jeudi 25 janvier 2007
D’après une dépêche de Guineenews et maintenant de la BBC, le Général Lansana Conté aurait accepté le principe d’un chef de gouvernement, ce qui était la principale revendication du mouvement populaire né après le déclenchement de la grève. Les prérogatives de ce nouveau poste ne sont pas encore définies.
Une équipe composée des leaders de la fédération syndicale, des leaders religieux, de la Cour Suprême et du Président de l’Assemblée Nationale y travaillerait. Rien n’a été indiqué sur le rôle des partis politiques qui sont pourtant un facteur important même s’ils ont brillé par leur absence pendant ces deux semaines de grève.
La politique dans un État démocratique ne peut évidemment pas être pensée sans les partis, si faibles soient-ils. Pour que la solution avec un nouveau premier ministre fonctionne, la plupart des observateurs sont d’accord que le Général Conté ne peut pas cohabiter avec un premier ministre doté de plus de prérogatives que lui. L’expérience du passé a montré que sa tolérance vis-à-vis d’un chef de gouvernement est très limitée.
Le problème fondamental est que le chef de l’État guinéen s’est jusque là entouré de personnes qui dépendent complètement de lui et du bon vouloir de son clan et qui n’ont donc jamais la marge de manœuvre nécessaire pour mener à bien les l’énorme tâche de redressement du pays.
Acceptera t-il cette fois-ci de mettre les intérêts du pays au dessus de l’ambition personnelle ou clanique ? Quels compromis sont possibles dans la situation actuelle ?
1) Départ immédiat de Lansana Conté
Dès que le nouveau gouvernement est installé, l’actuel président présente sa démission pour raisons de santé. S’il veut rester en Guinée, le problème de sa sécurité et de celle de sa famille est à poser. D’aucuns trouveront qu’après la tuerie du lundi 22 janvier Lansana Conté n’a pas droit à cet égard mais peut-on exiger son départ sans lui donner quelques assurances concernant sa sécurité ?
Cela ne semble pas possible. Souvent la politique exige des compromis douloureux. C’est à ce prix que le Chili a pu se débarrasser de Pinochet. S’il préfère l’exil, il faudrait sonder les pays qui seraient disposé à le recevoir avec ses épouses et son innombrable progéniture. Cette approche serait la meilleure pour la Guinée mais elle est peu probable que l’on puisse faire avaler à Lansana Conté cette couleuvre. Toute la mentalité et la psychologie du Général s’y opposent et comme on le sait, il a une rancune tenace.
2) Démission par étapes de Lansana Conté
Le « Général-Président » reste théoriquement au pouvoir jusqu’à la fin de la période de transition mais perd la plupart de ses prérogatives : il reviendra seulement au chef du gouvernement de nommer ou de démettre de ses fonctions un ministre, de définir les grandes lignes de la politique gouvernementale etc.
La fonction de président de la République sera réduite aux activités honorifiques tels : lire le message du Nouvel An, recevoir les chef d’État étrangers, inaugurer des bâtiments ou des institutions etc. Il y a ici deux problèmes : la Guinée est, comme l’ancienne puissance coloniale, une république présidentielle et non une république parlementaire. La classe politique pourra t-elle vivre avec une solution qui n’est pas dans la tradition politique du pays ?
Le plus grand problème est cependant le danger que le président cherche à récupérer son pouvoir et bloque le fonctionnement du gouvernement. Le Togo a connu une situation semblable au début des années 90 lorsque la société civile et les partis politiques avaient réussi après une conférence nationale houleuse à « déplumer » presque complètement le dictateur Eyadéma et à lui faire accepter un premier ministre aux pouvoirs étendus, Mr. Koffigoh. Petit à petit, le dictateur togolais réussira à reconquérir tout son pouvoir et à rester à la tête du pays jusqu’à sa mort. Bien sûr Eyadéma avait profité de la désunion de l’opposition togolaise de l’époque ainsi que du soutien diplomatique et logistique de la France.
L’avantage de la Guinée réside dans la présence de syndicats et d’une société civile puissants. Dans cette optique les négociateurs des forces du changement doivent créer un comité de suivi qui veillera sur la stricte application de l’accord avec le Général et pourra recommander une reprise de la grève aussitôt qu’il cherchera à s’ingérer dans le travail du gouvernement ou de la justice.
Omar BAH, Vienne, Autriche
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