dimanche 28 janvier 2007
« On ne maîtrise pas le destin d’un peuple comme on ne maîtrise pas le destin d’un homme », dit un proverbe de sagesse Africaine. Comprendre la signification profonde de ce proverbe permet de croire à la capacité de mobilisation des peuples dont on veut voler leurs mémoires.
Les massacres et les brutalités commis par les forces de l’ordre contre les populations civiles dont le seul crime c’est d’avoir revendiqué la bonne gestion des ressources dont dispose le pays et la fin de la malgouvernance, la corruption et l’impunité, donc ces crimes contre les populations civiles, les enfants, les femmes doivent être punis de façon exemplaire si la Guinée veut retrouver la légalité.
La soif de vérité et de justice devrait se trouver à la base de toutes les actions et négociations présentes et futures face à ce régime qui pendant 22 années, n’a apporté aux peuple de Guinée que malheurs, désolation, des larmes et des bains de sang. Les Guinéens le doivent à la soixantaine de victimes de la répression sanglante des deux semaines de la grève.
Pour les Guinéens qui aiment leur pays, l’heure est venue de se demander ce qu’ils peuvent faire pour la Guinée et cette question doit se poser avec sérénité et lucidité. Les Guinéens tant de l’intérieur que de la diaspora doivent conjuguer leurs efforts pour offrir de l’espérance aux générations futures.
Les Guinéens qui aiment de tout cœur leur pays, ne doivent pas attendre des autorités en place une révolution, en lieu et place, les Guinéens doivent leurs offrir la force de leur pensée critique et les protestations si nécessaires, pour qu’elles aient le courage d’ouvrir encore davantage les portes de la paix à ce pays meurtri par ses propres fils et filles.
Personne dans ce régime tyrannique de Lansana Conte n’aime l’alternance et l’ouverture politique car il s’agit là d’un régime clanique.
Pour l’avènement d’un Etat de droit, les Guinéens doivent rester mobilisés car les forces de destruction ne veulent pas céder d’un iota la Guinée succulente qu’elles ont dans leur gueule.
En paraphrasant l’Archevêque Desmond Tutu, « on ne tourne pas une page qu’on n’a pas lue », il faut créer une Commission Nationale Indépendante pour faire la lumière sur ces crimes, identifier les responsables et éventuellement châtier les coupables. Il faut ne pas tourner de façon aveugle cette page de l’histoire récente de la Guinée. Beaucoup de pages d’histoire ont été tournées sans être lues, analysées, comprises pour tirer les conséquences et sans prendre les mesures adéquates pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs.
Il faut enfin dédommager les familles des victimes, morts et blessées, et prendre en charge les frais de soins sanitaires des blessés dans l’ensemble du territoire national.
Cette Commission Nationale Indépendante doit avoir les moyens et le pouvoir sans limite pour atteindre le plus profond des crimes mais aussi le plus sommet des responsables qui ont commandite les massacres, les barbaries et autres actes d’intimidation contre le peuple. Sans être une simple cour de révision des mauvais constats de la répression, cette Commission Nationale Indépendante pour être le Précurseur d’une une structure conduisant vers la réconciliation, et permettant d’apporter une justice historique et restauratrice de la confiance et du pardon.
Cette Commission Nationale Indépendante sur la grève du 10 Janvier 2007 ne sera pas mise en place pour « pardonner et oublier » ou pour « passer l’éponge » ou pour « tourner la page ». Elle peut à travers les amendements devenir une structure de réflexion et d’action sur les causes de violations massives des droits de l’homme et des atrocités diverses et sur leurs conséquences et impacts tant sur les individus que sur la Guinée entière afin de guérir les blessures du passé et éviter la répétition de telles exactions.
Les Familles des victimes ont besoin et son à la recherche de la vérité, elles veulent trouver des réponses auprès des personnes ayant commis les exactions.
Les Familles des victimes veulent savoir pourquoi et comment son « Être Cher » et « Bien-Aimé » a été assassiné, où le corps a été enterré, où est située la fosse commune. Les familles de la victime veulent récupérer le corps de leurs disparus pour l’enterrer avec dignité et entamer le travail de deuil.
La connaissance de la vérité même partielle et la reconnaissance officielle des responsabilités prédisposent et facilitent les victimes à envisager la possibilité du pardon. Mais ce peut être aussi l’occasion de le souligner, la Guinée est un peuple de « Dieu et de Pardon ».
Quelque soit la faute, le Guinéen accepte le pardon quand le coupable avoue et implore Dieu et demande pardon. Au delà de situation de la responsabilité du régime clanique en place qui est responsable de toutes exactions car le devoir de l’autorité est avant tout d’assurer la protection et la sécurité de ses citoyens, la demande de pardon est une démarche individuelle qui n’appartient qu’au coupable et qu’à la seule victime d’accepter la pardon.
Cette Commission Nationale Indépendante, grâce à la collecte et à la compilation des témoignages et aux auditions tant des victimes que des auteurs des crimes, peut plus clairement établir la vérité sur les exactions commises.
En outre, n’ayant pas pour but ultime seulement la punition, les auteurs des crimes sont plus enclins à y discuter, de leurs crimes, à en expliquer les probables raisons de leurs actes. Alors les personnes ayant agi sous la contrainte des autorités ou contre leur gré, auront la plateforme pour s’exprimer et surtout d’expliquer les circonstances de leurs actes (pressions politiques, hiérarchies militaires, pressions de la classe dirigeante, solidarités ethniques).
Certains auteurs de bonne foi, rongée par la culpabilité peuvent trouver une opportunité de demander sincèrement pardon aux victimes ce qui arrive peu dans les instances judiciaires orthodoxes.
En Outre, cette Commission Nationale Indépendante proposera élaborer une thérapie nationale pour guérir les blessures du passé et repartir sur des bases nouvelles par des propositions d’actes multidimensionnels de réconciliation et même de réparation, l’action judiciaire s’occupera de prononcer des peines d’emprisonnement et autres verdicts à l’encontre des auteurs de crimes et ordonnera le versement de dommages intérêts à la victime, aux familles des victimes ou à ceux ayant droits au nom des victimes.
Cette commission doit être impartiale, représentative et acceptée par tous les Guinéens, pour démarrer ne fut-ce que l’ébauche d’une Commission Vérité et Réconciliation conduisant vers la vérité sur tous les crimes commis en Guinée depuis le l’indépendance.
Cette Commission Nationale Indépendante, avec le temps aura d’autres prérogatives pour mettre sous la loupe ou sous le microscope, les régimes et les dirigeants qui se sont succédés et qui ont montré leur incapacité à gérer sereinement les crises de l’histoire de la Guinée, des politiciens qui ont créé un environnement social et politique toxique créant ainsi cette « Fausse Vérité » que chaque ethnie en Guinée s’est « fabriquée » pour culpabiliser l’autre ou les autres et se complaire dans la «conviction» de l’innocence intrinsèque des ethniquement siens.
C’est la seule manière d’ouvrir l’esprit de tolérance, « d’acceptance », d’inclusion et de dialogue sans les armes. Ce qui serait à l’avantage de tous les Guinéens.
Il faudrait que dans le futur, aucun assassinat politique ne reste impuni, et que le pouvoir judiciaire soit enfin une réalité en Guinée.
Dr Mamadou Diallo, MD
Membre Fondateur de l’ANDD
Administrateur de Guinea-Forum
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