samedi 27 janvier 2007
" Je viens de m’entretenir avec le Pr. Lansiné Kaba. Il a assisté à la grande marche des Guinéens à Washington jeudi 22 janvier.
Aujourd’hui, hélas, il assiste aux funérailles de notre compatriote Mohamed Diané à Dallas au Texas. Je me fais un devoir de résumer notre discussion et d’en porter la teneur à la connaissance de nos lecteurs et de nos compatriotes parce qu’elle me semble lucide et pertinente. Elle pourrait contribuer à la solution de la crise que notre pays traverse.
Le Pr. Lansiné Kaba conseille beaucoup de vigilance et de prudence en ce moment extraordinaire de l’histoire de notre chère Guinée. En sa qualité d’historien, il rappelle la nature et la dynamique du pouvoir. Selon le Professeur, le pouvoir se conquiert et se conserve par la force.
Notre pays a fait l’expérience des deux genres de pouvoir depuis son accession à la souveraineté nationale en 1958, la première sous le PDG et la seconde à présent sous Lansana Conté.
Le régime de Conté, né de la force et maintenu par la force, est décidé à se préserver au pouvoir. Ce système n’attache pas d’importance à la démocratie, il est anti-démocratique. Mais, il fera tout pour exploiter des éléments de la démocratie pour servir ses besoins, ainsi que nous le rappelle l'euphorie pour la démocratisation au début des années 1990 quand Conté a joué au démocrate.
Aujourd’hui il se trouve coïncé et ne sait pas comment répondre à la pression du peuple. En effet, le pouvoir du peuple sait et peut résister. C'est pourquoi, soutient le Professeur, Conté donne l’impression de vouloir négocier maintenant avec les syndicalistes.
Mais, Conté est passé expert dans l'art et la science de tromper ses adversaires. Suivant sa logique, il cherchera à affaiblir ses adversaires, à les évincer au moment opportun et à les humilier. Conté ignorera ses serments quand il se sentira plus fort.
Comme Eyadéma du Togo, il n’a ni l’âme ni le tempérament d’un Officier qui cultive et répand la démocratie. Ou il quitte le pouvoir ou il étouffe les aspirations démocratiques du peuple, ajoute le Professeur Kaba.
Aussi, M. Kaba pense-t-il que dans la situation actuelle en Guinée l’option judicieuse consiste à continuer de mettre la pression sur le président Conté. De là il découle, dit-il, la grande logique du moment. Celle-ci consiste en la nécessité de reconnaître le droit des chefs syndicalistes à gérer la transition pour le changement démocratique.
Ces braves combattants et combattantes ont conquis le droit de diriger la nation en vertu de la confiance que le peuple de Guinée dans sa totalité a mise en eux. Ils ont prouvé leur courage.
Les chefs syndicalistes connaissent les réalités du pays, les aspirations des travailleurs ainsi que du peuple. Mieux que tous ceux qui aspirent à assumer le pouvoir en ces moments critiques, les syndicalistes méritent cette autorité.
Il n y a aucune raison de confier la primature et le gouvernement de transition responsable à d’autres, notamment à ceux qui ont profité du régime de Conté.
Une équipe gouvernementale dirigée par ceux qui ont dit la vérité à Conté, conclut le Professeur Kaba, saura respecter ses engagements, gérer les fonds de l’Etat, assurer les populations et préparer les élections futures dans l’esprit de neutralité. La Guinée commencera alors à progresser. "
Une analyse du Pr. Lansiné Kaba, USA
Propos recueillis par Mohmmed "Joe" Sidibé
Pour www.nlsguinee.com