samedi 20 janvier 2007
CONAKRY (AFP) - 20/01/2007 11h32 - La Guinée s'enfonce depuis 11 jours dans la crise avec une grève générale illimitée déjà marquée par cinq morts et qui semble loin d'une issue, étant donné l'autisme affiché par les autorités et la radicalisation des positions des syndicats.
"Nous assistons à un autisme total du pouvoir", juge Gilles Yabi, analyste à l'International Crisis Group (ICG), joint par l'AFP à Dakar après une mission à Conakry.
Depuis plusieurs années, ce pays d'Afrique de l'ouest de plus de huit millions d'habitants souffre d'une profonde crise économique et sociale, notamment marquée par la mauvaise gouvernance et une inflation galopante.
Pour la troisième fois en un an, le ras-le-bol des travailleurs a provoqué le déclenchement, le 10 janvier, d'une nouvelle grève générale à l'initiative de l'intersyndicale Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG)/Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG).
Avec ce mouvement soutenu par 14 partis d'opposition, les syndicats entendent protester contre la corruption, les détournements de fonds publics et l'"ingérence" du président Lansana Conté dans les affaires judiciaires.
Selon le responsable de l'ICG, une ONG pour la prévention des conflits, "les syndicats avaient demandé entre autres la nomination d'un Premier ministre aux larges pouvoirs censé gérer le pays et rompre avec la mauvaise gouvernance à l'origine de la crise économique".
"C'était la seule porte de sortie pour les syndicats, mais elle a été rejetée par le pouvoir. Même un accord pour une hausse des salaires ne tiendrait pas longtemps à cause de l'inflation et la mauvaise gestion du gouvernement", poursuit-il.
Après six jours de blocage complet des activités du pays, M. Conté avait annoncé la satisfaction de certaines revendications, dont la baisse des prix des produits pétroliers, mais il avait ignoré les points essentiels exigés par les syndicats.
Les syndicats ont donc rejeté l'appel présidentiel à la reprise du travail, et annoncé une radicalisation du mouvement.
Mercredi, l'intersyndicale a appelé le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, à faire "constater la vacance du pouvoir" devant la "dégradation" de l'état de santé du président, 72 ans, en proie à la maladie et incapable d'assumer ses fonctions, selon les syndicalistes.
Mais "la demande de vacance a peu de chance d'être suivie. Le scénario le plus probable est que la grève et les répressions continuent", estime M. Yabi de l'ICG.
D'autant plus qu'un remplacement -tardif- vendredi du "fusible" Fodé Bangoura, numéro deux de facto du régime, ne semblait pas en mesure d'apaiser la grogne sociale.
"Le limogeage de Fodé Bangoura n'était pas dans nos revendications, nous voulons le départ de Lansana Conté et la satisfaction de nos revendications politiques. Le problème ne fait que s'aggraver", réagit Ousmane Souaré, de l'USTG.
"A partir de là, deux options sont possibles: soit un coup d'Etat militaire qui renverse Conté, soit un essoufflement du mouvement, qui n'est pas vraiment massif et qui pénalise fortement la population", prédit M. Yabi.
Quand à l'armée, garante du pouvoir, elle n'a jamais semblé prête à "lâcher" le général Conté, mais plusieurs sources militaires laissent entendre que la prolongation du blocage pourrait faire changer les choses.
"Nous, soldats, sommes gardiens des institutions, présidence comprise. Nous défendons le régime et le pouvoir que le peuple a confié à l'un des leurs", assure un officier du camp Samory Touré de Conakry, où réside le président Conté.
"Tant que le peuple ne réclame pas ce qu'il a confié, nous respectons la légalité. Mais, nuance-t-il, à un moment donné, nous serons obligés de faire un choix".
SOURCE : AFP