samedi 10 février 2007
La mobilisation et les protestations contre la nomination d’un premier ministre de façade par Lansana Conté ne faiblissent pas.
En effet, selon des sources autorisées, les syndicalistes demandent la démission pure et simple de M Eugène Camara. On lui reproche de ne pas être suffisamment neutre et surtout de ne pas être consensuel.
Les protestations ont déjà fait quelques victimes depuis hier soir. L’on note en effet trois jeunes tués ce samedi par les forces de l’ordre et un militaire lapidé par des manifestants très en colère. L’une des victimes a été abattue par le cortège présidentiel tandis qu’une autre est morte au quartier Bonfi suite à des accrochages avec les forces de l’ordre.
A l’intérieur du pays, la nomination de M. Eugène Camara est perçue comme une ultime injure faite à la Guinée toute entière par Lansana Conté.
En Haute Guinée, la ville de Dinguiraye avait donné le ton hier. Des jeunes manifestants ont saccagé tous les symboles de l’Etat. Le préfet a été sommé de crier en haute voix : « A bas Lansana Conté ! A bas la Corruption ! » Celui-ci s’est exécuté avec abnégation.
La mobilisation a gagné ce matin la ville de Kankan, Capitale de la Haute Guinée où un militaire a été sauvagement lapidé à mort. La population entend en finir avec l’obstination et le mépris de Lansana Conté vis-à-vis de leur sort.
L’on nous a signalé aussi un soulèvement à Siguiri où selon les informations à notre disposition, un hôtel a été mis à sac. Cet hôtel appartiendrait à l’actuel ministre de l’économie Madikaba Camara. La foule après avoir évacué les occupants de l’hôtel a saccagé tout le contenu de l’établissement en criant : « C’est l’argent du peuple qui a servi à la construction de cet hôtel… Vous êtes tous des voleurs ! »
En Basse Guinée, à Kindia les gens se mobilisent aussi pour protester contre cette nomination, vécue comme un coup de massue par les habitants sur leurs têtes. Nous ignorons pour l’instant s’il y a eu des victimes militaires ou civiles.
En moyenne Guinée, la ville de Pita récidive ; elle connaît les mêmes scènes de manifestations. Les locaux de la gendarmerie sont en ruine suite à un incendie volontaire occasionné par les manifestants. Les forces de l’ordre sont totalement débordées par les manifestants. Ces derniers n’entendent pas reconnaître le premier ministre de Conté. « Maintenant on ne veut plus de premier ministre, c’est le changement de président que nous voulons… », scandent des jeunes manifestants en colère.
En Guinée Forestière, la ville de NZérékoré connait des soubresauts. La mairie est mise à sac par les manifestants...
A Conakry, les automobilistes ont disparu de la circulation laissant place à un épais nuage de fumée qui enveloppe petit à petit le ciel.
« Les guinéens sont déterminés à en finir avec ce régime » nous indiquent ces jeunes gens qui ont pris le contrôle de toute une route reliant Hamdallaye à Bambeto et qu’ils entendent bien défendre.
« Nous allons tout droit vers un affrontement ! Cette nomination est une foutaise ! Comment un type aussi nul peut être premier ministre ? C’est un militant du PUP, il ne va pas nous sortir de la crise. Ils sont tous des voleurs ! On en a marre ! On veut voir de nouvelles têtes au pouvoir ! Pour nous, Lansana Conté c’est fini ! On veut le changement tout de suite… »
Tels sont quelques phrases qui reviennent à chaque fois dans la bouche des manifestants.
Lansana Conté a finalement décidé de mettre le feu au poudre en entérinant la nomination d’un personnage contesté au poste de premier ministre.
Chercherait-il la confrontation ? En tout cas les agissements du président guinéen sont perçus comme tel par l’ensemble des guinéens qui envisagent désormais le pire.
Nous y reviendrons...
La Rédaction de « Neoleadership »
Depuis Zurich, Suisse