mercredi 31 janvier 2007
...Ils retourneraient à leurs tombes (1)
Les masses ne sont jamais lâches. Les masses n’ont pas la mémoire courte. En février-mars et puis en juin 2006, nous avions eu affaire à des grèves générales et à des villes mortes. Aujourd’hui, nous avons affaire avec un soulèvement populaire.
Nous avons eu l’occasion d’écrire à la suite du philosophe Fabien Boulaga, que l’acteur principal lors d’un soulèvement populaire n’est autre que le peuple debout. L’objectif principal d’un soulèvement est universellement connu. Il vise une refondation nationale. Aussi, toutes les institutions républicaines, y compris celle du Premier magistrat, sont disqualifiées.
Non pas seulement à cause des avatars de l’Histoire et des tares constatées, des pratiques, des carences, des dénis, des félonies, des corruptions des personnes qui incarnent ces institutions, mais parce que lors d’un soulèvement populaire, le DROIT est retourné à sa source : LE PEUPLE.
Ce qui nous dispense de toutes les arguties juridiques, quelles que soient leur brillance, leur pertinence. Nos braves syndicalistes ont accompli leur mission historique, jusqu’à ces journées et nuits de négociations avec ces institutions-montagne de bluff qui ne pouvaient accoucher que d’une souris.
Maintenant il ne faut pas prendre le peuple de Guinée en otage comme en 1958, comme en 1984, comme en 1995.
Pourquoi donc ces dates ?
La séduction du diable a commencé en 1958, où pour les besoins d’une unité de façade, hélas qui ne seront évidents qu’après coup, des patriotes se sont laissé immoler sous la bannière funèbre d’un apprenti-sorcier. On ne reviendra pas sur les horreurs fomentées par ce génie malfaisant.
En 1984, à la suite du coup d’Etat contre un cadavre, (dixit) feu le Colonel Diarra Traoré), le Peuple, après quelques semaines euphorisantes de téléphone vert (sorte de congrès permanent de la bouche ouverte à la télévision), retombera dans le sommeil de l’anesthésie générale. C’était facile pour les tyranneaux sortis des écoles de lavage de cerveau du P.D.G., hâtivement mué en P.U.P., lire « P.D.G. plus le libéralisme », comme l’avait lumineusement défini l’actuel Président de la seconde institution républicaine.
En 1995, nos grands Partis politiques, véritablement sonnés par la loi anti-casseurs mitonnée par deux grands ministres subrepticement revenus aux affaires (il ne faudra pas en cas de véritable alternance, avoir la mémoire courte ), ont succombé aux appétits de riches analphabètes de leurs états-majors passablement dominés par quelques compradores ( à l’exception du R.P.G. qui hélas ! s’était finalement rallié pour faire « unité »), qui avaient acheté à coups de millions leur siège de députés. Ils avaient dû accepter de siéger et de se laisser piéger en s’asseyant sur les bancs d’une Assemblée largement dominée par une mouvance présidentielle dont la légitimité repose, elle aussi, sur cet inoubliable « considérant qu’à l’impossible nul n’est tenu ».
Depuis, nous assistons au mal guinéen, aux malheurs de la Guinée, qui prospèrent sur une terre bénie mais dont les hommes seraient frappés par on ne sait quelle malédiction.
CRISE DE LEADERSHIP
Il n’y a rien à redire quant à la crise de leadership des hommes aux affaires. Ils ne roulent que pour leurs propres affaires.
Il en va tout autrement du leadership syndical et politique.
Il est arrivé à tel chef de Centrale, grisé par l’euphorie d’une salle surchauffée, de dire que « les syndicats ont réussi là où les hommes politiques avaient échoué » : Obtenir après une forte pression populaire, que le gouvernement leur cède des miettes salariales.
Ils ont pourtant dû s’y reprendre à deux fois, pour croire tenir quelque chose de ces concessions qui ne peuvent que leur glisser des mains comme la monnaie de singe en quoi elles s’expriment. La troisième fois atteste qu’ils n’ont pas vraiment réussi là où les Politiques auraient échoué, à savoir le changement politique.
Car après avoir mué leur mouvement social en mouvement politique en réclamant un Premier ministre, chef de gouvernement, ils sont sortis de leur champ d’action spécifique.
Pourquoi la montagne a accouché d’une souris
Le Premier ministre n’est qu’un grand commis délégué par le Premier magistrat dont le peuple réclamait (symboliquement) la tête. D’ailleurs il garde le plus important, en ayant conservé le pouvoir de nommer aux postes stratégiques dits de souveraineté, (Défense nationale, Affaires étrangères, Sécurité.).
Cet échec relatif (mais il est de taille) des syndicats n’excuse pas celui des Partis politiques.
Il y a d’abord leur incompréhensible absence aux négociations tripartites du Palais du peuple. A qui la faute ?
Les chefs des centrales syndicales affirmaient que la présence des Politiques avec eux aurait été interprétée par le Pouvoir comme un risque de manipulation.
Argument irrecevable, puisqu’ils avaient eux-mêmes déjà politisé leurs revendications. De fait, l’absence des Politiques ne s’explique que par une faiblesse qui s’origine dans leur entrée dans les rangs, sur les bancs de cette Assemblée aux ordres depuis 1995.Au lieu de compter leurs troupes depuis les dégâts causés par la loi anti-casseurs, et s’attacher à un travail de mobilisation en méprisant ces multiples farces électorales qui n’ont fait que « désespérer Billancourt » (désespoir suivi de démobilisation...), ils se sont laissé soupçonner de querelles de leadership, « moi ou le chaos », les mettant dans l’incapacité de peser dans la balance et d’ obliger les chefs des Centrales à intégrer dans leurs démarches et actions, leur propre vision du changement qu’ils appellent depuis toujours et qui est la raison d’être de leur opposition !
