jeudi 08 février 2007
Cela fait maintenant x jours que la grève a été suspendue et que la
Guinée fonctionne au ralenti comme elle le fait depuis plus de 2 ans
maintenant. Alors au temps chaud de la crise, beaucoup (excluant la
population guinéenne) préconisait d'amadouer Lansana Conté, de le
prendre au piège, ou encore mieux de lui montrer qu'on est plus rusé que
lui.
Voici maintenant X jours qu'on joue au « Wait and See » ou à
cache-cache. Un poker menteur où nous espérons que Conté ne verra pas le
bluff. Et bien, cela fait X jours. Ce jeu peut continuer pendant 90 ou
1386 jours (avec de nouvelles variantes à chaque fois, comme par
exemple la nomination d’un PM puis le refus d’accepter ses
ministres…).
Alors nous continuons le « cache-cache » ou le « Wait and See »
et nous commençons à voir les premiers signes du « Wait and Wish ».
Nous commençons déjà à dire, on aurait dû.... Quand je disais
juste avant la fin de la grève, que pour ma part j'allais
préparer la prochaine crise et faire du « Wait and Pray », beaucoup
avaient vu en cela un manque de flexibilité, d'autres y avaient vu un
manque de diplomatie, d'autres encore voyaient un manque de
pragmatisme, et enfin d'autres y avaient vu un manque de connaissance des «
réalités guinéennes ou africaines » notamment de la fameuse « exception
guinéenne ».
Cela fait maintenant x jours.
En ce Xème jour de l’armistice, beaucoup commencent à parler de
reprise de la grève en disant : « Si Lansana Conté ne….alors… ».
Cela fait maintenant X jours. Une culture de la grève permanente et
perpétuelle n’est pas utile à un pays qui compte devenir dynamique.
Encore une fois évitons de devenir les Gaulois d'Afrique, car nous ne
sommes pas Gaulois.
Il est temps d’appeler le mouvement par son nom. C’est une marche
illimitée et journalière contre Lansana Conté et son gouvernement et
non plus une grève que doit déclencher le syndicat. Lansana Conté
est prêt a transformer la marche en massacre.
Alors après X jours de repos, X jours d’espérance, X jours de
cache-cache, X jours de prières, X jours de peur, qu’y a-t-il à faire?
Les Anglo-Saxons ont un dicton qui dit: « Fool me once shame on you,
fool me twice shame on me ». Traduction : « c’est le premier gaou
qui est gaou, le deuxième… »
Encore une fois Lansana Conté nous a montré son caractère que les
leaders refusent tous de voir. A son âge, un homme change difficilement.
Il joue avec le cœur du Guinéen (sans compter l’hypothèque de son
avenir) et encore une fois Lansana Conté montre que sa priorité
c’est lui et non pas la Guinée.
Alors, reconnaissons les faits, Lansana Conté se bat pour se maintenir
au pouvoir pour avoir des pouvoirs. Il
ne se bat pour être démuni de ses pouvoirs. Lansana Conté est prêt
à mettre la Guinée à feu et à sang pour se maintenir au pouvoir.
Encore une fois, Lansana Conté ne se bat pas pour ne pas avoir de pouvoir
après la bataille ou la guerre.
Maintenant que le tambour de la grève ou le tambour des menaces
retentit de nouveau, on commence donc à réchauffer le fer pour pouvoir le
battre et le modeler à notre façon. Une deuxième chance face a
l’histoire.
Alors maintenant que nous commençons à allumer le feu, les
leçons que nous devons tirer de ces X jours et ce que les leaders
doivent faire sont simples :
1. Les règles du jeu ont changé. La simple revendication d’un PM
sans période transitoire ne doit plus être d’actualité. On commence
un match avec un plan, et à la mi-temps on l’ajuste en fonction des
forces et faiblesses de l’adversaire. Le syndicat doit apporter des
ajustements aux revendications et les aligner sur la volonté du peuple.
Une période de transition nous menant à une élection démocratique
et transparente est une nécessite que réclame le peuple. Bien sûr,
sans Lansana Conté. Sinon nous allons recommencer les ‘X jours’ dans
l’attente de beaucoup de choses et nous allons revenir avec des
menaces dans une semaine, un mois, un trimestre, un semestre, un an, etc..
2. Le peuple veut un changement. Et ce changement c’est le départ de
Lansana Conté et non une troisième voie que nous avons créée pour
soi-disant sortir de la grève (et non de la crise).
