samedi 17 février 2007
Depuis le déclenchement de la grève et les répressions qui ont suivi, le peuple de Guinée continue de vivre son lot quotidien d’humiliations en tous genres par une armée composée d’éléments totalement inconscients et incultes.
Photo d'une jeune fille entrain de laver ses cheveux (Quartier Bambeto)
Des bandits en uniformes contrôlés par des clans mafieux au pouvoir s’adonnent à toutes sortes d’arnaques, de brigandages, de viols, de vols et de vandalisme...
A Bambeto, une fille du nom de Diaraye, vendeuse de bouillie de son état, a été violée par des militaires. Elle est actuellement en soins intensifs au CHU de Donka. Son père, grand notable du quartier Bambeto est connu pour avoir offert le terrain sur lequel la mosquée actuellement en reconstruction est bâtie.
On note également sur la route "Le Prince" la mise à sac de la résidence d’un certain Colonel Chérif.
Le jeune Amara C., apprenti mécanicien qui a participé à l’opération nous explique :
« les frigos du Colonel Chérif étaient remplis de poulets congelés alors que nous autres n’avons rien à la maison à cause de l’état de siège. Les gens ont tout pris, même les charbons stockés dans la cuisine… ».
Le jeune homme s’éloigne rapidement en criant « A bas Lansana Conté et vive le peuple de Guinée ! » avec les deux doigts en forme de « V » pour victoire.
Ce samedi matin, de Hamdallaye à Cosa en passant par Bambeto les boutiques restaient fermées et les patrouilles allaient bon train…
Tous les maquis ont été cassés et vidés de leur contenu par des populations mécontentes de la visite régulière des militaires dans ces endroits pour se servir en boissons avant de sortir s’attaquer aux domiciles des populations.
Fatoumata, une vendeuse d'arachides grillés nous interpelle en ces termes :
« Dépuis le début de la grève, je n'arrive plus à nourrir mes trois enfants. Avant je préparais au moins une fois tous les soirs, aujourd'hui l'état de siège ne me permet plus de vendre mes arachides dans la rue ou bien au marché. De toute façon, il n'y a pas de clients dehors...»
A la question de savoir si "elle aimerait que tout redevient comme avant", elle répond aussi sec : « Wallahi, nous on veut maintenant le changement, on est fatigué de tout ça. Depuis des années on ne mange pas bien, on ne dort pas bien. Même avec beaucoup d'argent on ne peut pas acheter de la nourriture. C'est trop chère la vie ...».
« Il ne faut pas me filmer dé !» a-t-elle ajouté en s'éloignant rapidement.
C'est ça l'athmosphère aujourd'hui à Conakry : la peur au ventre et l'estomac au talon...
Par ailleurs, nous avons profité de l'accalmie du midi pour nous rendre à l'Aéroport International Gbessia où quelques ressortissants français s'appretaient à regagner Paris via Air France.
Beaucoup d'expatriés profitent de loccasion pour quitter le pays même si pour l'instant il n'y a pas eu d'opérations d'évacuation de ressortissants étrangers de grande ampleur...
Deux chars de l'armée sont encore stationnés aux abors de l'Aéroport.
L'armée tient le pays d'une main de fer et interdit toute mobilisation.
Quant aux organisations syndicales, celles-ci refusent le dialogue tant que l'état de siège n'est levé !
Ibrahima "Dalein" Barrie, dépuis Conakry
Pour www.nlsguinee.com