mardi 06 février 2007
Les syndicats guinéens ont lancé un ultimatum lundi au président Lansana Conté, le menaçant de nouvelles manifestations s'il ne nommait pas d'ici une semaine un Premier ministre aux larges pouvoirs, comme il s'y était engagé fin janvier dans un accord mettant fin à 18 jours de grève.
"Si d'ici lundi (12 février) nous constatons que la nomination du Premier ministre chef du gouvernement n'a pas lieu, nous reprendrons notre action", a déclaré à Conakry Ibrahima Fofana, un des leaders de l'intersyndicale à l'origine de la grève générale.
Ce mouvement, le troisième de ce type en un an, avait paralysé pendant 18 jours ce pays d'Afrique de l'ouest, premier exportateur mondial de bauxite. Au mois 59 manifestants avaient été tués par les forces de l'ordre entre les 10 et 27 janvier.
Sous la pression, le président Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans et affaibli par la maladie, avait fini par accepter le 27 janvier la nomination d'un nouveau Premier ministre "de consensus" aux pouvoirs élargis et donné son feu vert à plusieurs mesures sociales et économiques.
Le nouveau Premier ministre doit désormais avoir fonction de chef du gouvernement, rôle rempli par le président depuis l'indépendance du pays en 1958.
Selon l'accord signé entre syndicats et gouvernement, ce Premier ministre devra être "un haut cadre civil compétent, intègre, et qui n'a été impliqué ni de près ni de loin dans des malversations". Sa nomination revient, selon la Constitution, au président de la République.
Le 2 février, M. Conté avait signé un décret définissant les pouvoirs du Premier ministre, répondant en grande partie aux exigences des syndicats, mais il tarde depuis à le nommer.
En outre, aucune consultation n'a été engagée avec les acteurs politiques et sociaux, et aucun nom ne circulait encore lundi dans les cercles proches du pouvoir.
"Depuis (le 27 janvier), il n'y a eu que le décret portant attribution de chef de gouvernement. Force est de constater que les choses sont en train de traîner. Nous avons été patients jusqu'ici et nous sommes aujourd'hui au bout de notre patience", a assuré M. Fofana.
"Ce qui nous écoeure et nous inquiète aujourd'hui, c'est que nous sommes en train d'assister à des lectures de décrets (de nomination d'ambassadeurs et de directeurs de services publics) qui devraient relever des prérogatives du futur Premier ministre", a-t-il poursuivi.
L'ultimatum des syndicats fait suite à un premier avertissement lancé le 1er février, dénonçant la lenteur et le manque de consultations constatés autour de la nomination très attendue du titulaire d'un poste vacant depuis le limogeage de Cellou Dalein Diallo en avril 2006.
Devant le retard pris par cette désignation, le président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira a lui-même conseillé à son homologue guinéen "d'accélérer le processus" de nomination au cours d'un déplacement à Conakry samedi.
"J'ai conseillé (à M. Conté) d'accélérer le processus, de façon à ce que tout se fasse vite, puisque le décret a été signé et que le profil du futur Premier ministre a été défini", a déclaré lundi M. Vieira, de retour à Bissau.
M. Vieira, considéré comme un allié de longue date de Conté, a par ailleurs indiqué lui avoir demandé "de faire preuve d'une grande pondération face aux menaces des leaders syndicaux de prendre à nouveau la rue".
Si les manifestants retournaient dans la rue à partir du 12 février, ils pourraient s'exposer à la réédition de la brutale répression qui a occasionné la mort de 59 personnes en janvier, dont 49 lors de la journée la plus sanglante, le 22 janvier.
SOURCE : AFP