Guinée : LES ONDES SONT LIBÉRALISÉES EN GUINÉE... ET APRÈS ?
21 août 2005
Exigée par tous les partenaires extérieurs et l'opposition interne au régime depuis belle lurette le vieux Général a enfin contre son gré et celui de ses faucons libéralisé les ondes en république de Guinée dans un décret rendu public dans la nuit du samedi 20/08/2005.
Certes c'est une bonne nouvelle pour les professionnels de la communication et pour tous ceux qui sont épris des valeurs républicaines dans une démocratie vieille seulement de quinze ans , si nous prenons en compte le référendum de 1990 qui a doté le pays d'une nouvelle constitution ouvrant les portes de la démocratie plurielle.
Il a fallu donc attendre quinze ans pour obtenir cet outil d'expression indispensable qui pousse comme des champignon dans presque tous les autres pays de l'Afrique de l'ouest , mais devenu un luxe aux yeux des guinéens par la seule volonté d'un homme :Le Général Lansana CONTÉ qui se surnomme pourtant l'artisan de ''la démocratie guinéenne''.
Quinze ans de lutte menée par l'ensemble des partenaires de la Guinée, les ondes conditions siné quanon des bailleurs de fonds de tous les bords , les ondes mot d'ordre de campagne de tous les leaders politiques, les ondes mot clef de toutes les grandes plûmes nationales et internationales , les ondes sujet de tous les débats radiophoniques , les ondes nous rappel enfin les discours de feu Émile Tonpapa qui en avait fait aussi son cheval de bataille .
Par son décret de samedi 20/08/2005 qui libéralise les ondes après tant d'années de lutte , Lansana CONTÉ vient de donner encore la preuve qu'il ne cède qu'à la suite des pressions même si par le passé d'autres évènements nous en avaient donné les indices: jamais les salaires n'ont été librement augmentés en Guinée si ce n'est à la suite de grève ; Lansana CONTÉ n'a penser à l'amélioration des conditions de vie des soldats qu'après les 2 & 3 février 1996.
L'on ne doit donc pas oublier que les ondes étaient le facteur de blocage du régime de CONTÉ qui se trouve coincé actuellement entre les pressions de L'UE et celles de l'opposition radicale qui ne voulait rien entendre si ce n'est pas la libéralisation de l'audiovisuelle.Que faut-il faire alors pour décrisper la situation s'interrogent les dirigeants de conakry ? La réponse fut le décret du samedi 20 août 2005 pour donner l'image d'un pouvoir qui avance vers le respect des conditions posées par ses partenaires au développement.C'est la raison d'être du'' décret des radios et télévisions libres'' en Guinée.
Même le fait de ''démocratiser la vie publique guinéenne'' n'a pas été une volonté personnelle du Général Lansana CONTÉ .Il a voulu le bi-partisme, les forces nationales s'y sont opposées et nous sommes passé au pluralisme politique.Donc les acteurs politiques ne doivent pas désarmer ou se tromper d'objectif : qu'est la mise en place d'une structure réellement indépendante pour l'organisation des élections transparentes et régulières.
Ces derniers temps tout le monde a entendu le leader de L'UFR , l'ancien premier ministre Sidya TOURÉ dire que le FRAD ne retournera pas sur la table de négociation sans la libéralisation des ondes , à cela s'ajoute la pression des bailleurs de fonds pour les mêmes causes.Et la semaine qui a précédé la publication du décret de libéralisation a été la remise du rapport sur le thème des élections issu du dialogue entre le gouvernement et certains partis politiques moins les radicaux qui sont :LE RPG- L'UFR - L'UPR - PDA- DYAMA -L'UPG dont la signature a manqué au bas du document qui de facto devient non crédible aux yeux de l'opinion nationale et internationale.
Or dans ce document publié intégralement sur notre site , se trouve un grand piège , comme ça toujours été le cas par le passé , c'est la faculté donnée au ministère de l'administration du territoire et de la décentralisation d'organiser les élections en Guinée. La structure qui s'y trouve , la C.E.N.A c'est-à-dire commission nationale autonome des élections n'a pas les prérogatives d'organiser les élections mais celles de les superviser seulement.
Et comment peut-on être arbitre et joueur pour perdre un matche de football ? Le ministère de l'administration du territoire et de la décentralisation est dirigé par quelqu'un qui est non seulement membre influent du P.U.P mais aussi est nommé par le chef de l'Etat qui est à son tour président honoraire pour ne pas dire président du parti au pouvoir dont l'objectif est de mourir au pouvoir.
Dans ces conditions , comment peut-on avoir des élections transparentes en Guinée ? À chacun d'y réfléchir .Alors la libéralisation des ondes a deux significations selon qu'on se trouve dans l'un ou dans l'autre camp.
Pour nous professionnels de la communication c'est enfin un ouf de soulagement parce que nous avons un outil d'expression de plus obtenu de haute lutte et à la sueur de nos fronts.Pour le pouvoir du Général Lansana CONTÉ c'est un moyen de chantage de plus vis-a-vis de ses partenaires au développement et aux partis politiques de l'opposition.
Aux uns et aux autres , le régime de CONTÉ lancera à la figure actuellement les leaders politiques peuvent sillonner librement sur toute l'étendue du territoire nationale , faire leur meeting sur les places publiques, et les meetings sont retransmis sur les antennes des médias d'Etat.L'argument bateau sera la libéralisation des ondes.Comme si ces privilèges n'étaient pas fille indissociable de la démocratie que le président de la république se dit artisan.
A-t-il fait prôné la démocratie sans la connaître ? Rien n'est moins sûr.Aux leaders des partis politiques et aux associations de masse , nous leur disons que le combat est loin d'être gagné sur l'autel de la démocratie guinéenne.Tant qu'il n'y aura pas une commission nationale électorale indépendante chargée d'organiser sur toute la ligne les consultations électorales , l'on ne doit pas croiser les bras et crier à la victoire car le vieux soldat et ses acolytes seront toujours là.
À ce jour de la naissance d'un des pilier fondamental de la communication qu'est l'audiovisuelle , nous remercions vivement toutes celles et tous ceux dont la contribution illustre ou anonyme a permis la libéralisations des ondes en Guinée. Nos pensées vont aussi à feu Émile Tonpapa que son âme repose en paix, qui de son vivant n'avait ménagé aucun effort pour rappeler au Général à chaque fois qu'il en avait l'opportunité , l'importance de la libéralisation de cet espace indispensable à la démocratie. Mais malheureusement CONTÉ ne sait pas grandir l'homme , il a laissé le vieux mourir avant de céder.Mais pour l'instant le décret de libéralisation des ondes nous renvoie à un autre texte qui sera publié par le ministère de l'information qui viendra fixer les conditions de détentions des radios et télévisions privées comme pour rappeler que le travail du Général CONTÉ laisse toujours un goût d'inachévé.
Nous y reviendrons
M. Aboubacar SAKHO
Directeur de la publication de www.observateur-guinee.com
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