mardi 30 janvier 2007
« SOS : Pays ouest africain aux potentialités infinies, ruiné malgré tout par 26 années de tromperies révolutionnaires et 23 années de dictature milataro-mafieuse, cherche désespérément un premier ministre pour sortir du gouffre… »
Les dernières fortes mobilisations de nos compatriotes vivant en Guinée et partout dans le monde sont venues confirmer ce qui n’était qu’un secret de polichinelle à savoir : la faillite du leadership guinéen. Il nous a fallu plus de 70 morts pour que le général Lansana Conté accepte enfin le principe de nomination d’un premier ministre aux pouvoirs non encore certains.
La Guinée aura son premier ministre le plus chèrement acquis de son histoire !
Plus de deux semaines de grève suivies de quelques jours de négociations n’ont pas entamé la détermination des guinéens à obtenir un changement de mode de gouvernance.
Pendant que certains analystes commencent à tirer les leçons des récentes manifestations populaires, d’autres s’inscrivent déjà dans un concours de casting pour se faire remarquer tout en espérant rafler la mise auprès des autorités qui ont désormais toute la latitude de nommer le premier ministre de leur choix.
Il a été certes prévu dans les accords que ce nouveau premier ministre aura la marge de manœuvre nécessaire pour accomplir sa tâche mais il est fort à craindre que les vieux démons ne rattrapent ceux et celles qui seront chargés par Lansana conté d’accomplir cette nouvelle mission hautement sensible.
Par ailleurs, si tous les problèmes de la Guinée se résumaient à la nomination d’un véritable premier ministre cela se saurait !
Halte à l’euphorie et à l’autosatisfaction car notre pays est confronté à l’une des plus graves crises de son histoire. Cessons de croire qu’un premier ministre pourra résoudre nos problèmes alors que les principaux responsables du chaos actuel sont toujours puissants et contrôlent toute la machine destructrice, qui hélas a fait ses preuves lundi dernier…
Oui à une nouvelle équipe indépendante qui s’occuperait politiquement et socio-économiquement des tâches les plus urgentes. Les défis sont énormes, les réformes à mettre en place sont connues ! La réussite de la nouvelle équipe gouvernementale dépendra entre autres :
- de sa composition, elle doit être représentative et non exclusive ;
- de sa volonté de tourner la page sombre des détournements de fonds, de la corruption, de l’impunité, du favoritisme, etc.
- de sa liberté d’action vis-à-vis du Chef de l’Etat mais aussi et surtout vis à vis de tous ceux qui se bousculent aux portes pour la succession ;
Rappelons que tout le monde n’est pas satisfait du compromis trouvé par les syndicalistes. Les négociations se sont déroulées sans la participation effective de la société civile dans son ensemble, sans les représentants des partis politiques et sans les hommes et femmes en uniformes.
Tout porte à croire que Syndicats et Gouvernement n’ont fait que repousser la crise au lieu de profiter de cette triste occasion pour créer les conditions d’un véritable dialogue national. La crise est nationale, la mobilisation l'est tout autant. Quant aux négociations engagées, celles-ci se sont déroulées loin des regards de l’ensemble des populations directement concernées.
Tous les observateurs sont aujourd’hui unanimes sur le fait qu’il ne fallait pas lever le mot d’ordre de grève tant que le nouveau premier ministre et son équipe ne sont pas entrés en fonction.
Bref, la vie reprend petit à petit son cours normal ; les morts sont morts, les prétendants à la primature se bousculent ; le général Lansana conté et son dauphin M Somparé se frottent les mains. Ils poussent un profond ouf de soulagement d'autant plus qu'aujourd’hui ils ont les cartes en mains, quoique disent certaines langues !
Les morts sont morts, c’est triste pour leurs familles car les bourreaux se pavanent librement dans Conakry (et dans Bissau?). Comment voulez-vous dans ces conditions qu’il y ait un seul motif de satisfaction ?
S’il faut attendre que la nouvelle équipe gouvernementale- avec à sa tête un premier ministre et à la tête de celui-ci le président de la République- poursuive les principaux responsables des récentes tueries, cette attente risque d’être longue… Le père ne sacrifiera pas le fils ; ce dernier ne sacrifiera pas non plus ses fidèles !
