France/Afrique : Quatorze enfants parmi les tués de l'incendie d'un immeuble parisien
26 août 2005
Selon un bilan provisoire, le sinistre a fait 17 morts et 30 blessés dont deux graves • 130 personnes, dont une centaine d'enfants, originaires d'Afrique, résidaient dans cet immeuble géré par une société privée pour le compte d'Emmaüs
Dix-sept personnes, dont 14 enfants selon des sources policières, ont péri dans la nuit de jeudi à vendredi dans l'incendie d'un immeuble parisien du XIIIe, habité par des familles africaines, relançant le débat sur le logement social à Paris, quatre mois après un drame similaire. Selon un bilan provisoire, le sinistre a également fait 30 blessés dont deux graves. Une femme enceinte figure parmi les victimes adultes de ce drame, selon des sources policières et les premières constatations effectuées à l'Institut médico-légal (IML) de Paris où les corps ont été transportés. Une autre femme africaine a perdu quatre de ses six enfants.
L'origine exacte du sinistre n'était pas déterminée vendredi, aucune hypothèse n'étant exclue. 130 personnes, dont une centaine d'enfants, originaires du Mali, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire et de Gambie, logeaient dans cet immeuble de sept étages datant du début du XXème siècle, situé à l'angle du boulevard Vincent-Auriol et de la rue Edmond-Flamand (XIIIe). Ce nouvel incendie est intervenu quatre mois après celui de l'hôtel Paris-Opéra dans le quartier des grands magasins qui avait fait 24 morts, essentiellement des Africains.
Il relance le problème du logement social à Paris. Jean-Baptiste Eyraud, président de Droit au logement (DAL) a souligné vendredi que «plus de 50.000 familles mal logées sont en attente d'un vrai logement». Visiblement très ému, et parfois au bord des larmes, le maire de Paris Bertrand Delanoë est venu sur place réconforter les rescapés. «C'est un drame horrible qui interpelle tout le monde, tous ceux qui peuvent avoir une influence sur la politique du logement», a déclaré Delanoë. Cet immeuble, géré par la société privée France Europe Habitat, pour le compte d'Emmaüs, a servi pour le relogement provisoire d'une partie de la centaine de familles qui avaient campé pendant quatre mois en 1991 sur le chantier de construction de la bibliothèque de France François-Mitterrand à quelques centaines de mètres de là, rappelle Jean-Baptiste Eyraud.
Vétusté ou insalubrité
Selon deux témoignages recueillis par l'AFP, il était particulièrement vétuste. «Il y avait des rats et des souris», a assuré un habitant tandis qu'une voisine a assuré que «les escaliers de bois de l'immeuble bougeaient». Mais pour le député-maire PS du XIIIe Serge Blisko cet immeuble «réquisitionné par l'Etat et géré par Emmaüs était ancien mais pas insalubre». Venu sur place, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il avait demandé au préfet de police de Paris de recenser «tous les immeubles qui peuvent présenter une situation de dangerosité en termes d'incendie et de suroccupation».
L'alerte a été donnée à OOH17 et le plan rouge déclenché à 1h06 par l'état-major de la brigade des sapeurs-pompiers (BSPP). Le feu a été éteint à 2h54. 210 pompiers de 23 casernes ont été mobilisés avec une cinquantaine d'engins. Le feu particulièrement violent a embrasé la cage d'escalier entre le 3e et 6e, ravageant ces étages et provoquant des scènes de panique, selon des témoins interrogés par l'AFP.
«On voyait des enfants...»
Ainsi Mohammed Cissé, arrivé sur les lieux à 1h30, a raconté avoir vu des flammes, notamment entre le 3e et le 5e étage : «Je suis venu pour avoir des nouvelles de mes cousins, un couple et deux enfants qui habitaient au 4e étage. Nous ne les avons pas vus sortir, nous sommes très inquiets», a-t-il dit. «On voyait beaucoup d'enfants qui appelaient aux fenêtres», a-t-il ajouté.
Des dizaines de femmes et d'enfants africains, revêtus de couvertures de survie, ont été réconfortées par des membres de la Croix-Rouge et de la Protection civile, dans un café proche transformé en centre d'accueil avant d'être installés dans un gymnase de l'arrondissement. Une cellule médico-psychologique du Samu de Paris a été mise en place et la brigade criminelle a été saisie de l'enquête.
Source : Libération.fr (d'après AFP et Reuters)
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