vendredi 26 janvier 2007
Le Collectif pour une Transition Démocratique en Guinée (COTRADEG) analyse la situation qui prévaut en Guinée depuis le début de la grève généralisée qui a commencé le 10 janvier 2007, à l’initiative de l’Inter-centrale syndicale CNTG-USTG.
1. Interview de Dr Mohamed Tétémadi BANGOURA réalisée par Christophe Boisbouvier sur RFI le mercredi 24 janvier 2007 dans l’émission « Invité Afrique »
Christophe Boisbouvier (CB) :
Mohamed Tétémadi Bangoura, bonjour ! Pourquoi une telle violence dans la répression à Conakry ? Est-ce parce que le régime est aux abois ?
Mohamed Tétémadi Bangoura (MTB) :
Effectivement, le régime est aux abois ; ses rapports avec la société ont toujours été marqués par la violence politique qui est caractérisée par un régime dictatorial de 1958 à 1984 sous Sékou Touré et par un régime autoritaire de 1984 à nos jours sous Lansana Conté.
CB : Est-ce qu’on peut dire que Lansana Conté est un disciple de Sékou Touré en matière de violence ?
MTB : En matière de violence politique, Lansana Conté est un disciple de Sékou Touré puisqu’il a été formé à l’école de Sékou Touré. Sous Lansana Conté, la violence s’est manifestée surtout en période électorale. Exemples, l’arrestation d’Alpha Condé en 1998 en toute illégalité, puis plus tard, celles de Jean-Marie Doré et de Sydia Touré.
A cette violence de l’Etat, il y a une contre-violence qui est la réponse à la violence d’Etat. On peut citer le coup d’Etat avorté du colonel Diarra en 1985 ; puis, en février 1996, une mutinerie qui s’est transformée en une tentative manquée de coup d’Etat.
CB : Est-ce ce que vous appelez la « contre-violence par le haut » ?
MTB : Oui. A cela s’ajoute la « contre-violence par le bas », c’est-à-dire les manifestations, les révoltes et les rébellions qui, dans le cas de la Guinée, sont surtout au départ, des revendications sociales pour de meilleures conditions de vie. Cela est du à la mal gouvernance de Lansana Conté…qui s’appuie sur les ethnies.
CB : Et comme il appartient à une ethnie minoritaire, les Soussou, comment fait-il ?
MTB : Il place au niveau de quelques postes-clés, des points névralgiques, des Soussou et surtout sa famille. Ce qui fait que les autres ethnies se sentent lésées. Il sème et entretient la division.
CB : Voulez-vous dire qu’il joue sur l’opposition traditionnelle entre les deux grandes ethnies malinké et peul pour maintenir son pouvoir ?
MTB : Le Président Lansana Conté a l’art de jouer sur les contradictions. Il crée la contradiction pour pouvoir se maintenir au pouvoir. D’ailleurs, l’armée guinéenne (qu’il dirige) n’est pas unie. Il y a beaucoup de dissensions dans l’armée et un conflit de génération. Et même au sein de la classe politique, il est passé maître dans l’art de la division pour pouvoir rester au pouvoir.
CB : « L’Etat, c’est moi » et même « la justice, c’est moi » a-t-il déclaré lorsqu’il est allé personnellement libérer son ami, l’homme d’affaires Mamadou Sylla le mois dernier. Est-ce que le Président guinéen est vraiment persuadé que tant qu’il sera en vie, personne d’autre ne pourra gouverner ?
MTB : Comme il dit que c’est Dieu qui lui a offert ce pouvoir, et que seul Dieu peut lui retirer ce pouvoir, je crois que ce n’est même plus un Président, c’est une sorte de monarque absolu de droit divin qui, au mépris des règles élémentaires de la justice, de l’indépendance de la justice et des principes de la séparation des pouvoirs, déclare qu’il est la justice. Je crois que c’est cette confusion, qui, peut-être compte tenu de son état…
CB : Son état de santé ?
MTB : Son état de santé. Cette confusion a entraîné cette troisième grève générale dans le pays.
CB : Vous dites qu’il se conduit comme un monarque. Est-ce qu’on s’oriente vers un système dynastique au profit du fils Ousmane Conté qui a été l’un des chefs de la répression meurtrière de ces derniers jours ?
MTB : Oui, tout porte à le croire et c’est un risque dans la mesure où, vous vous en souvenez, il y a deux ou trois mois le Général Lansana Conté a réuni les généraux pour leur demander de soutenir son fils afin que le fils puisse remplacer le père. Donc, il est clair qu’aujourd’hui, Lansana Conté veut que son fils assure sa propre succession.
