vendredi 26 janvier 2007
Depuis hier, quand mon téléphone a sonné et que mon interlocuteur, m’a annoncé : « Les syndicats viennent d’obtenir un accord de principe de Lansana Conté pour la nomination d’un PM.. », ma réaction a été : « Pourquoi trahir nos enfants tués de manière barbare, sauvage et inhumaine sous les ordres de Lansana Conté ? » Puis d’autres questions se sont entrechoquées dans ma tête et petit à petit un sentiment de colère, de déception a fait place dans mon cœur. Pourquoi ?
Lansana Conté est un monstre qui accompagne le malheur des Guinéens depuis le temps du PDG quand il était chef de peloton d’exécution dans les nuits noires du sinistre camp Boiro. A partir de 1984, il agit, non plus sous couvert, mais à découvert. Ses premières victimes ont été ses propres compagnons de prise de pouvoir auxquelles s’étaient ajoutés les anciens dignitaires, ces autres complices dont il a voulu s’en débarrasser très tôt pour éviter sa dénonciation. Depuis, les assassinats, les meurtres, les disparitions, les viols, les vols, la dilapidation des biens publics, le pillage systématique du patrimoine en toute impunité sont devenus la clef de son régime.
Pour passer sous silence tous ces crimes, le système Conté a offert notre patrie aux apprentis mafieux, rapaces, volages, cupides, inhumains. Ces vautours des grands capitaux se sont abattus sur la Guinée tel une armée de criquets pèlerins. Aucune parcelle de nos richesses n’est épargnée si bien même que la nature se dérobe insidieusement sous nos pieds. Il suffit de voyager à travers la Guinée pour s’en apercevoir.
La Guinée, dont les eaux maritimes sont des plus poissonneuses au monde, n’arrive plus à satisfaire ses populations en cette protéines. Le Milo, ce fleuve qui a inspiré plus d’un chansonnier , est devenu un lit de sable. La Forêt du sud guinéen a cédé au désert à cause de l’exploitation sauvage et incontrôlée. La banane Plantin est devenue rare, le manioc n’est même plus trouvable sur le marché. Ce sont des radicelles qui font office de ce tubercule.
Ailleurs sur le territoire national, la végétation, flétrie, offre un spectacle de désolation. La nature pleure, la faune s’est exilée, la flore, rabougrie, semble ne plus vouloir participer à la symbiose des êtres vivants qui donne l’âme à un pays. Et les Hommes et les végétaux tout comme les animaux sont désemparés soumis à l’oppressant système mis en place par Lansana Conté. Les rivières ont disserté leur lit laissant à de la poussière.
Tout part de cet homme. Tout lui revient. Sa famille et ses clans constituent le troupeau de rapaces qui guettent les odeurs de tout ce qui peut produire un centime de franc. Rien ne les échappe. La Guinée est devenue un immense champ au faramineux et juteux profit, tout au détriment du peuple. Ils l’ont vidée. Leurs biens se trouvent à l’étranger pendant que le peuple se meurt.
Pour un mal de tête, le Guinéen meurt, un bobo, la mort est au rendez-vous. Ces décès ne sont pas le résultat de maladie, mais de celui de la malnutrition ou de la famine. Imaginez des enfants, des personnes âgées, cette partie fragile de la société, qui passent deux à trois jours sans manger. Ils deviennent la proie facile des infections parce que leur organisme est affaibli. C’est ce drame que vit mon peuple !
Le Guinéen broie quotidiennement la misère noire qui s’est généralisée à tout le pays entraînant la flambée des prix à la consommation. Les conséquences immédiates, sans aucune transition, sont la corruption, le clientélisme, le vol, le viol, la gabegie, l’inconscience professionnelle assorti du mensonge d’Etat, le trafic d’influence, le couvre-feu par la terreur, l’intimidation, et que sais-je ?
Malgré ces fléaux et maux, le peuple a toujours cru qu’un jour, le cœur et la raison visiteront Lansana Conté. L’attente se fait depuis 23 ans. D’ailleurs plus le temps passe, plus sa cruauté gagne en pratiques et en méthodes les unes comme les autres plus inhumaines, plus dangereuses et néfastes pour l’existence même du pays.
