lundi 22 janvier 2007
CONAKRY (AFP) - 22/01/2007 17h55 - Dix-sept manifestants ont été tués lundi par les forces de l'ordre en Guinée, dont treize dans la banlieue de Conakry, au 13e jour d'une grève générale illimitée, selon un nouveau bilan obtenu de source hospitalière et syndicale.
Depuis le début du mouvement le 10 janvier, 27 personnes ont trouvé la mort. La journée de lundi est de loin la plus meurtrière.
Treize personnes ont été tuées et au moins 30 blessées par balles dans différents quartiers de la banlieue de la capitale Conakry, selon un responsable de l'hôpital Donka, un des deux plus grands hôpitaux de la capitale.
A Kankan (est), deux manifestants ont été tués et 11 blessés par les forces de l'ordre et à Siguiri, près de Kankan, deux manifestants ont été tués et huit blessés, a indiqué M. Mamadi Condé, secrétaire-général de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) dans la région de Kankan.
Le mouvement de contestation appelant au départ du président Lansana Conté entendait, à l'origine, dénoncer la corruption et l'ingérence dans les affaires judiciaires du président Conté, 72 ans.
Les manifestants exigent dorénavant la démission du Chef de l'Etat, au pouvoir depuis 23 ans mais affaibli par la maladie.
Selon des témoins, les victimes de lundi ont été tuées dans différents quartiers de la périphérie de Conakry lors d'échauffourées entre manifestants et policiers anti-émeute: trois manifestants ont été tués à Hamdalaye, deux à Lambanyi, un à Enco-Cinq et un à Matam, selon ces témoins.
Par la suite, plusieurs milliers de jeunes gens ont quitté la banlieue pour se rendre au centre de la capitale, faisant craindre de nouvelles violences. "On va au Palais, on va prendre le Palais (présidentiel)", criait l'un d'entre eux.
En province, des manifestations ont rassemblé chacune des milliers de personnes à Pita (centre), Dabola (centre), Kankan (est) et Telemele, malgré les appels au calme et au dialogue qui se succèdent.
A Lambanyi, des manifestants scandant le slogan "à bas la dictature" ont affiché leur détermination: "nous sommes prêts à mourir pour le changement, on en a marre de ce pays", a crié l'un d'eux. "On n'a pas d'eau, pas d'électricité, on n'a rien. Il faut un changement. On n'arrêtera pas tant qu'il n'y a pas de changement", a renchéri un autre.
A l'origine, le mouvement avait été lancé par une coalition syndicale, soutenue par 14 partis d'opposition, pour protester contre la corruption et l'ingérence du chef de l'Etat dans les affaires judiciaires. Mais il s'est ensuite radicalisé devant l'intransigeance du pouvoir.
Depuis quelques jours, les manifestants demandent de plus en plus ouvertement le départ du chef de l'Etat.
A Pita, les manifestants, essentiellement des femmes, scandaient des slogans comme "à bas la dictature" ou "on ne laissera pas un mourant nous gérer", en référence à la santé défaillante du chef de l'Etat.
Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon avait appelé dimanche le gouvernement et les syndicats de Guinée à faire preuve de modération et à trouver un accord pour mettre un terme à la crise.
M. Ban "presse le gouvernement, les dirigeants syndicaux et les autres parties concernées de faire preuve de modération", a indiqué sa porte-parole Michèle Montas dans un communiqué.
Les Eglises de Guinée avaient pour leur part dénoncé "la mal-gouvernance" et la "détérioration des conditions de vie" des Guinéens et appelé la population au calme.
Les Eglises catholique, protestante et anglicane "admettent que la base et l'origine du mal guinéen résident pour l'essentiel dans la mal-gouvernance, caractérisée par l'absence de vérité et l'injustice, et du manque de dialogue franc et courageux maintes fois dénoncé autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays", avait déclaré Olivier Bangoura, porte-parole du conseil chrétien.
Une mission de médiation régionale des présidents sénégalais Abdoulaye Wade et nigérian Olusegun Obasanjo, à la demande de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (Cedeao), est attendue pour les prochains jours à Conakry.
Mais son utilité a été fortement mise en doute en Guinée, autant par l'opposition que par le parti au pouvoir
SOURCE : AFP