3. L’imposition de dates butoirs pour la prochaine équipe
gouvernementale (avec ou sans Lansana Conté). Pour la nomination des ministres,
présentation des objectifs, des rôles, etc.
4. L’établissement des procédures de contrôle pour la mise en
œuvre de la période de transition. Eviter de créer trop d'organes de
contrôle et de contre-contrôle pour que le travail puisse être fait.
Une division du travail et une décentralisation des taches sont
indispensables.
5. Limiter les objectifs pour les x mois de transition. Une
priorisation est nécessaire. On ne peut pas redresser un pays en 18 mois, mais on
peut mettre les mécanismes en place qui aideront a redresser les
structures et assurer l’après-transition.
« Les objectifs des Guinéens seront atteints non pas à travers un
dictat politique mais plutôt à travers un processus démocratique
institutionnalisé qui regroupera les structures gouvernantes et la partie
civile » pour paraphraser le président Ukrainien Yushchenko.
6. Mettre en place un système d’équilibre des pouvoirs comme je le
disais dans l’article “Le début de la lutte”. Ensemble le
président (après Lansana Conte), le gouvernement, et l'assemblée doivent
partager la responsabilité du dessein, de l'exécution, et du contrôle
des lois et des programmes de l'Etat. Encore une fois la Guinée n’a
pas besoin d’un Etre providentiel mais plutôt d’un système
équilibré.
7. Fixer la période de transition avec les dates butoirs requises
(élections législatives, révision de la constitution culminant avec
l’élection présidentielle au bout d’une période maximale de 16-18
mois). La longueur de 16-18 mois doit être le maximum absolu. Pas une
seconde, minute, heure, journée, ou mois de plus. Il y a une grande
différence entre viser 18 mois de transition et avoir un compte à
rebours de 18 mois.
8. Réduire le rôle de l’Etat dans la vie du Guinéen. Le contrôle
absolu et l’intervention de l'Etat dans tous les aspects de la vie du
Guinéen doivent devenir la préhistoire. L'Etat ne peut pas tout faire
et ne doit pas tout faire. Un de ses rôles sera d’assurer le
financement de la période de transition sans compter sur les "partenaires" et
leurs "dons". Donc il faut une solution complète, nationale et non
conditionnée par les dons. L’équipe de transition doit donc proposer
un plan de financement des activités de cette période dont la
réussite conditionne l’avenir de la nouvelle Guinée.
9. Préparer un plan de sécurité sur toute l’étendue du territoire
pour éviter les dérives.
10. Eviter d’en venir à ce que disent les Anglais: « Load - Fire
– Aim », c’est-à-dire « Charger - Tirer – Viser ». Préparer
les bases de la nouvelle administration enfin d’éviter le dérapage
et la surprise dans la période de doute et de cacophonie.
Pour y parvenir, « des débats …seront organisés et centrés sur
les idées concernant les théories économiques, les us et coutumes, les
affaires étrangères, etc.
Le nouveau système (ou le système de
contrepoids que l'on désire mettre en place) requiert une coordination
des programmes, une coexistence entre les partis politiques, et un
compromis politique pour que nous avancions. Tout le monde ne sera pas
d'accord ou à l’aise avec les nouvelles règles. Mais le système qu'on
mettra en place doit être là pour rester et être susceptible
d’améliorations malgré les mauvais perdants.
Bref, nous devons
institutionnaliser la démocratie et nous assurer de son irréversibilité en
Guinée après Lansana Conté » encore une fois pour paraphraser le
président Ukrainien.
Il y aura des regrets et des erreurs de parcours et des combats
internes au sein des groupes. Nous devons nous assurer que les nouveaux
politiciens comprennent et assument leur devoir fondamental qui est de servir
le peuple.
Ainsi leurs objectifs doivent être de faire avancer
l'intérêt du Peuple de Guinée. Les politiciens doivent se garder des
tentations du pouvoir politique absolu et de la recherche du « spotlight »
permanent, de la célébrité à tout bout de champ qui ne peuvent
constituer le but principal de leur action.
Les leaders doivent relever le
défi de changer la direction du pays pour que la génération après
eux dise « ils ont bâti les assises de la société dans laquelle nous
vivons aujourd'hui, ils sont les vrais fondateurs de la nouvelle
Guinée ».
Encore une fois un travail de base et de longue haleine nous attend,
mais commençons le débat pour trouver la meilleure solution.
Bien à vous,
Sékou Kéita, USA
Pour www.nlsguinee.com