C’est dans ce climat dévastant toutes les zones où une minuscule espérance en l’avenir pouvait se loger et guetter un lendemain prometteur que le peuple décidé de se débarrasser son bourreau.
L’avenir qui est la promesse de la vie n’habite plus le Guinéen. La fatalité, recours des plus faibles, ne fait plus recette. Alors le 10 janvier 2007, le peuple de travailleur s’est levé, l’ensemble des populations l’a suivi. Le cri de cœur de millions de Guinéens, qui a été longtemps inaudible aux puissants de ce monde parce qu’ils ont tous leurs ambassadeurs et leurs représentants dans le fourmillement mafieux, a été entendu.
Ce qui conduit le pays au carrefour de l’histoire où une nouvelle page s’ouvre, tant pour les Guinéens que pour tous les peuples en lutte contre la mal gouvernance et les puissances occultes de l’argent. La famille guinéenne a immensément donné en sacrifices. Des jeunes sont tombés sous les balles meurtrières du système de Lansana Conté qui a prouvé au monde entier qu’il n’est rien que l’assassin des Guinéens. Il s’est confessé en recevant les braves syndicalistes auxquels le peuple a mandaté pour porter le message de sa profonde et déterminante aspiration à un changement et non à un rafistolage de système.
Lorsqu'un vêtement est usé et troué, il vaut mieux le jeter que de chercher à lui coller un tissu neuf. Cette opération n'aggrave que l'usure.
Comment à ce niveau de la lutte peut-on penser, un seul instant, que Lansana Conté peut être, même en un temps de passage d’éclair, habité par une âme qui le pousserait à vouloir changer de méthode de gestion ?
Les évènements des 2 et 3 février 1996 sont un exemple qui doit mettre en garde le danger de toute solution négociée avec Lansana Conté qui ne soit pas celle de son départ comme le réclame la majorité des Guinéens.
Allons-nous modre à l’hameçon jeté par lui et ses clans. L’implication de sa première femme, cette « kansimati » est la première marche de notre inscription dans le registre des complices de notre propre malheur. L’acceptation de la nomination d’un PM est un leurre qui nous fait monter au deuxième étage de notre complicité. A ce sujet, l’interview de Michel Kamano accordée à RFI est édifiante.
Elle dit, à peu près ceci :
« Les syndicats en demandant la nomination d’un PM, font une revendication politique. Si le Président accepte de le nommer; ce n’est pas à grâce à eux, mais parce qu’il pense aux Guinéens. Et puis le PM ne peut pas avoir un large pouvoir parce que le poste n’est pas constitutionnel. C’est Lansana Conté qui lui donnera une feuille de route. »
Quelle route ? Celle de la magouille ? De l’impunité après le pillage et le vol des deniers publics ?
Je voudrais inviter la jeunesse guinéenne à poursuivre la grève en réclamant le départ inconditionnel de Lansana Conté. Vaut mieux mourir pour une cause que de mourir inutilement et dans un coin anoynyme.
Au peuple de Guinée, Je dis :ne laisse pas les syndicats capituler. Ils nous ont donné l’espoir, ils doivent porter la responsabilité de le conquérir ensemble avec nous.
Aux syndicats, l’acceptation de la stratégie de Lansana Conté est égale à la signature de votre arrêt de mort. Souvenez-vous bien des 2 et 3 février ! Lequel des acteurs est vivant en Guinée, s’il n’est pas en exil ? Capituler ; c’est aussi l’avenir du pays qui est engagé. L’arrêt de la grève, c’est signer la disparition de la Guinée en tant que Nation.
Je vous supplie de poursuivre la grève jusqu’à la chute du système Lansana Conté. Le peuple le veut et est prêt à affronter au risque de sa vie le système assassin de Lansana Conté.
Paris 26 janvier 2007
Jacques Kourouma
kourouma@tamsirnews.com
Pour www.nlsguinee.com