Le fait d’accepter la nomination d’un premier ministre par Lansana Conté s’apparente à une grosse bourde politique que la Guinée toute entière paiera dans un avenir proche. Cette petite négociation conduite par le trio Conté-Somparé-Sidimé au détriment des leaders syndicalistes et qui a accouché d’une mesurette laissera malheureusement un gout amer car le clan mafieux a repris du poil de la bête.
Sur le plan politique, le chef de l’Etat et son dauphin sortent renforcés de cette crise. M Somparé a réussit à faire légitimer par les syndicalistes la loi fondamentale post-référendum ; loi qui est pourtant contestée par l’ensemble de la classe politique exception faite de l’UPR qui a accepté de siéger solennellement à l’assemblée aux côtés du PUP et alliés…
Le paysage politique devient un véritable casse-tête dans la mesure où personne ne peut désormais prédire l’avenir et surtout la réaction des partis politiques actuels, restés à l’écart sans pouvoir saisir la balle au bon en capitalisant ce formidable élan de contestations légitimes…
La problématique d’un contrepouvoir législatif est loin d’être résolue, idem pour le pouvoir judiciaire qui doit plus que jamais s’émanciper et faire correctement son travail.
Par ailleurs, sur le plan socio-économique, tout reste à faire !
- Il faut que le pays retrouve très rapidement une certaine viabilité qui se traduirait sur le terrain par l’amélioration sensible des conditions de vie du guinéen.
-il faut du pouvoir d’achat; ce qui passe par une maitrise rapide de l’inflation et une augmentation échelonnée des salaires…
- il faut entamer un audit indépendant de tous les secteurs stratégiques de l’économie nationale. Tous les contrats portant exploitation des ressources du pays doivent passer aux peignes fins. Les irrégularités doivent être corrigées et éventuellement sanctionnées avec la plus grande fermeté ;
- il faut une lutte sans merci contre les cas avérés de corruption ; ce qui revient à dire qu’il faudra s’attaquer aux intérêts de Lansana Conté ainsi que ceux de ses proches !
- il faut surtout et avant tout une immédiate aide financière internationale pour stabiliser le franc guinéen. Si toutefois cette aide est conditionnée par l'arrestation des principaux responsables des tueries ainsi que leur traduction devant les tribunaux, un conflit entre la primature et la présidence serait alors à craindre...
Les problèmes sont loin d'être reglés même si les guinéens dans leur grande majorité sont plus que jamais déterminés à tourner la page du régime actuel. C’est ce qu’ils nous ont dit à travers la forte mobilisation de ces derniers jours...
Du 10 au 27 janvier 2007, plus de deux semaines de grève ne nous ont pas permis de sortir le pays de son impasse politique et socio-économique. La Guinée n’a pas encore connu de dénouement à la crise chronique qu’elle traverse. Au contraire, la situation est devenue beaucoup plus complexe compte tenu de la demi-mesure qui nous est proposée comme solution.
Plus de 70 morts et des centaines de blessés pour un poste de premier ministre, n’est-ce pas cher payé ?
Il ne nous reste plus qu’à prier pour que ce futur premier ministre tant attendu ait les compétences requises ainsi que la liberté d’action nécessaire pour amorcer une sortie de crise acceptable par la classe politique et la société civile.
Nous ne pensons pas qu’il y ait à l’heure actuelle un motif quelconque de satisfaction car faute de vigilance, nous nous dirigerons tout droit vers une nouvelle impasse beaucoup plus grave cette fois-ci…
Espérons que consensus il y’aurait autour de l’intérêt national, seule gage d’une meilleure sortie de crise !
Si l’identité du futur premier ministre ne devient pas en soi un motif de division entre guinéens, tous doivent désormais se tenir prêts pour une ultime descente dans les rues car un futur conflit entre la présidence et la primature est hautement probable.
Un premier ministre indépendant serait synonyme d’une cohabitation à la guinéenne ! Et si celui-ci est issu du sérail PUP-Haute Sphère de l’Administration, bonjour les lendemains qui déchantent pour le commun des guinéens…
Bonne Gouvernance, Démocratie, Etat de droit, Droits de l'Homme, Développement,... sont autant de concepts que les dirigeants guinéens peinent à mettre en pratique...
Mr Ly Elhadji Baila, Zurich, Suisse
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Contacts: elhadji@nlsguinee.com (ou bien) neoleadership@gmail.com