Sur ces chaises ainsi désertées, quel outrage de retrouver nos muftis qui nous avaient plutôt habitués à ânonner des quoutbas (sermons du vendredi ) rédigés dans les allées du Pouvoir et pour la pérennité de ce dernier qu’on prétend maintenant vouloir mettre à la retraite !
Ce vide laissé par les Partis est d’autant plus incompréhensible, que leur vision du changement est celle-là même de tout le peuple debout aujourd’hui.
UN SOULEVEMENT POPULAIRE CONFONDU AVEC, OU CONFISQUE PAR UNE GREVE ?
Il y a plus étrange.
Quel est ce peuple debout ? Qui sont ces Guinéens qui sont massivement sortis, se sont fait abattre comme des pigeons par les soudards en tenue ?
Des militants syndicalistes seulement ?
Toutes centrales confondues, combien de travailleurs guinéens sont affiliés à un syndicat ?
Ne demandons même pas le nombre de ceux qui ont une carte. Tout un peuple debout, ce sont des militants de syndicats, des militants de Partis politiques, de simples citoyens !
Lorsque tout un Peuple est debout, on ne parle plus de grève même générale. Il s’agit d’un mouvement populaire
Voilà, la nature, (ici la dynamique sociale), a horreur du vide.
Si les chefs des Centrales et les dirigeants des principaux Partis politiques ne se retrouvent pas pour se saisir de l’arme du LEADERSHIP confisquée depuis 1956 par un appareil bureaucratico-compradore, maintenant adoubé par une camarilla de militaires arborant de faux galons, roulant en Prados et en BMW, pour se rendre à leurs champs, pendant que leurs femmes-maîtresses encombrent les premières classes des lignes Paris Londres New York, si donc la jonction de l’action sociale avec l’action politique est encore manquée, nous n’attendrons plus que le Mahdi (ou le Messie…)
Bon sang ça suffit !
Qu’attendez-vous pour arrêter d’être objectivement complices de ceux qui s’amusent depuis trop longtemps à « blaguer le Peuple » comme l’a dit l’autre jour Tiken Jah Fakoly venu soutenir la manifestation des Guinéens de France ?
Je me répète, il faut dans les heures qui suivent, tenir cette historique table ronde, avant la grande marche populaire qui mettra un point final à cinquante ans de misères et d’humiliations, en somme, asséner le coup de grâce à ce Pouvoir déjà « cadavéré ».
A défaut de quoi, et cela a déjà commencé, les deux cents prédateurs achèveront de vider les caisses (B.C.R.G., Douanes, Impôts, etc.), avant de disparaître dans la nature. L’Homme des 2 et 3 février 1996 verrouillera encore mieux le système et les armureries, avant de redistribuer la manne du neuvième F.E.D. dont les bailleurs crient déjà un ouf ! de soulagement à cette déroute inespérée du grand mouvement populaire qu’on vient de vivre.
Nettoyer une Puissance publique apatride
Aujourd’hui, le pays menace de sombrer encore plus profondément dans le chaos et la misère. Alors il viendra le Messie (ou le Mahdi) tenant l’arme fatale d’un NEOLEADERSHIP pour dégager une voie sans issue, encombrée par d’anciens combattants !
Quoi, croyez-vous que ces centaines de morts dont la plupart sont des jeunes du Golfe Persique (quartiers populaires de Walindra, Hamdallaye, Colombie etc.,) n’ont rongé leur frein des décennies d’exclusion durant, qu’en attendant d’être fauchés inutilement par les balles des dealers à la solde d’une Puissance publique apatride ?
Que les vivants vont se consoler avec les larmes de crocodile versées par ce Mémorial suggéré par une des syndicalistes ?
Pendant que vous vous dissipez dans des querelles de ménage, on n’attend plus de vous que le maniement de ce grand coup de balai dont le pays a besoin depuis plus d’un demi-siècle. Au lieu de ces « petits calculs égoïstes » qui finiront par être « balayés par les eaux glacées de l’Histoire » (Lénine eh oui ! Pourquoi pas ? )..
En politique aussi il y a le droit à la retraite. N’essayez pas de le trafiquer à la manière de ces indignes « Pères de la nation » qui ont l’art de triturer nos vénérables et ancestrales cultures où prospèrent des « gérontocrassies » sous perfusion, survivant du sang des générations toujours mort-nées.
Ne voyez-vous pas qu’Il arrive, le Messie, armé d’un Neoleadership nourri du sang neuf d’une mondialisation bien comprise, qui va pousser sur le trottoir de l’Histoire, tous les Anciens qui s’attardent en radotant des déclarations jamais mises en pratique ?
Partez, ne faites pas comme ces Pères de la nation devenus gagas, qui passent le temps à jouer aux cauris tout en présidant des conseils de ministres sous le grand fromager du temps perdu.
PARTEZ OU MARCHEZ AVEC LES JEUNES !
N’ATTENDEZ PAS QU’ILS MEURENT TOUS !
Note (1)La légende des sept dormants d’Ephèse. Voir aussi le saint Coran, sourate 18 (versets 9 à 26) ou peut-être aussi la sainte Bible ?
Saïdou Nour Bokoum, écrivain
GUINEE 2010,ODYSSEE DE L’IMPASSE
www.manifeste-guinee2010.com
Pour www.nlsguinee.com