mardi 20 février 2007
CONAKRY (AFP) - 20/02/2007 13h57 - Les chefs d'Etat du Liberia et de Sierra Leone se sont rendus mardi à Conakry pour tenter de trouver une solution régionale à la crise en Guinée, qui restait paralysée par un état de siège décrété par le pouvoir et une grève générale lancée par les syndicats.
"La situation en Guinée est très inquiétante", a déclaré mardi la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf à Monrovia avant de s'envoler vers la capitale guinéenne en compagnie de son homologue sierra-léonais Ahmad Tejan Kabbah.
Mme Sirleaf avait également fait part à la presse de sa volonté de "trouver les voies et moyens pour avoir une solution au sein de l'Union du fleuve Mano", organe à vocation économique regroupant ces trois pays frontaliers.
La Guinée, petit pays d'Afrique de l'ouest, est en proie depuis le 10 janvier à des troubles déclenchés par une grève générale illimitée et des manifestations hostiles au pouvoir orchestrées par les syndicats, qui ont fait au moins 113 morts.
Le président guinéen Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans, a décrété pour la période du 12 au 23 février l'état de siège, accordant de nombreux pouvoirs à l'armée et dont les syndicats exigent la levée préalablement à tout dialogue.
Si un calme relatif s'est progressivement installé ces derniers jours dans le pays sous la pression de l'armée, le dialogue entre autorités et syndicats est totalement gelé, malgré plusieurs tentatives de médiation de religieux et de représentants des "institutions de la république" (Assemblée nationale, Conseil économique et social) et du patronat.
"Il n'y aura pas de négociation avant la levée de l'état de siège", a une nouvelle fois soutenu mardi Ibrahima Fofana, secrétaire général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), une des deux centrales qui a réactivé la grève générale le 12 février après la nomination comme Premier ministre de Eugène Camara, un proche du président.
M. Fofana avait demandé le 11 février le départ de M. Conté, mais il se refuse depuis à réitérer cet appel, expliquant qu'il souhaite le respect de l'accord politico-social signé avec les autorités le 27 janvier, qui prévoit la nomination d'un Premier ministre de consensus.
Peu après leur arrivée à Conakry mardi matin, Mme Sirleaf et M. Kabbah devaient "discuter (avec le président Lansana Conté) de la situation politique dans le pays et voir comment cela pourrait être résolu", a-t-on appris auprès d'une source proche de la présidence sierra-léonaise jointe par l'AFP à Freetown.
La présidente libérienne, depuis Monrovia, a également abordé la délicate question des mercenaires.
"Nous ne tolérerons pas que des gens soient recrutés comme mercenaires pour aller déstabiliser nos voisins. C'est inacceptable et je demande à ceux qui sont impliqués de cesser de le faire", a-t-elle insisté.
Des organisations de défense des droits de l'homme et des sources militaires guinéennes ont récemment fait état de l'arrivée de mercenaires libériens pour soutenir le président Conté.
Dans un récent rapport, l'organisation non gouvernementale pour la prévention des conflits International Crisis Group (ICG) avait prévenu que la Guinée pourrait connaître un "bain de sang" susceptible de menacer le fragile équilibre de pays voisins tels que le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d'Ivoire.
Au cours d'une mission dépêchée par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao, 15 pays) samedi, l'ancien président nigérian Ibrahima Babangida s'était également inquiété de la menace que pourrait constituer cette crise sur d'autres pays de la sous-région.
Le 15 février, la Sierra Leone a annoncé le renforcement de la sécurité à sa frontière avec la Guinée afin d'éviter une propagation des violences.
SOURCE : AFP