vendredi 19 janvier 2007
Après une dizaine de jours de protestations syndicales qui se s’apparente de plus en plus à une révolte populaire contre le régime de Lansana Conté, les autorités guinéennes peinent à trouver une solution de sortie de crise.
Face au durcissement des protestations un peu partout en Guinée ces derniers jours, les autorités ne savent plus à quel saint se vouer. Le président de la République plus que jamais affaibli perd de jour en jour en crédibilité. Sa parole considérée par certains comme vulgaire est profondément mise en doute.
Tous les indicateurs montrent que les guinéens connaîtront des moments difficiles dans les jours à venir… Dans certains endroits du pays, l’on ne parle plus de mouvement de grève mais plutôt de révolte populaire exigeant la démission du président et de son équipe gouvernementale, responsables de la crise profonde qui secoue le pays depuis des années.
Il faut signaler que la Guinée vit dans un monde à part, malgré toutes les potentialités dont le pays dispose, les guinéens sont parmi les plus miséreux de la sous région.
Le blocage du processus démocratique a précipité le pays dans l’abîme. Le pouvoir d’achat à baissé de manière drastique compte tenu de l’absence de rigueur dans la gestion des deniers publics. Les tensions sociales ont atteint un niveau exécrable. Dans ces conditions, les derniers soulèvements des populations étaient chose prévisible. Certains se demandent d’ailleurs comment les guinéens ont pu supporter durant des décennies une telle situation inédite…
Un jeune ressortissant guinéen vivant depuis des années au Mali raconte à Neoleadership :
« en parlant de la Guinée, j’ai parfois honte devant mes amis maliens qui ne comprennent pas que la Guinée soit si mal dirigée malgré toutes ses richesses en ressources minières et humaines. Je suis constamment interpellé sur la soit disant passivité du guinéen vis à vis de Lansana Conté… Je pense que les protestations actuelles des guinéens démontrent un certain ras-le-bol qui peut aboutir à quelque chose de salutaire à condition de promouvoir l’intérêt supérieur du pays… »
Quoiqu’il en soit, les syndicalistes largement soutenus par la population affichent une nette détermination face au régime du général Lansana Conté.
Ces derniers jours plusieurs victimes des forces de l’ordre ont été dénombrées à l’intérieur du pays.
On note à Labé (Capitale de la moyenne Guinée) la mort du jeune Bassirou Diallo abattu par les autorités. Même chose à Mamou (ville carrefour du pays) qui a connu sa première victime hier jeudi. Télimilé est aussi sous tension, même chose pour Kankan (Capitale de la Haute Guinée). Les populations s’en prennent aux locaux des autorités administratives après avoir chassé les occupants des lieux…
A Conakry les choses ne s’arrangent pas non plus. Ainsi, dans les quartiers Ratoma, Hamdallaye, Hafia Bambeto et Matoto les manifestants jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Des pneus sont incendiés un peu partout et des coups de feu nourris sont assez fréquents…
C’est dans cette extrême tension que les autorités issues du PUP (parti au pouvoir) tentent d’organiser une contre-manifestation en opposant partisans et adversaires du régime. Un jeune homme du nom de Yamoussa étudiant à « l’Université Lansana Conté » nous dit craindre le pire
« ils ont offert de l’argent à certains jeunes de Kaloum et dans les environs pour qu’ils acceptent de soutenir Fory. Les gens ne sont pas dupes car ici on n’a même pas de latrines propres, nos maisons sont mal loties, nous souffrons beaucoup, qui va soutenir ce président qui n’a rien fait pour Conakry pendant tout ce temps ? Ils vont gaspiller le peu d’argent qui reste pour essayer de nous dresser les uns contre les autres mais ça ne marchera pas. J’ai personnellement des amis qui m’ont envoyé un sms hier pour m’annoncer le rendez-vous d’aujourd’hui au palais mais je n’arrive pas à répondre. Tout est bloqué, pas de téléphone, pas de sms et la radio ne fait que mentir… »
Le risque d’une guerre civile est réel, ce qui serait terrible pour toute la sous région ouest africain en proie à une instabilité chronique. Les autorités guinéennes doivent rapidement tirer les leçons de la révolte qui gagne lentement mais sûrement l’ensemble du pays… Le retrait pur et simple de Lansana Conté des affaires du pays doit rapidement être envisagé pour permettre au pays tout entier de retrouver une certaine quiétude.
Notons enfin que les tensions que vit la Guinée ont provoqué la réaction de la Grande Bretagne et de la France qui ont fortement déconseillé leurs ressortissants de se rendre en Guinée sauf en cas de nécessité absolue. Le gouvernement français a formulé le vœu de voir s’instaurer le dialogue entre les autorités de Conakry et les organisations syndicales.
Avec le durcissement des positions et le risque d’embrasement généralisé du pays, ces vœux risquent de tomber dans de sourdes oreilles.
La Rédaction de ww.nlsguinee.com
Depuis Zurich, Suisse