dimanche 18 février 2007
CONAKRY (AFP) - 18/02/2007 13h11 - Des "centaines" de personnes, selon des ONG locales, ont été arrêtées ces derniers jours en Guinée, où un état de siège donnant de larges pouvoirs à l'armée a été décrété le 12 février par le président Lansana Conté après plusieurs semaines de contestation anti-régime.
Depuis le Vatican, le pape Benoît XVI a appelé dimanche au "respect des droits humains et civils" en Guinée, souhaitant que le "dialogue" permette de surmonter la crise que traverse le pays.
Un début de dialogue renoué cette semaine a été interrompu samedi par les syndicats à l'origine du mouvement lancé le 10 janvier. Ces derniers réclament la levée de l'état de siège décrété jusqu'au 23 février comme préalable à toute négociation.
La situation à Conakry et dans le reste de la Guinée demeurait relativement calme dimanche, sous la pression de l'armée et d'un couvre-feu très contraignant de 18 heures sur 24 qui paralyse quasi-totalement l'activité économique. Pendant les heures où toute circulation est interdite, les autorités ont procédé à plusieurs centaines" d'arrestations, ont dénoncé dimanche des organisations locales de la société civile.
"Des centaines de personnes ont été arrêtées ces derniers jours pendant la nuit et généralement sur indication de responsables du parti au pouvoir", a déclaré dimanche à l'AFP Ben Sékou Sylla président du Conseil national des organisations de la société civile. Selon lui, il s'agit d'une "véritable razzia contre des militants et manifestants opposés au pouvoir", qui sont en général "conduits dans les camps militaires et les brigades de gendarmerie".
"Il y a beaucoup d'arrestations, notamment parmi les militants des partis d'opposition", a également accusé Thierno Maadjou Sow, président de l'Organisation guinéenne des droits de l'Homme (OGDH). "Plus de la moitié de nos responsables fédéraux et régionaux ont été arrêtés ou obligés de s'exiler dans d'autres villes", a confirmé à l'AFP l'opposant Mohamed Diané, numéro trois du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG).
Selon des témoignages recueillis par l'AFP, ces interpellations ont notamment eu lieu à Kundara, Labé, Télémélé (nord), Siguiri, Dabola, Mamou, Kouroussa (centre), Guéckédou, Nzérékoré et Kissidougou (sud-est), Kérouané, Kankan, Banankoro (est), Sangaredi (nord-ouest) et dans la capitale, Conakry.
L'état de siège décrété par le président Conté donne notamment le droit aux forces de l'ordre d'arrêter "toute personne dont l'activité présente un danger pour la sécurité publique", et de "mener en tout lieu des perquisitions de jour et de nuit".
Les évêques de Guinée "m'ont exprimé leur inquiétude sur la situation de paralysie sociale, avec une grève générale et des réactions violentes, qui ont fait de nombreuses victimes", a déclaré dimanche le pape Benoit XVI, après la prière de l'Angélus. "En demandant le respect des droits humains et civils, je prie pour que l'engagement commun à choisir la voie du dialogue permette de surmonter la crise", a ajouté le souverain pontife.
Les syndicats guinéens, qui ont refusé samedi de discuter avec les autorités pendant l'état de siège, devaient rencontrer dimanche des responsables religieux à la grande mosquée de Conakry, a annoncé à l'AFP Rabiatou Sérah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). La CNTG est, avec l'Union nationale des travailleurs de Guinée (USTG), à l'origine des manifestations hostiles au pouvoir et soutenues par l'opposition qui ont fait au moins 113 morts depuis janvier.
L'instauration de l'état d'urgence par le président Conté, au pouvoir depuis 23 ans, a été largement dénoncée par la communauté internationale ces derniers jours. Cette mesure avait suivi la reprise de la grève générale illimitée --suspendue le 27 janvier après un accord avec la présidence-- provoquée par la nomination le 9 février au poste de Premier ministre de Eugène Camara, jugé trop proche du chef de l'Etat par les syndicats.
SOURCE : AFP