mme Aminata Diallo, vendeuse de poissons se plaint elle aussi dans un français approximatif : « Nous souffrons énormément dans nos différentes familles. Nous souhaitons que la grève aboutisse et que celui qu’on va nommer, eh… le futur premier ministre puisse nous alléger le poids des charges par des mesures concrètes et bénéfiques pour tous… »
Par ailleurs, la syndicaliste Mme Hadja Rabiatou S. Diallo leader de la CNTG déclare n’avoir pas compris le refus du président Lansana Conté de nommer un premier ministre de consensus général.

« Le peuple dit aujourd’hui qu’il ne veut pas de ce premier ministre, pourquoi on ne va pas se défaire de cela et mettre quelqu’un de large consensus qui peut être accepté par tout le peuple ?
Au lieu de ça ils sont entrain de faire une coloration politique. Ce qui n’est pas normal c’est de diviser les guinéens, or le guinéen est un seul, en tout cas le mouvement syndical est un et indivisible. Il n’y a pas de couleur, nous ne défendons pas une couleur, nous ne défendons pas une race. Le blocus se trouve au niveau de la nomination d’un premier ministre. Ils veulent jouer aux mots. Il faudrait que tout le monde accepte maintenant que ça change en Guinée. On a qu’à mettre d’autres aussi pour savoir de quoi ils sont capables. Ce ne sont pas les seuls guinéens, il y a des cadres capables aujourd’hui... »
Enfin, l'on peut dire que malgré la satisfaction clairement affichée des guinéens suite au refus de la prolongation de l'état de siège par les députés, personne ne sais aujourd'hui comment réagira Lansana Conté.
Va-t-il se résoudre à nommer un premier ministre de large consensus ?
Va-t-il continuer de camper sur sa position en ignorant les exigeances des syndicalistes ?
En cas d'entêtement du général président que vont faire syndicalistes, société civile et l'armée ?
Lansana A. Camara
Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
Tél. (+224)- 64- 30- 74- 06