Cependant, tant qu’il y aura Lansana Conté, les élections seront truquées. Les prochaines élections législatives pourraient permettre de placer Ousmane Conté à la Présidence de l’Assemblée nationale pour pouvoir assurer cette succession dans le cadre constitutionnel.
Compte tenu de la part active que le fils a pris dans la répression sanglante, il est clair qu’aux yeux de son père, il veut montrer qu’il est capable. Mais de quoi est-il capable? De rien du tout, sauf de tuer de pauvres innocents et on espère qu’il y aura une justice et que tous ces criminels seront traduits devant des cours compétentes pour les crimes odieux qu’ils ont commis.
CB : Dimanche dernier, le Président a déclaré : « les soldats doivent rester unis ». Est-ce que l’armée peut le renverser ?
MTB : Je suis très sceptique envers cette idée, pour la simple raison que tout ce que Lansana Conté a fait, il l’a fait pour que l’armée guinéenne lui soit totalement dévouée. Par exemple, lorsqu’il se réclame comme étant un Président-cultivateur, toute sa production de riz va à l’armée.
Autrement dit, les conditions de vie des militaires sont des conditions parfois différentes de celles des autres populations. Surtout au niveau des gradés de l’armée. Donc, si les militaires devaient renverser le Président, je pense que ce serait déjà fait. Mais la vielle garde est toujours là et elle n’est pas prête à le lâcher parce qu’elle sait pertinemment que sans Conté elle n’est plus rien.
Pendant ce temps, les Guinéens n’ont même plus le minimum pour vivre. Les gens n’ont même pas de quoi se nourrir. Tous les Guinéens aujourd’hui ont besoin de changement. Y compris dans l’ethnie soussou dont il se réclame.
C’est un ras-le-bol général.
CB : Mohamed Tétémadi Bangoura, merci. Je rappelle que vous êtes universitaire, docteur en science politique et l’un des auteurs, avec Dominique Bangoura et Moustapha Diop du livre prémonitoire « Quelle Transition politique pour la Guinée ? » paru aux éditions L’Harmattan à Paris en juillet 2006. Vous êtes également le Président, en Europe, du Collectif pour une Transition Démocratique en Guinée (COTRADEG).
2. Interview de Dr Mohamed Tétémadi Bangoura, auteur de « Quelle Transition politique pour la Guinée ? » réalisée par Nathalie Serfati pour la télévision AITV, RFO, TV5. Extraits du Journal Afrique de TV5-Monde édition du 25 janvier 2007
« La Communauté internationale a un rôle à jouer. Il est important que les médiateurs viennent en Guinée et que le dialogue soit engagé pour trouver une solution de sortie de crise et pour que le Général Lansana Conté se retire. Cette revendication est celle de l’ensemble des Guinéens. Ce qui importe, c’est que le Général se retire et qu’il y ait la nomination d’un Premier Ministre de consensus qui va assurer la Transition ».
3. Participation de Mohamed Tétémadi Bangoura à l’émission « Le Journal des auditeurs » de Jules Ahadzi Komlan, sur Africa N°1, le 23 janvier 2007
« Depuis le 10 janvier 2007, le peuple de Guinée a clairement exprimé sa volonté. Il veut unanimement le départ du Général Lansana Conté. A partir de ce constat, il y a trois solutions pour le départ de Lansana Conté : la démission, la retraite, la déclaration de la vacance du pouvoir.
Connaissant le tempérament du Président, nous savons qu’il ne démissionnera jamais. En revanche, connaissant sa maladie grave et irréversible, il peut partir à la retraite pour aller se soigner et dire qu’il se retire pour raison de santé. A ce moment-là, les autorités compétentes pourront déclarer la vacance du pouvoir sans problème. C’est la solution souhaitable pour l’ouverture de la Transition.
La société civile, les syndicats veulent un « Gouvernement de consensus ». C’est leur volonté. Il y a actuellement une confusion entre « Gouvernement d’Union nationale » (sous Conté) et « Gouvernement de Transition » (après Conté).
Dans ce contexte, la communauté internationale a un rôle très important à jouer. Le plus important, c’est d’obtenir le départ du Président. La CEDEAO ne doit plus tarder à se rendre en Guinée pour le convaincre de se retirer. Il faut une pression internationale, au titre de la prévention d’un conflit, pour que Lansana Conté quitte le pouvoir. La CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne, la Francophonie, l’ONU doivent d’une seule voix soutenir le peuple de Guinée ».
Paris, le 25 janvier 2007
Signé : Dr Mohamed Tétémadi BANGOURA, France
Président du Collectif pour une Transition Démocratique en Guinée (COTRADEG)
Pour www.nlsguinee.com